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KANT

deux autres. Mais peut-être cet effort môme pour remettre en branle à propos de l'esthétique et de la finalité, tout le lourd appareil scolastique de la première Critique : antinomie, déduction, dialectique etc., contribue-t-il à rendre plus évident l'embarras que dut éprouver Kant à incorporer à son système toute une série de problèmes dont il s'avisa sur le tard et qui ne s'encadraient point aisément dans le Système de la liaison pure.

Ce dernier point échappe au doute et l'on peut déterminer, à quelques mois près, à quel moment Kant s'aperçut qu'une lacune restait à combler entre la philosophie de la nature et celle de la liberté. A vrai dire, les idées de beauté et de finalité s'étaient déjà imposées à sa réflexion. Dès 1755, dans la préface de la Théorie du ciel, il ne reconnaissait à la causalité mécanique d'autre pouvoir que de déterminer la genèse et les lois les plus générales de l'univers; dans la variété du détail de la nature vivante, il apercevait l'action d'une « force organisatrice. » Dans la Critique de la raison pure \ il avait critiqué les trois formules du principe de finalité chères aux métaphysiciens de lecole : principes d'homogénéité, de spécification et de continuité, et leur avait bien reconnu une origine transcendantale. iMais, ajoutait-il, ces principes ne sont que des maximes régulatrices de la connaissance; elles ne correspondent à aucune expérience dans la nature; elles donnent simplement une orientation, une unité à la connaissance; elles détermi-

1. Appendice à la dialect. transcend. : De Vusage régulateur des idées de la raison pure, t. II, p. i90-508 (II, 228-250). V. supra, p. Ii2.

CRITIQUE DE LA FACULTÉ DE JUGER

nent, non des objets, mais des fins à poursuivre en vue d'assurer au savoir le caractère le plus systématique. C'est^ avec plus de précision, le même point de vue que défendait Kant contre Forster dans l'article du Mercure allemand de 1 788 : Sur l'usage des principes téléologiques en philosophie ^ Les causes de la vie organique, prétendait le naturaliste, sont mécaniques et connaissables. Elles ne sont ni f un ni l'autre, réplique notre philosophe ; le mécanisme ne suffît pas à rendre compte des phénomènes vitaux, et, d'autre part, la Critique s'oppose à toute application au monde sensible du concept de finalité qui n'a de sens qu'au point de vue de l'expérience interne. L'existence de fins dans la nature échappe d'ailleurs à la négation comme à l'affirmation; il n'y a d'autre finalité connaissable que la finahté interne.

Ainsi, de 1755 à 1781, les idées téléologiques de Kant ont perdu tout caractère dogmatique, et, de 1781 à 1788 elles gardent inaltérée l'empreinte du criticisme. A tout prendre, d'ailleurs, ces conceptions, et pour cause, occupent dans le système une place assez restreinte.

Quant à la théorie du beau, il n'est pas improbable que Kant avait songé d'abord à lui réserver une place dans la Critique. Le 7 juin 1771, sept ans après avoir écrit les Observations sur le sentiment du beau et du sublime, il écrit à M. Herz, qu'il médite un ouvrage sur les limites de la sensibilité et de la raison, dont le plan « comprend la nature de la théorie du goût, la métaphy-

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