‹ Kant et la science moderne [microform]Chapitre 35 sur 35 · CH. IX. — CULTE NÉO-PAIEN DE L'HUMANITÉ · texte numérisé non relu

CH. IX. — CULTE NÉO-PAIEN DE L'HUMANITÉ

En morale, il ramène la loi fondamentale à la formule : Agis de « manière à traiter toujours « l'humanité, aussi bien dans ta personne que « dans celle de tout autre, comme une fin « et jamais comme un moyen » ( Fondements de la Métaphysique des mœurs, 2^ section. Œuvres, viii, p. 57). L^accomplissement du devoir n'est qu'un hommage rendu à son propre moi. « L'humanité dans sa personne est « l'objet de l'estime que l'homme peut exiger « de tout autre homme ».

Si nous cherchons le fondement dernier que

me dn droit est celle-ci : « Aj^is au dehors de manière que le « libre usa-e de ton libre arbitre puisse coexister avec la liber- « te de chacun d'après une loi ». Le droit et la loi étant cornplelement isolés du terrain moral, le devoir de droit est un devoir tout extérieur : il consiste seulement en ce que celui qui ne respecte pas librement le droit, peut v être contraint. Les devoirs de droit sont desdevoirs de contrainte, rien de plus. Souverains avec leurs droits absolus, les hommes, considérés à lelat de société naturelle, ne sont pas encore dans Vétat de droit : ce n'est que par la justice publique que le droit se manireste. En face de l'individu se dresse le droit de l'État et la valeur absolue de ses lois. D'après Kant, la loi de l'État ne peut jamais être injuste. L'État, comme volonté générale, est pour lui absolument souverain. La puissance législatrice n'appartient qu'à la volonté du peuple réuni.

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Kant assigne au culte de l'humanité, nous le trouvons dans la Critique de la Raison pure, C'est là, en effet, qu'il donne à riiomnie, pour ainsi dire en principe, une existence tout active et indépendante, en faisant de la Raison Tauteur de toute vérité, la créatrice du monde phénoménal et le juge en dernier ressort de toute connaissance. C'est l'homme qui se h\\t son monde, car ce qu'il connaît, n'est que le produit de sa faculté de connaître.

L'ancienne école jiiridiqne, à laquelle surtout nous pensons ici, a amené dans le sens pratique des juristes, surtout tels que Savij^ny, une réaction bien fondée : c'est Vécole historique. On rejeta les théories philosophupies et on partit du droit historique comme base. Mais dans l'école historicpic elle-même se retrouve clairement l'inlluencc puissante de Kant. L'existence d'un droit naturel proprement dit est plusieurs fois niée ; toute législation est dérivée de la volonté du peuple (parle moyen du droit coutumier) ou de la puissance Icjjislatrice de l'État. Si l'on demande on vertu de quel principe entre deux individus sans lien d'État, il ne peut pas être question d'un rapport de droit proprement dit, uniquement fondé sur le droit naturel, voici ce qu'on nous répond : 11 manque au concept de droit l'exigibilité nécessaire, et ce n'est que grâce à cette exigibilité (ju'on comprend la puissance extérieure, c'est-à-dire physique, par opposition à la puissance intérieure ou titre de droit (litre légal), avec emploi de la force. Mais qui ne voit combien celte cônccp-

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Restreindre le domaine du connaissable à rexpérience sensible, c'est en conséquence prendre comme règle de vie : Contente-toi du sensible ; mets-toi à ton aise dans ce beau monde, où l'homme est ce qu'il y a de plus élevé; (jue ce qu'on ne sait pas, ne t'échauffe pas. Celui pour qui connaître et savoir ne sont

lion du droit et cette opposition exagérée du droit et de la morale est dans le plus étroit rapport avec la définition de Kant ? Lui aussi n'envisage pas le droit comme une obligation intérieure, mais comme une contrainte extérieure ( Cf. Meyer, les Principes de la moralité et du droit, dans les Slimmen ans Maria Laach, l^e série, t. xi, Fribourg, 18G8, p. 132).

Lorsque Kant parle de Vori<jine de l'Etat et du gouvernement, l'cminent critique sort un peu de son rôle. U est réjouissant de voir comment l'homme, qui passe le niveau impitoyable de sa critique sur tout ce qu'il y a de plus solide, de mieux établi, fait ici par crainte de la Police, une exception et soutient la thèse de «l'esprit borné des sujets ». Le sujet ne doit pas perdre son temps à épiloguer sur cette origine (comme si c'était un droit dont on puisse douter sous le rapport de l'obéissance due à cette puissance), dit Kant (Théorie du droit, ix, IG4;. Il parle des « discussions s.ibtiles qui mettent lÉtat en danger ». Le « citoyen » est donc pour le professeur de Kœnigsberg, la seule chose au dessus du Philosophe. Kant, absolument comme Hobbcs et Rousseau, admet un ((contrat libre » comme base de la société civile. Le contrat social n'est pas pour lui un fait historique, mais une conception qui sert de fondement au droit public.

antre chose que construire et ajuster, élève le moi au dessus de toute vérité solide donnée; il lui met en main la vérité comme un jouet, pour l'amuser afin qu'avec la cire il pétrisse la science à son gré: plus les systèmes sont variés et contradictoires, plus brillante apparaît la majesté du nioL Celui qui enseigne que notre connaissance ne doit pas se régler sur les choses, mais bien les choses sur nous, enseigne en conséquence que la moralité n'a pas de règle objective et que l'homme est à lui-même sa loi ; en conséquence

Pareillement, quant à rimporlance de la Religion pour l'État, Kant a devancé les idées modernes. La Religion joue seulement le rôle d'un moyen utile. Lange, parlant de Voltaire comme publiciste, dit : « 11 y a évidemment chez lui le germe « vague et confus de l'opinion de Kant, quand il revient à la « thèse qu'expriment si vivement les paroles bien connues : « Si Dieu n'existait pas, il faudrait l'inventer. Voltaire est «d'avis que si Rayle, qui croit possible un État athée, avait à « gouverner cinquante ou soixante paysans, il ferait au.ssitôt « prêcher la doctrine de la rémunération divine » {Hist. du matérial., i, 304). Telle est, aux yeux de Kant, l'unique importance de la religion pour l'État ; tout, tant en privé qu'en public, doit se grouper autour de la nature raisonnable, de la dignité de l'homme, de la valeur de la personne.

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encore, que la foi et la religion ne doivent pas se régler sur la vérité religieuse, mais que c'est la vérité religieuse qui doit se régler sur les sentiments de foi et de religion. L'homme est ainsi puissance souveraine dans le monde delà science, de la morale, de la politique, de la religion. Le veau d'or du paganisme moderne est tout prêt.

Le résultat de nos études se réduit à quelques mots. Pour bien comprendre une époque, il faut saisir les idées qui la dominent, étudier sa science, sa philosophie. Nous avons vu que toute la science, qui mène le temps présent, ^i elle n'a pas toujours cherché expressément sa base profonde dans Emmanuel Kant, l'y a néanmoins trouvée, et que tout l'édifice du Kantisme repose sur la Critique de la Raison pure. Si cette Critique tombe, tout le système philosophique de Kant s'écroule, et, si ce système s'écroule, tombe aussi la base la plus essentielle de la science moderne.

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