‹ Kant et la science moderneChapitre 4 sur 29 · CFI. H. — COMM. KANT A ACCOMPLI SA TACHE · texte numérisé non relu

CFI. H. — COMM. KANT A ACCOMPLI SA TACHE

permet sur son point de vue transccndcntal ne sont nullement nouvelles. Mais avant Kant personne n'avait-il essayé de rendre compte de la connaissance humaine par ses éh^.ments constitutifs, par son fondement, démettre en lumière l'acte de la connaissance et les ingrédients qui le composent ? C'est ce qu'on ne peut affirmer que si l'on ignore entièrement l'ancienne philosophie jetée par dessus bord avec le catholicisme. Aussi bien Kant l'ignorait-il absolument. Quant au courant critique moderne dans la philosophie allemande, c'est à tout instant qu'on le rapporte à Kant, comme à son auteur^ et qu'on le fait dater de Kant. Or, bien avant Kant, dans l'école même de Wolf, à laquelle on reproche d'ordinaire le manque absolu de sens critique, s'était déclarée une tendance significative à l'esprit criti- ([ue. C'est à bon droit que Riehl, dans son ouvrage intitulé le Criticisme philosophique et sou importance pour la science positire(\), citel'al-

(1) LeiiJzii; ( Eiigclmanii, I87C>), p. I8'j-I87.

PESCH. — KANT. — 5.

CG KANT KT LA SCIKNCK MuDERXl!:

sacieu .). II. IjuhImmI, comme le prédécesseur immédiat de Kaiit dans la pliiiosophie critique, et J. Nie. Tetens, professeur à Kiel, comme le propre et véritable devancier, et même en partie le Sosie de Kant. Tout au plus peut-on dire de Kant qu'il a renforcé et dirigé le courant critique dans une voie nouvelle.

3. — Pour d'autres, l'œuvre de Kant consiste en ce qu'il a le premier reconnu l'impossibilité d'expliquer l'ensemble de la connaissance humaine par la perception sensible. C'est l'opinion, par ex. de IL Lotze(i)^ qui fait résider la doctrine de Kant dans cette proposition que l'expérience seulene fournit pasleslois de la réalité : « Quand nous arrivons à une pareille â assertion, ^) dit-il, « il se rencontre (jue nous c( défendons en même temps un point essence tiel de la philosophie allemande, sur lequel (( nous sommes pris à partie par toutes les « nations )). Nous ne pouvons faire autrement que de voir dans de pareilles affirmations une

(1) Logique, p. 57.0.

en. II. — COMM. KANT A ACCOMPLI SA TACHE G7

preuve de cette lamentable étroitesse de l'horizon intellectuel des modernes, qui stupéfiera les générations futures. Ces nains, qui ne peuvent porter leurs regards au delà des plus humbles taupinières, veulent accaparer le soleil pour leur trou de village !

jA rencontre des empiristes anglais, on peut constater dans Kant, comme un progrès (si ce n'est un recul ) tout en droite ligne, que le célèbre critique a de nouveau compris et démontré que la connaissance humaine n'est nullement, ainsi qu'on l'essayait en vain depuis Locke, expliquée par la perception sensible, précisément parce qu'elle ne peut être issue d'une simple élaboration des perceptions sensibles. « Que toute notre connaissance, » dit-il « dans laCritique de la Raison pure (p. 695), « commence avec l'expérience, il n'y a point de « doute là dessus ; car qu'est-ce qui éveillerait (( notre faculté cognitive et la ferait entrer en « acte, sinon les objets qui frappent nos sens? «... Chronologiquement donc^ en nous, ati- (( cune connaissance n'est antérieure à l'ex-

<f< périence, et toute connaissance commence * avec elle ». Maintenant il s'agit de savoir s'il n'y a pas une connaissance qui commence bien éiivec l'expérience, mais qui pour cela ne dél'ive pas de l'expérience. C'est, dit Kant^, « la « question agitée dans toute la Critique de la « Raison pure: existe-t-il une telle connaissante ce, indépendante de l'expérience, et même de « toutes les impressions sensibles ?Ces connaiscc sances là, on les appelle a priori et on les disi< lingue des empiriques, dont la source est a « posteriori, à savoir dans rexpéricncc (Ibid. « p. 096) » . A cette question Kant répond affirmativement. Et sur quelles raisons? C'est que toutes se ramènent à la nécessité et à l'universalité qui percent dans la plupart de nos connaissances sans cependant pouvoir dériver de l'expérience. Si je vois que ce triangle a trois angles, la simple expérience ne peut me donner le motif de cette énonciation, que tout triangle réel et possible doit avoir trois angles. En conséquence de quoi, Kant conclut « qu'il doit y A avoir une source spéciale de connaissance

Page 1