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de respect doit-on aux femmes, aux vieillards, à l'enfant? Quelles sont les « vertus de sociétés »? Sur un point cependant, notre philosophe s'arrête avec complaisance. L'amitié avait été la seule joie de son âge mûr et de sa vieillesse. Il lui devait cet hommage de la définir avec précision. L'idée qu'il s'en faite est très haute, si haute qu'il la tient pour irréalisable. C'est, comme la sainteté, un idéal de la raison dont on doit se rapprocher, mais qu'on ne peut se flatter d'atteindre. Que suppose-t-elle, en effet? L'union de deux personnes liées par un amour réciproque et un égal respect ; elle réalise donc la synthèse la plus parfaite des deux formes du devoir envers autrui; elle est « l'idéal de la sympathie et de la bienveillance ». Aussi que d'obstacles à l'amitié parfaite î Reprochez-vous une faute à un ami? 11 craindra d'avoir baissé dans votre estime. L'un des amis est-il dans une situation inférieure qui l'oblige à recevoir les bienfaits de l'autre? L'égalité n'en sera-t-elle pas rompue? Cependant, à défaut d'amitié parfaite, une amitié morale est possible, fondée sur une confiance réciproque aussi entière que possible; elle répond au besoin qu'éprouve l'homme d' « ouvrir son cœur en toute confiance » ; grâce à elle, « il n'est plus seul avec ses pensées comme dans une prison ». Mais qu'il est rare, l'ami discret : « rara avis in terris nigroque simillima cycno^\ »
KAM
MÉTAPHYSIQUE DES MOEURS
d. Méthodologie,
Puisque la vertu n'est point innée, mais acquise, il est de toute importance pour l'homme d'apprendre d'abord à la connaître, à la pratiquer ensuite; il doit y avoir, en un mot, une didactique et une ascétique morales ; en termes plus simples, un enseignement et une discipline. La méthode de l'enseignement moral dérive de la nature môme de son objet. Une science qui, comme l'histoire, s'adresse à la mémoire, ne comporte qu'un enseignement dogmatique. Mais les vérités morales, comme les théorèmes mathématiques, découlent de concepts à priori, et le meilleur moyen de les graver dans l'esprit de rélève est de les lui faire trouver, suivant la méthode socratique, en lui posant une série de questions habilement graduées. De cette méthode, qu'il appelle catéchétique, Kant a tenu à nous donner un échantillon que sa longueur seule nous empêche de citer ici. Dans ce fragment, sous une forme très accessible à déjeunes intelligences, le maître amène l'élève à poser de lui-même les principes essentiels de la morale kantienne. Il est infiniment regrettable que notre philosophe n'ait pas écrit en entier un cathéchisme moral tel qu'il le concevait i.
Mais il ne suffit pas de savoir pour agir, et, s'il recommande la méthode dialectique de Socrate, Kant est à cent lieues d'admettre le paradoxe de l'identité du savoir et de la vertu. C'est aux Stoïciens et aux Épicu-
riens qu'il emprunte les maximes générales de la discipline morale. « Supporte et abstiens-toi », ont dit les premiers ; et c'est en effet une condition de la santé morale que de supporter les maux accidentels et de s'abstenir des jouissances superflues. Mais la santé n est encore qu'un bien-être négatif, et, « le vertueux Épicure » avait raison de prêcher en outre la « joie de vivre » [Lebensgemiss), cette sérénité souriante de.rhomme assuré par répreuve qu'il est à l'abri de certaines fautes : Hic nmrm aheneus esto. Point de cet « ascétisme monacal » qui consiste à torturer le corps et prétend racheter la faute par la mortification de la chair; ces pénitences ont quelque chose « de triste, de sombre et de maussade » qui risque de faire haïr la vertu. Le repentir moral, qui n'exclut point la sérénité et implique simplement la ferme résolution de s'amender, est la seule discipline que l'homme doive s'imposer ^