PHILOSOPHIE NATURELLE
§ 1. — Force et matière; mouvement et repos.
La philosophie de la nature a été le premier et le dernier objet auquel s'est attachée la pensée de Kant. L'ouvrage qu'il laissera inachevé à sa mort diffère profondément, par la méthode, de la dissertation par laquelle il débute dans le monde des savants; mais le but est le même, qui est de soumettre à la réflexion philosophique les concepts fondamentaux de la physique.
Les Pensées sur la véritable estimation des forces vives (1747) sont d'un jeune homme de vingt-trois ans. Mais l'étudiant y prend déjà le ton du maître. Il manifeste cette indépendance vis-à-vis de l'autorité et cet amour du vrai qui resteront les traits dominants de sa physionomie morale : (c L'entendement humain s'est heureusement afîranchi de ses chaînes et désormais on peut
s'enhardir à tenir pour rien l'autorité d'un Newton et d'un Leibniz, quand elle peut entraver la découverte de la vérité, et à n'obéir à d'autres suggestions qu'à l'en-
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traînement de T entende ment ^ » Et plus loin : « Je me suis tracé d'avance la voie que je veux suivre; je commoncerai ma course et rien ne pourra m'empêcher de la poursuivre -. »
Au milieu du xviir siècle, le conflit n'était pas terminé entre les Cartésiens et les Leibnitiens au sujet de la mesure de la (( force motrice ». Cette mesure est-elle égale au produit de la masse par la vitesse simple ou par le carré de la vitesse? Entre les deux écoles, Kant adopte une position intermédiaire, en distinguant deux sortes de mouvements -^ : le premier, celui des corps qui se meuvent librement (une balle de fusil, un corps qui tombe), se conserve indéfiniment tant qu'aucun obstacle ne s'y oppose; le second, dont nous trouvons Texemple dans les corps portés ou faiblement poussés^ disparait avec sa cause extérieure sans avoir été arrêté par aucune résistance. A cette seconde catégorie de mouvement s'applique la formule de Descartes qui se trouve ainsi n'être plus seulement vraie du « corps mathématique » de la pure étendue. A la première, produite par la force vive, convient la formule de Leibniz. Ce dernier, toutefois, s'est trompé quand il a cru pouvoir donner de la loi du carré de la vitesse une démonstration mathématique. Seules, la métaphysique ou l'expérience peuvent nous instruire à cet égard ^. C'est à l'aide de