‹ Kabyles et KroumirsChapitre 84 sur 159 · L'AMIN DE KALAA · texte numérisé non relu

L'AMIN DE KALAA

tout un des côtés de la maison. La nuit était venue; une lampe en terre, de forme antique, éclairait de ses

trois mèches la pièce où nous entrions. Des bandes de tapis étaient étendues sur les carreaux de faïence, et le

long de la muraille étaient entassés des matelas couverts d’étoffes de soie et d’oreillers en cuir brodé. C'est là que nous nous assîmes à l'orientale, les jambes croisées. L'amin nous fit demander si nous aimions le kouskoussou, et, sur notre réponse affirmative, il donna des ordres. En ce moment, un jeune Kabyle, à peine

vêtu d’une longue chemise flottante, apportait sur un plateau de cuivre des tasses de porcelaine et du café maure, attention tout à fait gracieuse, car les Kabyles ne prennent presque jamais de café. Je le trouvai excellent, et mon compagnon fit entendre, en signe d’approbation, un petit claquement de langue, accompagné d’un « bono, bono! » auquel l’amin parut sensible. Ce brave fonctionnaire ne parlait que le kabyle et ne savait pas un mot de sabir', encore moins de français. Cependant après de violents efforts de mémoire, il nous demanda: « Enta sabir el arbi? toi savoir l'arabe? — Makach, non, répondions nous. — Enta sabir el français ? et toi, sais-tu le français ? — Makach; je ne sais pas, » répondait-il à son tour. Dès lors la conversation devait languir entre nous. Nous parvînmes à lui faire comprendre que nous désirions visiter la ville, et il nous promit qu’il nous la montrerait le lendemain. En ce moment une voix claire et vibrante arriva jusqu’à nous, et nous entendimes distinctement l’appel à la prière du soir. L’amin nous quitta un instant, sans doute pour accomplir son devoir de vrai croyant. Bientôt après, les serviteurs apportaient une table basse sur laquelle ils déposèrent divers mets. L’amin était rentré et se disposait, sans y prendre part, malgré nos vives instances, à nous faire les honneurs du repas.

1. Le sabir n’est ni une langue, ni un dialecte, c'est un composé de mots français, arabes, italiens, espagnols, latins même, et qu'ont créé les fréquents rapports des chrétiens et des musulmans. Sabir vient de sapere, savoir, connaître, comprendre.

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