KAISER, KKONPBTNZ ET COMPAGNIE
Pelote à épingles présentant d'un côté le Kaiser, de l'autre François-Joseph.
Bibelot d'actualité créé par l'artiste lyonnais J. Cou- LON et breveté par lui.
L'Enfer ! Est-ce que le Kaiser, après tout, n'en est pas le suppôt ; est-ce qu'il n'est pas l'envoyé de Satan sur terre ! Est-ce qu'il n'est pas le grand Diable au front corné, aux pieds crochus ?
Et alors, l'image ayant comme la littérature ses clichés qu'elle garde soigneusement pour s'en servir lorsque besoin est, on verra réapparaître le grand Diable rouge dont il y a cent ans, contre Napoléon, on faisait si grand usage.
Guillaume-Satan ; continuation logique de Napoléon-Satan !
La cruauté a son histoire ; elle a ses célébrités classiques ; elle a ses particularités ; elle a ses types de comparaison, qu'il s'agisse des hommes ou des animaux.
De cette idée découleront les Guillaume-serpent, les Guillaume-crocodile, les Guillaume monstre sous-marin — ici l'allusion est claire. Puis ce seront les hommes, Hérode, Néron, Attila, Barberousse qui, tour à tour, viendront se mesurer avec lui !
Attila surtout, et comme si tous les crayons avaient obéi à un mot d'ordre, partout l'on verra surgir aux côtés de cet ancêtre quelque peu oublié, V Attila du XX^ siècle, éclipsant de toute l'horreur de ses forfaits, l'Attila des champs catalauniques.
Guillaume-Attila plus cruel que Néron, plus assoiffé de chair humaine que le plus féroce des Cannibales !
Après l'Enfer, après Satan, la Mort cette suprême maîtresse des champs de bataille, l'ex-général en chef des armées napoléoniennes ! La Mort, sa grande inspiratrice ; sa conseillère de tous les instants ; la Mort, la grande niveleuse, la reine de l'anarchie !
Pour lui, le crayon des dessinateurs tressera des couronnes dont les fleurs seront autant de têtes de mort, — tel aussi sera le laurier qu'il tiendra à la main. Dans sa gorge si gravement atteinte, dansera un squelette. Et c'est sur des pyramides de têtes de mort que s'élèvera son trône, alors que, renversée, la figure de la Mort donnera la parfaite image de ses traits. Tel, autrefois, Napoléon et la Mort. '
Et c'est ainsi que l'imagerie qui, après la bataille de Leipzig, partant de tous les pays alliés contre nous, avait répandu dans l'Europe entière ces estampes gravées incarnant Napoléon dans la Mort ou dans « le grand Diable rouge, » sert aujourd'hui de thème aux compositions des nouveaux alliés contre V Empereur-Boucher .
La caricature actuelle fera mieux encore.
Au petit faux Napoléon, elle opposera sans cesse le vrai grand Napoléon ; a ses côtés, elle placera son ombre lumineuse, ou elle le fera apparaître à son chevet pour le glacer d'effroi, ou encore elle fera revivre pour lui tous les souvenirs cuisants de la campagne de Russie.
Et l'on ne pourra pas regarder ce Napoléon tenant Guillaume-Lilliput dans sa main, 1 examinant à la loupe, sans songer aux deux célèbres estampes anglaises tant de fois reproduites : The King oj brobdingnag and Gulliver (le roi Georges tenant le petit Boney dans le creux de sa main) et Un grand Général et un petit Empereur (Blucher tenant Napoléon sur son pouce).
L'Amérique, elle-même, sera entraînée par ce grand souvenir. Et il semble que la vérité sorte de la bouche de ce valet qui, coiffant le Kaiser du petit chapeau historique ne peut s'empêcher, tout en riant aux éclats, de lui faire observer : « Sire, il est un peu grand pour vous ! »
Juste punition. Le grand Kaiser, futur Empereur du Monde, se trouve ainsi ravalé au même rang que cet aventurier corse contre lequel tant de fois il fulmina en ses prêches emphatiques, en ses grandiloquentes allocutions !
JO