T. X, p. 67-98. V. supra, p
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CRITIQUE DE LA FACULTÉ DE JUGER
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sique et la morale. » iMais, dix ans plus tard, dans une note de la Critique de la raison pure ^ il dénie expressément à la « crilique du goût », tout caractère scientifique. Baumgarten avait espéré « en élever les règles à la hauteur d'une science. Mais c'est là une vaine entreprise, car ces règles ou critères sont empiriques dans leurs principales sources et ne peuvent servir de lois à priori propres à diriger le goût dans ses jugements; c'est bien plutôt le goût qui est la véritable pierre de touche de l'exactitude des règles. » Cette note reparut dans l'édition de 1787; elle était même augmentée d'une courte addition qui en accentue la portée : il faudra désormais « entendre le mot esthétique soit dans un sens transceudantal, soit dans un sens psychologique » et le disputer ainsi aux théoriciens de la beauté.
Or, la même année, dans une lettre où il lui annonce qu'il a dû recevoir un exemplaire de la seconde édition de la Critique de la raison pure, Kant écrit à Chr. Gottfr. Schiitz : (( La récension de la troisième partie des Idées de ll^der devra être confiée à un autre... Le temps me manque pour la faire, car je dois aborder sans retard le fondement de la critique du goût-. » Et, le 18 décembre, il écrit à l'auteur de ces Lettres sur la philosophie Kantienne qui venaient de populariser le criticisme en Allemagne, à Reinhold : « Je m'occupe maintenant de la
t. T. II, p.GO-Gl (65-6G).
2. T. X, p. 500. La date du 5 janvier 1787 (fue porte cette lettre est manifestement inexacte, la 2* édit. de la Critique ayant paru à Pâques. Il faut lire sans doute 5 juin.
critique du goût, à l'occasion de laquelle on découvre une espèce de principes à priori différente des précédents. Car les facultés de l'esprit sont au nombre de trois : faculté de connaître, sentimentdu plaisir et de la douleur, et faculté de rechercher [hegehren). J'ai trouvé des principes à priori, pour la première dans la critique de la raison pure (théorétique), pour la troisième dans la critique de la raison pratique. J'en ai cherché aussi pour la seconde, et, bien que j'aie tenu autrefois pour impossible d'en découvrir, le caractère systématique que l'analyse des facultés étudiées m'avait fait découvrir dans l'esprit humain.... m'a mis sur la voie; je reconnais donc maintenant dans la philosophie trois parties dont chacune a ses principes à priori... philosophie théorétique, téléologie, et philosophie pratique; la seconde est d'ailleurs la plus pauvre en principes de détermination à priori. J'espère avoir fini à Pâques le manuscrit de cette dernière, qui portera le titre de Critique du goût - ».
C'est donc, on peut l'affirmer^ pendant l'été de l'année 1787, qu'une extension inattendue de la Critique aux idées de beauté et de finalité parut indispensable à notre philosophe Mais la tâche ne tarda pas â s'enfler sous ses doigts; l'ouvrage ne parut point à la date annoncée; la raison en est que la Critique du goût a fait place à « la Critique de la faculté déjuger, dont la critique du goût est une partie », ainsi qu'il ressort d'une lettre à Reinhold du 12 mai 1789 K Kant annonce à cette date
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rapparition de son livre pour la prochaine foire d'automne. Mais déjà les « recherches subtiles » devenaient plus laborieuses pour ce vieillard de soixante-six ans; il se plaint à Reinhold, le 1^' décembre, de cet appesantissement de rage et se contente d'espérer que la Critique de la faculté de juger verra le jour à Pâques de l'année 1790 ^ Cet espoir ne fut pas trompé.
Ainsi l'aveu de Kant est formel : la critique du goût et de la téléologic n'avait pas été prévue dans le plan primitif de son système; mais, d'autre part, il maintient énergiqucment que la logique même du système l'a conduit à cette extension. C'est ce qu'il affirme expressément dans la lettre à Reinhold du 18 décembre 1787 dont nous avons cité déjà un long fragment : non seulement il se cpoit assuré qu'aucune contradiction interne ne saurait surgir au sein de son système, mais encore la distinction qu'il a établie entre les modes de connaissance et entre les facultés de l'àme le conduit à des résultats imprévus, mais rigoureusement conformes aux conclusions générales du système; l'idée d'une troisième critique est ainsi le fruit spontané des deux autres - . C'est cette parenté qu'établit laborieusement l'Introduction de la Critique de la faculté de juger et qu'il nous faut brièvement établir '^.
3. Kanl avait écrit deux Introductions pour cet ouvrage. L'une, la première sans doute, fut laissée de côté à cause de son étendue excessive. Mais l'auteur en confia le manuscrit à Beck qui en publia des extraits dans son Extrait des ouvrages crUiqucsde Kant, ITUi. Ces extraits ont
Le principal résultat des deux premières critiques a été de séparer profondément la nature et la liberté, l'ordre de la connaissance et celui de l'action, l'entendement et la raison. Les principes de la nature sont ceux de l'entendement sans lesquels aucune connaissance objective n est possible, le principe de la vie pratique est le concept rationnel de liberté. Entre les deux domaines, aucune communication, aucun échange ne semble possible. Cependant le sujet de la connaissance est, au fond, le même que celui de l'action. C'est la raison même de l'homme qui, dans son double usage, spéculatif et pratique, ne peut être qu'une seule et même faculté. Bien plus, l'ordre naturel et Tordre moral ne sont pas simplement juxtaposés et parallèles. Celui-ci doit exercer une influence sur le premier. En effet l'impératif catégorique oblige la volonté à réaliser dans la nature les lois de la liberté et l'on est contraint de concevoir la nature de telle façon que la rigueur des lois expérimentales admette au moins la « possibilité » d'une réalisation des fins de la liberté. La primauté de la raison pratique, déjà proclamée dans la seconde Critique^, implique l'existence d'un « principe d'unité », d'un moyen terme établissant un passage de l'ordre de la hberté à celui de la nature 2.
été publiés dans les éditions générales postérieures sous le titre : Ueber Philosophie uberhaupt{i. I, p. 137-172), et traduits par Tissot àla suite des Prolégomènes {Sur la Philosophie en général, p. ^j33-i80). Le reste de cette préface a disparu. Barni n'a traduit que la seconde. Les idées sont sensiblement identiques de part et d'autre.