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CE QUE DISENT LES IMAGES ICI RASSEMBLÉES

Caractéristique générale des caricatures

CONTRE LE KAISER. — La CARICATURE CHEZ LES ALLIÉS. — La caricature CHEZ LES NEUTRES.

Ce recueil — et ceux qui suivront de même — n'a nullement la prétention d'être une iconographie satirique du Kaiser, du Kronprinz et des autres Seigneurs qui gravitent autour d'eux, — travail de longue haleine, de recherches multiples qui ne pourra être entrepris que lorsque la guerre aura pris fin.

C'est uniquement un choix de caricatures — choix fait de façon telle que le public puisse avoir en quelques pages, une idée générale des manifestations de l'art satirique dans la presse des pays alliés et neutres, à l'égard des auteurs responsables et des conducteurs de cette guerre. Ce que d'autres — depuis plusieurs mois

déjà — font pour les documents imprimés, articles' de journaux et de revues, nous avons

Encadrement de page pour une série de compositions sur les ancêtres de Guillaume II : Germanie Brandebourg, Hohenzollem et Prusse.

(Mucha, de Varsovie, Mars 1915).

KAISER, KRO>'PRIXZ ET COMPAGNIE

estimé — aujourd'hui que l'histoire s'écrit au jour le jour — qu'il y avait intérêt à le faire pour l'image, dont l'importance, en ces dernières années, a toujours été en grandissant, et qui aux époques de luttes et de passion violentes, revêt une éloquence toute particulière.

Documents graphiques pour servir à l'histoire de la guerre présente, c'est-à-dire de la plus formidable conflagration qui, depuis cent ans, ait ensanglanté le monde, ces recueils montreront aux générations présentes, tout comme aux générations futures, de quelle façon les peuples obligés de se défendre contre les prétentions exhorbitantes du pangermanisme, ont apprécié les hommes de la Kultur et leur œuvre.

Dessin de Radiguet pour une série -.Les Sauvages. (D. A. LoNGUET, éditeur.)

c'est-à-dire leur façon de conduire la guerre et leurs procédés de conquête.

A tout Seigneur, tout honneur. Volontiers, aujourd'hui, on écrirait Saigneur tant le César germanique et tous les von qui commandent en chef, sous ses ordres, ont tenu à nous montrer qu ils étal :nt les dignes successeurs des Seigneurs et détrousseurs féodaux qui, du haut de leurs nids d aigles, se jetaient sur le plat pays pour le piller et le rançonner sans merci.

Mais je fais ici oeuvre d'historien et non de pamphlétaire.

Contentons-nous donc de voir de quelle façon la Caricature a Interprété, habillé sa vieille connaissance, pour ne pas dire son principal client : le Kaiser, depuis que, de la doctrine bizarre, qui lui fut chère, la Paix armée, il a passé à la réalité, c'est-à-dire à ce qui devait être sa conclusion logique : la Guerre.

Les temps sont loin où sur sa figure énlgmatique, les caricaturistes dessinaient un point d interrogation. Aujourd'hui les masques sont tombés d'eux-mêmes, et qu'il l'ait personnellerrient voulu ou non, celui que d'aucuns se plaisaient à qualifier impérial Cahot, porte, devant l'Histoire, la responsabilité d'avoir suscité, provoqué le plus grand crime des temps modernes.

Certes d'autres, avant lui, pour donner également libre cours à des ambitions démesurées et jamais satisfaites, déchaînèrent sur le monde les mêmes horreurs ; certes tous les rêveurs de domination universelle, qu'ils s'appellent Charles-Quint, Louis XIV, Napoléon I®^ ou Guillaume I^"", avalent déjà traité d'étrange façon le droit des gens et la liberté des petits Etats, mais il est nécessaire, si 1 on veut établir une comparaison entre le passé et le présent, de se reporter à la mentalité de leur époque, si différente de la nôtre ; il faut se dire surtout que ce qui était naturel il y a deux ou trois siècles, que ce qui était déjà singulièrement anormal il y a quarante-quatre ans, se trouve être aujourd'hui, en présence de tous les progrès humains, une chose abominable et presque monstrueuse.

Singulier retour des choses d'icl-bas qui fait qu'après avoir, des années durant, fait figure de grand Empereur de la Paix, pour mieux détruire la vaine grandeur du grand Empereur de la Guerre, on se laisse prendre à cette hantise du napoléonlsme qui, tel un cauchemar, pesait si lourdement sur l'Allemagne !

Folie humaine qui remet en pleine actualité Y Eloge de la Folie d'Erasme ; qui fait perdre la raison à tout un peuple intoxiqué par le poison de l'Empire universel ; qui, après le redoutable César français du commencement du XIX® siècle, suscite, plus ou moins dément, le César allemand du commencement du XX® siècle !

Folie d'Empereur ! comme l'indique si bien le D'" Cabanes dans le volume où il résume toutes les tares ataviques des Hohenzollern !

Danse des Morts du XX^ siècle qui déjà, transforme le monde en un charnier universel ; Danse des Morts en action qui, en attendant qu'un Holbein la fixe en peintures ineffaçables sur les murs du futur et véritable Palais de la Paix, compte déjà, à son avoir, grâce au crayon des caricaturistes, tout un cycle d'imeiges parlantes !

Le Kaiser et la [^Caricature !

Ce n'est point la première fois que les événements me mettent à même d'étudier, de recueillir et de grouper les images satiriques publiées sur cette « moitié de Dieu '■. Ceux qui suivent mes travaux n'ont certainement pas oublié Lui devant i objectif caricatural qui, saisi par la censure allemande, dut au Kaiser lui-même de pouvoir librement circuler outre-Rhin, et Derrière Lui, véritable dossier par l'image de ce vaudeville des mauvaises mœurs de la Table Ronde dont nous eûmes, grâce à Maxi milieu Harden, une représentation publique, et Le César allemand devant les Siens et devant ses alliés, recueil particulièrement suggestif des images suscitées par la fameuse interview du Daily Telegraph.

Mais en ces différents recueils, on n'avait pu voir qu'un personnage de théâtre, tantôt vaudeville, tantôt comédie ; un Empereur tout de décor extérieur, un César de parade aux yeux fulgurants, aux moustaches menaçantes.

Çà et là apparaissait bien, il est vrai, un Impérial Bavard, un Impérial Bougeon en conversation intime avec le vieux Bon Dieu, un César romain, un reître d'opérette et telle légende, celle-ci notamment : mein Gott ist mein Sabrrre était significative. Mieux encore, l'Italie alors troisième'personne de

Imagerie enfantine au gout du jour.

Les histoires en Images à l'usage des enfants ont subi en Angleterre l'influence des événements et des personnages du jour. C'est ainsi que les petits garçons désobéissants se sont transformés en Guillaume le mauvais sujet.

L image ci-contre parodie de très amusante façon un conte allemand : « La très triste histoire de Paulette et des allumettes. » C'est la très triste histoire de « Guillaume et les allumettes. » Il a' voulu jouer avec le feu, Guillaume le mauvais sujet, le désobéissant, et il a ouvert la boîte d'où est sortie la guerre. Les deux petits chats avertisseurs, Guillaume I'""" et Bismarck, ont beau lui crier gare par leurs miaulements, Guillaume n'entend rien : il est livré aux flammes, du feu qu'il a allumé « pour voir ce que cela ferait, » et il ne reste plus aux deux pauvres petits chats qu'à pleurer l'imprudent et le désobéissant qui s envole en fumée.

Enfants ! ne jouez pas avec le feu !

Empereurs et rois ! ne mettez pas le feu aux quatre coins du monde !

Guillaume et les allumettes.

Imagerie enfantine anglaise.

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Menu polycopié d'un dîner de « poilus » dans les tranchées de l'Yser (1914).

* Au haut de l'échelle, le Kaiser en équilibriste.

la Trinité triplicienne, nous donnait, sous le crayon d un de ses caricaturistes, un impérial spadassin qu une légende explicative qualifiait ainsi : inttlli' gence proportionnée au sabre.

Mais le César de la guerre sanglante et sans merci hypocritement préparée en ces longues années de paix armée, ne s'était pas encore montré ; mais le principal acteur du grand drame européen n'était pas encore entré en scène.

Le voici maintenant.

Et cette fois, d'un bout à l'autre de ce recueil, c'est V impérial spadassin qui va défiler devant nous ; 1 impérial spadassin accommodé à toutes les sauces, que le crayon des caricaturistes ira même jusqu'à ravaler au rang des vulgaires criminels.

Pour lui, l'épée et le sabre seront considérés comme armes trop nobles. La caricature lui mettra en main le couteau du boucher, arme à deux fins lui permettant après avoir égorgé les hommes, de présider au sacrifice de cet animal précieux entre tous, de l'autre côté du Rhin, le cochon. Mieux encore, elle lui donnera le surin de Vapache ; et c'est ainsi que dès maintenant, a pris place dans l'Histoire un Kaiser 'Bonnot qui, créé par un de nos

artistes, H.-G. Ibels, fera le tour du monde, imité interprété de cent façons, par tous les crayonneurs de cartes postales. Et j'allais oublier la massue du sauvage, excellent instrument de propagande pour les civilisés de la Kultur !

Que d'images vengeresses en ce cinématographe impérial ! Voici Caïn réprouvé par Dieu ; voici le nouvel Hérode se baignant dans le sang des innocents du Lusitania ; voici le nouvel assassin de marque venant prendre au Musée Tussaud la place d'honneur qui lui est assignée sans conteste.

Voici Guillaume le Maudit ; maudit par les mères, maudit par les générations à venir.

Ici, on le verra en souteneur, menant au travail sa Bertha, incarnation charnelle du fameux 420. Là, évoquant l'histoire, on lui montrera comme à Louis XVI, la guillotine qui l'attend, la guillotine offerte par la caricature révolutionnaire à tous les empereurs, à tous les rois ; alors que, cependant, son compère, le « brillant second », n'aura que les honneurs de la potence. La potence ! l'instrument de prédilection des caricaturistes italiens, qui pousseront la fantaisie jusqu'à transformer François-Joseph luimême — Cecco Beppe en langage populaire — en une potence ambulante.

Par contre, tous deux auront droit à prendre place parmi les damnés de V Enfer du Dante.

Couverture de la chanson de F. Markas, d'après ; dessin original de Pierre Chatillon. .

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