BouTROux, Kant, dans Études dliist. de la phiL, p
donc synthétiques. Mais d'autre part ils nous apparaissent avec un caractère de nécessité et d 'a-priorité que l'expérience, fût-elle répétée cent fois et fortifiée par d'inséparables associations, ne saurait expliquer. A quoi se réduirait la physique de Newton, — que Kant, ne l'oublions pas, ne cesse d'avoir en vue, — si la causalité n'était qu'une liaison subjective? On est amené ainsi à soupçonner qu'il existe des concepts à la fois à priori et synthétiques. Mais une telle conception n'est-elle pas inadmissible, incohérente ? Peut-il v avoir d'autres concepts à priori que les concepts analytiques, d'autres jugements synthétiques que ceux de l'expérience?
Hume ne l'a pas cru, et ce doute fondamental le conduisait logiquement au scepticisme universel. Kant dut se sentir cruellement divisé entre sa foi en Newton et l'implacable logique de Hume. Mais, depuis quelques années déjà, il était sur la voie de la grande découverte qui devait rafl'ermir sa certitude. 11 avait aperçu l'erreur capitale qui vicie toute la théorie de Hume. Celui-ci, avec tout son temps, avait tenu les jugements mathématiques pour analytiques, et, à ce titre, consentait à leur reconnaître le caractère de nécessité et d'a-priorité ; mais en même temps, il leur refusait toute valeur objective, les réduisait à des « rapports d'idées » purement subjectifs. Erreur! s'écrie Kant dès 1763 ^ ces jugements sont des synthèses ; les figures et les grandeurs sont des constructions de l'esprit. Mais il n'aperçoit pas de suite