Ibid
pie le jugement : tous les corps sont étendus, consiste simplement à expliquer, à développer le concept de corps pour y trouver celui d'étendue '. Cette opération ne suppose rien de plus que lidentité de la pensée avec ellemême. Aussi Hume lui-même n'avait-il pas contesté que les jugements analytiques pussent être à priori et il avait cru assurer ainsi l'universalité et la nécessité des jugements mathématiques. Mais sur ce dernier point Hume se trompait; les jugements analytiques, étant purement explicatifs, ne peuvent élargir [enceilem) véritablement notre connaissance ; ils ne sont que de pures tautologies; les jugements mathématiques euxmêmes sont de nature synthétique, c'est-à-dire que le prédicat n'est pas contenu à l'avance dans le sujet, qu'il y est ajouté par un acle de l'esprit. Par exemple, 7 + 5 = 12 est une proposition synthétique ; car le concept de la somme 7 + 5 ne contient rien de plus que l'idée de la réunion de deux nombres en un seul, et l'idée de douze n'est point du tout conçue par cela seul que je conçois cette réunion de 5 et de 7. L'impossibilité est encore plus évidente, si l'on prend pour exemples de grands nombres. De même toute proposition géométrique, telle que : « la ligne droite est le plus court chemin d'un point à un autre », est une synthèse, car le concept de droit, qui n'exprime qu'une qualité, n'a rien de commun avec le concept d'aucune quantité; il n'y a pas d'analyse qui puisse faire sortir l'idée de « plus
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court » de celle de a droit » '. x\ fortiori les jugements d'expérience de la physique, tels que : tous les corps sont pesants, sont synthétiques, car le concept de corps ne contient pas nécessairement celui de pesanteur. Mais la physique contient en outre des jugements à la fois synthétiques et à priori qui lui servent de principes. Par exemple, dans ce principe : dans tous les changements du monde corporel la quantité de matière reste invariable, le concept d'invariabilité quantitative n'est pas contenu dans celui de matière -. Enfin la métaphysique elle-même, si elle prétend à être une véritable extension de notre connaissance, ne devra pas seulement expliquer analytiquement les concepts que nous pouvons nous faire à priori des choses; elle devra reposer sur des principes synthétiques à priori, tels que : le monde doit avoir un premier principe ^.
La question de fait ainsi résolue, la question de droit peut se poser en termes nouveaux, dont la suite de cette exposition montrera l'importance : comment des jugements sj/nthétiques à priori sont-ils possibles? C'est ce (( problème général de la raison pure » que l'analyse abstraite devra résoudre. Cette recherche sera transcendantale, c'est-à-dire, d'après la définition même de Kant, qu'il importe de retenir, '< qu'elle ne porte point sur les objets, mais sur notre manière de les connaître.
en tant que celle-ci est possible à priori » ^ ; ce sera une critique, non de la valeur de la science, mais de la faculté même de la raison, — de la raison pure [rein), c'est-à-dire considérée dans sa forme, indépendamment de tout contenu, et en quelque sorte à vide.
2 3. — Division.
La science (mathématiques et physique) est donnée comme fait; la métaphysique, qui est encore à fonder, est cependant donnée à titre de disposition naturelle [Naturanlacje) irrésistible 2. De là la triple division de la
Critique.
1« Comment les mathématiques pures sont-elles possibles? [Esthétique transcendantale .)
2« Comment la physique pure est-elle possible? (Analytique transcendantale,)
3« A quelles conditions une métaphysique sera-t-elle possible? [Dialectique transcendantale.)
Ces deux dernières parties ont été réunies par Kant sous le titre commun de Logique transcendantale, La Critique de la Raison pure se trouve ainsi, en définitive, divisée en deux parties d'étendue très inégale. On remarquera sans peine que cette division binaire correspond terme pour terme à la distinction de la sensibilité et de l'entendement.
VEsthétique, — et c'est précisément la raison d'être
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