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MÉTAPHYSIQUE DES MOEURS
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pour la suite, celle de l'histoire qui formera le jugement. La culture morale proprement dite a pour objet la formation du caractère^ qu'on peut définir « l'habitude d'agir d'après des maximes^ ». L'habitude de la ponctualité est, chez l'homme fait, la première marque d'un caractère sûr, et Ton a tort de se moquer, ajoute Kant, qui semble bien ici songer à lui-même, de « l'homme qui a toujours une heure et un temps fixé pour chaque chose » . Chez l'enfant, il importe de développer surtout l'obéissance et la véracité. Toute désobéissance et tout mensonge doivent être punis ; mais le châtiment physique doit être abandonné dès que l'enfant est à même de comprendre la portée d'une punition morale, telle qu'un accueil glacial, un regard de mépris. Plus tard, c'est au seul sentiment de la dignité humaine que l'éducateur devra faire appel. Il développera ce sentiment en traitant tous les enfants sur un pied d'égalité absolue et se gardera bien d'éveiller l'émulation qui n'engendre que la fatuité et l'égoïsme. Enfin, pour donner à l'enfant la connaissance exacte de tous ses devoirs, un éducateur mettra entre ses mains un catéchisme moral analogue à celui dont la Doctrine de la Vertu nous a fourni le type -. Une dernière question se pose : convient-il de donner de bonne heure à l'enfant l'éducation religieuse? Kant retarderait volontiers comme Rousseau jusqu'à l'adolescence la révélation de l'idée de Dieu, s il était possible
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KANT
d'isoler lenfant de la vie sociale. où il sera témoin des démonstrations extérieures de piété. Ces dernières, si elles ne lui sontexpliquées, risqueront d'éveiller en lui des conceptions fausses et superstitieuses. Le maître l'initiera donc de bonne heure aux notions religieuses; mais il s'interdira le dogmatisme des formules toutes faites , la « singerie ,. des gestes stéréotypés. C'est de la morale qu'il faut conduire l'enfant à la religion, qui n'en est que la traduction en termes transcendants; ainsi la loides devoirs sera enseignée comme un commandement divinon montrera dans le remords une action de Dieu sur la conscience. Mais on évitera de profaner par l'abus le nom de la divinité ; daus la prière, onneferapas voir un moyen d'arracher à Dieu ses faveurs, mais un « moven de réconforter l'àme .. qui puise dans le désir de plaire à son créateur une énergie favorable à son perfectionnement'. Ces brèves indications suffisent à établir dans quelle mesure les idées pédagogiques de Kant diffèrent de la conception de Rousseau. Tous deux cherchent à réagir contre l'éducation artificielle qui se donnait de leur temps, aussi bien dans les établissements des jésuites que sous la férule des princes protestants; tous deux rejettent I éducation autoritaire et accordent une large part au développement spontané, mais habilement dirigé, de la nature. Mais Kant n'eût pas écrit : « Tout est bien sortant des mains de l'auteur des choses ; tout dégénère entre les mains de l'homme. .. L'homme nait mauvais, ou
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metaphysiquh: des moeurs.
le devient, et sa volonté n'est pas étrangère à ce devenir, il se fait en grande partie lui-même. « Il ne saurait devenir moralement bon... qu'au moyen d'une contrainte exercée sur lui-même ^ » Et sans doute l'influence sociale pourra parfois altérer ce pouvoir moral brut et encore indécis entre le bien et le mal. Mais c'est précisément la tâche de l'éducateur d'orienter la volonté dans le sens du devoir, en neutralisant les influences corruptrices. Dans cette tâche grandiose, mais non point impossible, « git le grand secret de la perfection de la nature humaine- », et ce n'est plus au pessimiste auteur de Y Emile, c'est à d'Alembert et à Condorcet que font songer ces nobles paroles de l'Introduction de la Pédagogie de Kant : « Peut-être l'éducation deviendra-telle toujours meilleure et chacune des générations qui se succéderont fera-t-elle un pas de plus vers le perfectionnement de l'humanité... Il est doux de se figurer que la nature humaine sera toujours mieux développée par l'éducation et que l'on peut arriver à lui donner la forme qui est digne d'elle. Cela nous ouvre la perspective d'un avenir plus heureux de l'humanité ^. »
1. P. 442 (241). Dans Y Anthropologie, t. X, p. 366-367 (trad. Tissot, p. 327-328), il développe ceUe idée plus précise que l'homme est originairement bon en tant qu'être intelligible, et naturellement mauvais en tant qu'être sensible, sollicité par des penchants.