‹ Kant [microform]Chapitre 31 sur 148 · NT · texte numérisé non relu

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la portée de cette affirmation ni la difficulté nouvelle qu'elle soulève: comment une synthèse est-elle possible à priori?

En 1768, dans un court mais très suggestif article des Nouvelles de Kwnigsberg sur la Distinction des régions de l'espace i, il réalise un nouveau progrès. En étudiant certaines figures symétriques, telles que la main droite et la main gauche, ou encore une main et son image réfléchie dans un miroir, il remarque qu'elles sont absolument « égales et semblables », quant à la disposition de leurs parties sans cependant pouvoir coïncider. Il en conclut que la forme des corps ne résulte pas simplement de la situation réciproque de leurs éléments et que, par suite, l'espace n'est pas, comme l'avait cru Leibniz, l'ordre de coexistence des objets sensibles. C'est un « absolu » qui a sa « réalité propre 2 », indépendamment de la matière qui le remplit. Bien loin de résulter de la disposition des choses, il est le principe originel de leur « possibilité » géométrique, c'est-à-dire de leur forme. C'est parce qu'il y a réellement trois dimensions dans l'espace que nous distinguons dans les corps un haut et un bas, un avant et un arrière, une gauche et une droite. Mais cette conception même est hérissée de difficultés; Kant les entrevoit dans les dernières lignes de son article. Si l'espace est réel, il cesse d'être un « pur objet de pensée » {blosses Gedanhendinrj) , il devient une intuition. Or comment une intuition peut-elle être connue à

PERIODE AXTECRlTIOrE.

priori? L'intuition n'est-elle pas un mode de connaissance purement expérimental? La nécessité des mathématiques n'est-elle pas compromise?

C'est ici que se place la découverte décisive, l'invention désormais immuable de la méthode critique. Le 2 septembre 1770, Kant écrit à Lambert : « Depuis environ un an, je me flatte d'être arrivé à une conception telle que je ne crains pas d'avoir à la changer jamais, mais qu'il sera nécessaire d'élargir et qui permettra d'examiner toutes sortes de questions métaphysiques d'après un critérium parfaitement sûr et facile et de décider avec certitude dans quelle mesure elles sont solubles ou non. » ^ C'est donc, à n'en pas douter, à l'année 1769 (jue se rapporte le passage célèbre de la préface de la seconde édition de la Raison pure : « On avait admis jusqu'ici que toute notre connaissance devait se régler sur les objets; mais, dans cette hypothèse, toutes les tentatives pour établir sur ces objets quelque jugement à priori qui étendit notre connaissance n'aboutissaient à rien. Que Ton cherche donc une fois si nous ne serions pas plus heureux dans les problèmes de la métaphysique, en admettant que les objets doivent se

régler sur notre connaissance Il en est ici comme

de l'idée première de Copernic : voyant qu'il ne pouvait réussir à expliquer les mouvements du ciel en admettant que l'armée des astres tourne autour du spectateur, il chercha s'il ne réussirait pas mieux s'il

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