‹ Kant [microform]Chapitre 37 sur 148 · T. n, p. 25 (34) et suiv. Cf. la Préf. des Prolég · texte numérisé non relu

T. n, p. 25 (34) et suiv. Cf. la Préf. des Prolég

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raison à dépasser le monde des phénomènes et l'impuissance de toute métaphysique? Faut-il voir dans Knnt un Hume moins logique ou moins courageux, reconstruisant en l'air, par scrupule d'honnête homme ou de professeur, une morale arbitraire dont il aurait sciemment détruit tous les fondements métaphysiques? Le cadre de cette étude ne nous permet pas d'entrer dans le détail des innombrables controverses que cette question n'a cessé de susciter en Allemagne \ Le plus simple est, croyons-nous, de s'en tenir aux déclarations de Kant lui-même, qui n'ont pas varié depuis la dissertation de 1770 2, jusqu'aux Prolcgoml-nes et jusqu'à la seconde édition de la Raison pure. <■ La critique est la préparation « indispensable aux progrès d'une métaphysique so- « lide comme science. » = Et Kant annonce au même endroit qu'une fois l'œuvre de la critique achevée, il tentera lui-même de reconstruire l'édifice métaphysique suivant « la méthode sévère de l'illustre Wolff », c'cst-à-dirc en procédant par « principes incontestables « et « concepts clairement déterminés ».

Seulement, le dogmatisme métaphysique, faute de soumettre ses instruments au contrôle de la critique, avait prétendu atteindre lêtre en soi par une simple extension au supra-sensible des procédés qui réussissent dans la connaissance des phénomènes; il se faisait fort

1. On en trouvera un résumé très précis dans Padlsen, Kant, p. 115

et suiv.

0 T III p. Ifi2 (274) : scientix propxdeuticx.

3. Criliq. r préf., t. II, p. 29. (39). Cf., p. 22 (30) et 53 (G8).

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de démontrer scientifiquement l'existence de causes et de substances intelligibles, et son échec menaçait de ruiner l'autorité de la science positive. Telle est, d'après Kant, Terreur fondamentale qui provient de la confusion de méthodes et de domaines distincts : du phénomène seul il y a science positive, mais du supra-sensible il y a croyance, fondée d'ailleurs sur « l'usage pratique absolument nécessaire de la raison pure » } Étendre la science hors de son domaine propre, c'est mettre en danger la croyance dans celui qui lui revient ; et tel est précisément le sens du mot célèbre : « Je dus donc supprimer le savoir , pour faire place à la croyance » [Ich mussle also das Wissen aufhehen, uni zum Glauben Platz zu beJwmnienf, sur lequel c'est se méprendre étrangement que d'y voir l'expression d'un doute sur la valeur objective de la science. L'intention maîtresse de Kant est, bien au contraire, d'isoler si radicalement science et croyance métaphysique, que ni celle-ci n'ait rien à redouter des conclusions de la première, ni celle-là rien à craindre de l'incertitude expérimentale et rationnelle de la seconde-^.

3. Éliminons de suite une objection que la suite de celte exposition fera tomber d'elle-même. S'il n'y a de science que du phénomène, comment une métaphysique pourra-t-elle « se présenter comme science »? La réponse est simple : une métaphysique est scientifique en tant que la critique en détermine les limites, le contour (l^mriss), la méthode et le mode de certitude. Mais de l'objet propre de la métaphysique, la chose en soi, il ne saurait y \ avoir de science véritable, mais seulement certitude pratique.

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ç 2. —Méthode.

Justifier la science compromise par l'empirisme et sauver la métaphysique contre les métaphysiciens euxmêmes, telle est, en définitive, la double tâche de la philosophie critique. Pour la réaliser, il faudra d'abord rompre avec les errements du passé, renoncer à l'hypothèse commune du dogmatisme et de l'empirisme ; car métaphysiciens et sensualistes, s'ils ont assigné à des pouvoirs dillerents de l'esprit le privilège de saisir le réel, s'accordent du moins pour admettre que les choses nous sont données comme des objets connaissables et que la connaissance procède de l'action des choses sur l'esprit. Renversons l'hypothèse, nous propose Kant, et supposons j que la connaissance s'explique par l'action de l'esprit sur les objets. D'autre part, les métaphysiciens s'étaient préoccupés d'asseoir la science sur un fondement métaphysique; et l'empirisme, pour avoir ébranlé ce fondement, semblait conduire au scepticisme. Préoccupation stérile, danger apparent, répond la critique. La science est (lonnce au philosophe, comme l'univers est donné au physicien. De même donc que Newton se demande au nom de quelle hypothèse générale les mouvements cosmiques sont possibles, de même Kant se demandera, non plus si la science est certaine, mais au nom de quelle loi, non des choses, mais de l'esprit, en vertu de quelles conditions subjectives, la science, admise comme fait, est possible. Puis il se demandera à quelles conditions sera désormais possible une métaphysique, c'est-à-dire une

« solution des problèmes inévitables de la raison pure.

Dieu, liberté, immortalité » ^

Cette enquête sera-t-elle une analyse psychologique

à posteriori de la faculté de connaître , une sorte de (( Physiologie » de l'esprit analogue à celle de Locke '"'] En aucune façon. L'œuvre de Locke est purement descriptive , nullement critique; elle constate des faits, mais ne saurait fonder un droit, une possibilité.

Ce ne sera pas davantage une analyse logique, au sens ordinaire du terme, une décomposition des concepts indispensables au savoir, ni une étude des procédés d'investigation famihers au savant; une telle recherche ne nous apprendrait rien sur la possibilité de la science et de la métaphysique.

Mais examinons de plus près la connaissance, considérée comme fait. Ce fait, objet d'expérience, suppose deux conditions : une )natière et une forme. La matière, c'est ce qui est donné à l'expérience {das Gegebene), ce sont les « objets qui frappent nos sens » 3. Que sont ces objets en eux-mêmes? existent-ils en dehors de nous? Le point de vue de Kant lui interdit de se poser ce problème essentiellement ontologique, et l'existence d'un objet agissant sur le sujet demeurera le postulat fondamental que la critique admet et ne démontre pas. La forme, au contraire, peut être déterminée; mais elle ne peut l'être qu'à priori, puisque l'expérience n'est possible que par

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l'addition d'une forme à une matière et ne saurait saisir une forme sans une matière. Déterminer à priori la forme de la connaissance, tel est Tobjet propre de la Critique et sa méthode ne peut être qu'une analyse abstraite ou rnétaphysiqtte,

La première conséquence de cette analyse est la distinction célèbre de la sensibilité et de l'entendement, déjà esquissée par la thèse de 1770. u 1 n'est pas douteux (jue toute notre connaissance ne commence avec l'expérience 1 », ainsi débute l'introduction de la Critique de la raison pure. Quelque chose est donné, présenté à la connaissance, avant d'être pensé. La sensibilité {Sin?ilichkeit) est précisément ce « pouvoir de recevoir des représentations {Vorstellungen) par la manière dont les objets nous affectent 2 ». Mais toute notre connaissance « ne dérive pas de l'expérience ». Celle-ci ne saurait assurer au savoir la nécessité et l'universalité qui sont les caractères essentiels des jugements scientifiques. Tout jugement nécessaire et universel suppose donc « une faculté de connaître à priori » '\ L'entendement (Verstand) est cette faculté.

Distinction des jugements analytiques et des jugements synthétiques. Toutefois, ce pouvoir de juger à priori ne présenterait rien de singulier s'il se bornait à énoncer des jugements analytiques, c'est-à-dire de ceux dans lesquels le sujet contient d'avance le prédicat. Parexem-

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