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l'objet de V Analytique transcendantale ^ qui comprend deux livres : Analytique des concepts et Analytique des principes,
A. Analytique des concepts.
a. Déduction métaphysique. — L'acte propre de l'entendement est la pensée. Or qu'est-ce que penser, sinon juger? Le jugement lui-même consiste à ramener la diversité des représentations à l'unité, en substituant à la représentation particulière immédiate une représentation plus générale qui l'embrasse avec beaucoup d'autres, en d'autres termes un concept. Quand, par exemple, je dis : tout métal est un corps, je substitue à la représentation particulière de métal le concept plus général de corps. Penser, c'est donc « connaître au moyen de concepts », ou rapporter un concept comme prédicat à une représentation particulière ^
Or il faut distinguer deux sortes de jugements. Si je dis, par exemple : quand le soleil éclaire une pierre, celle-ci s'échauffe, je n'exprime qu'une liaison toute subjective entre deux phénomènes qui se suivent habituellement dans ma conscience ; ce n'est là qu'un jugement de perception. Si j'affirme, au contraire, que c'est le soleil qui échaulfe la pierre, j'énonce un jugement d'expérience, c'est-à-dire que j'unis objectivement et d'un lien de nécessité le concept de lumière solaire et celui d'é-
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chaufl'ement de la pierre. Le premier jugement n'avait de valeur que dans la limite de mes impressions personnelles; le second m'apparait, avec tous ceux de la physique, comme objectif, c'est-à-dire comme nécessaire et universel, vala])le pour toute conscience en général K Gomment donc les jugements d'expérience peuvent-ils être nécessaires et universels? Ni la comparaison des perceptions, à laquelle Locke réduisait tout jugement, ni l'association inséparable invoquée par Hume, ne peuvent rendre compte de ce caractère. Du sensible on ne |)eut tirer que le sensible, contingent et particulier. La logique générale ne peut davantage engendrer un jugement d'expérience, car elle se contente d'analyser le réel pour en tirer des concepts et, dans le concept, elle ne peut retrouver que ce qu'elle y a laissé, un résidu de l'expérience, d'où l'analyse ne pourra extraire aucune connaissance objective nouvelle. Par exemple, affirmer d'un objet qu'il est cause ou substance, c'est, comme l'a montré Hume, dépasser les limites de son concept. Nous avons vu d'ailleurs que les jugements de cause et de substance sont des synthèses : tout procédé logique est une analyse stérile; toute pensée réelle, toute connaissance objective est une synthèse.
Il résulte de ce qui précède que cette synthèse doit
1. Universalité et nécessité, telle est bien pour Kanl la délinilion de l'objectivité. Du moment où le jugement s'accorde avec un objet, tous les jugements sur le même objet s'accorderont entre eux; et réciproquement, quand nous tenons un jugement pour nécessaire et universel, nous y voyons mieux qu'une liaison subjective, mais une « propriété constitutive de robjet». {Prolég., p. 92 (21G).
être pure, à priori. Il faut donc, en dernière analyse, supposer à l'entendement un pouvoir propre d'opérer à priori des synthèses dans le divers de l'intuition; il faut, au-dessus des concepts logiques extraits de la perception, admettre des concepts purs de V entendement , pouvant à priori s'appliquer à des objets pour leur donner l'unité sans laquelle la pensée, le jugement, sont impossibles. Ces concepts, conditions des liaisons ({ue nous établissons entre les choses, comme l'espace et le temps sont la condition de leur existence sensible, ce sont les catégories de l'entendement.
Du même coup, nous sommes en possession d'un fil conducteur pour déterminer la liste des catégories. Tout jugement, pour être applicable à l'expérience, pour devenir nécessaire et universel, devra recevoir de l'une des fonctions à priori de l'entendement, c'est-à-dire de l'une des catégories, une forme déterminée ^. Il y aura donc autant de catégories ou de « concepts purs de l'entendement s'appliquant à priori à des objets d'intuition » qu'il y aura de formes logiques possibles du jugement. Il suffira donc de dresser la table logique des jugements d'après les traditions de l'École au besoin corrigées, et de calquer sur elle la table des catégories. On obtient ainsi le tableau suivant :
1. « L'intuition donnée doit être subsumée sous un concept qui détermine la forme du jugement en général relativement à l'intuition, lie la conscience empirique de cette intuition dans une conscience en général et confère par là l'universalité aux jugements empiriques. » [Prolég., p. 218(96).
KANT
CRlTIQtK DE LA RAISON PURE SPECULATIVE.