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KANT
S 4. — Les principes de la théologie naturelle et de la morale.
L'illusion, en tout cas, ne dut pas être de longue durée. La dissertation présentée à l'Académie de Berlin sur VÈvidence des principes de la théologie naturelle et de la morale^, qui est certainement postérieure à celle qu'on vient d'analyser, est une déclaration de guerre en régie à la méthode a priori en matière de métaphysique. Comme son concurrent Mendelssohn, auquel le prix fut décerné, Kant établit un parallèle entre la méthode usitée en philosophie et celle des mathématiques, et la comparaison ne tourne pas à l'avantage de la première. Le mathématicien crée ses définitions par « synthèse », par « liaison arbitraire de concepts » ; aussi les données dont il part sont-elles simples et peu nombreuses et il peut les traduire en figures et en formules concrètes et parfaitement adéquates. La philosophie, au contraire, comme la physique et la psychologie, établit ses définitions par l'analyse du donné ; mais ce dernier est trop complexe pour qu'il soit possible d'en achever la décomposition. Aussi les symboles dont elle se sert, les mots, ne représentent-ils rien que d'abstrait et laissent échapper la réalité concrète qu'ils expriment -. De là le vide des définitions philosophiques, telles que celle du temps, du corps, du réel. En faire, à l'imitation des mathématiques, le point de départ de la science, c'est se condamner à de stériles démarches. La vraie méthode de la métaphy-
PERIODE ANTECRITIQUE.
sique ne sera donc plus désormais celle de la géométrie, de Descartes, mais celle de la physique, de Newton. Elle procédera de 1' « expérience intérieure ))^ de la « conscience immédiate », comme la physique procède de l'expérience sensible, et s'élèvera ainsi à des définitions, sinon adéquates au détail du réel, du moins assez riches pour que la déduction puisse en tirer de fécondes conséquences'. A cette condition, la métaphysique, forte d'une première donnée expérimentale, pourra appliquer à la déduction avec autant de sécurité que la physique. Kant fait de celte méthode une application fort intéressante à la morale. Il estime que la logique peut bien déduire du concept d'obligation la formule tu dois, mais que le sentiment seul, c'est-à-dire l'expérience, peut déterminer ce que le devoir commande. La raison donne la forme et le sentiment la matière de la moralité. Et Kant fait honneur aux penseurs de son siècle, notamment à Hutcheson, d'avoir pour la première fois {aile?'' erst) mis en lumière la valeur morale du sentiment -. L'empirisme anglais s'insinuait ainsi dans la théorie de l'action, après avoir profondément altéré déjà celle de la connaissance.
g 5. — Observations sur le sentiment du beau et du sublime.
Aussi est-ce (( avec l'œil d'un observateur plutôt que d'un philosophe ^ » qu'il s'exerce à l'analyse des senti-
2. Il devait bientôt rendre le môme témoignage à Hume et à Shaftesbury dans le Programme de ses cours pour l'hiver 1765-66, t. I, p. 106.