‹ Kant [microform]Chapitre 118 sur 148 · p. 62-82 (94-123), noiain. g · texte numérisé non relu

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il en diffère profondément par les caractères suivants. Le beau concerne la forme d'un objet et suppose que cet objet est défini ; le sublime n'est conçu qu'en présence d'un objet illimité, tel que l'infini; — l'un est lié à la représentation de la qualité, l'autre à celle de la quantité; — le premier, par le jeu libre et agréable des facultés, produit une excitation des forces vitales, l'autre, dénué de charme sensible, suspend momentanément ces mêmes forces; — enfin et surtout « la beauté naturelle... renferme une finalité de forme, par laquelle fobjet paraît avoir été prédéterminé pour notre imagination », c'est-à-dire que le jugement que nous portons sur un objet beau est parfaitement d'accord avec la représentation que l'imagination nous fournit de cet objet; au contraire, le sublime fait violence à Fimagination; il dépasse tout ce que nous pouvons nous représenter mentalement ^

Mais il faut préciser et expliquer cette différence. La satisfaction de beauté provient, nous le savons, de l'accord harmonieux de l'imagination et de fentendement. Il en résulte, — puisque l'entendement est la faculté de connaître des objets d'expérience, — que la beauté nous semble réalisée hors de nous, dans la nature, où nous découvrons une « technique » harmonieuse et croyons trouver un « art », et non pas seulement un « mécanisme sans but- ». Dans le sublime, ce n'est plus fentendement qui entre en rapport avec l'imagination, mais la raison,

KANT

CRITIQUE DE LA FACULTE DE JUGER

impuissante, il est vrai, à saisir le réel, mais susceptible d'étendre à l'infini ses « idées » au delà du phénomène. Ainsi la vue d' « une mer sombre et orageuse » donnera bien le branle à mon imagination, mais ma raison va bien au delà de ces conceptions; elle entrevoit l'horizon infini , la puissance incommensurable de l'Océan ; devant elle, (( toutes les grandeurs de la nature paraissent petites i. » Il en résulte que la véritable sublimité doit être cherchée, non dans la nature, mais dans l'esprit. « Le vaste Océan, soulevé par la tempête, ne peut être appelé sublime » ; il est seulement pour nous une occasion de confondre notre imagination en concevant l'infini. Aussi le sublime ne révèle-t-il, au contraire du beau^ aucune finalité dans la nature; « le chaos, le désordre, la dévastation » peuvent provoquer ce sentiment -. De là vient encore que Témotion du sublime est à la fois une peine et un plaisir : une peine, causée par la discordance intime de notre imagination et de notre raison, — un plaisir, parce que, en même temps, cette émotion nous révèle la grandeur de notre nature et de notre destinée =^ En présence des forces redoutables de la nature, d'un orage, d'une cataracte, ce plaisir et cette peine se compliquent d'émotions nouvelles. Nous souOfrons du sentiment de notre impuissance physique, mais du môme coup, du moins si nous sommes en sécurité, nous prenons conscience en nous d'un « pouvoir de résistance d'une

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