‹ Kant [microform]Chapitre 58 sur 148 · K \ VT · texte numérisé non relu

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susceptible d'achèvement, la perspective indéfinie d'un double progrès vers l'unité la plus haute et la variété la plus riche lui est ouverte, parce que la raison entraîne Tentendement à pousser toujours plusavant l'application de ses concepts à l'expérience. En un mot, la science est possible parce que les lois de l'esprit sont à priori les mêmes que celles des choses telles qu'elles nous apparaissent. Il y a une science objective, mais elle ne vaut et ne vaudra jamais que pour les phénomènes.

D'autre part, une métaphysique est impossible, au sens où l'entendent Descartes, Leibniz et AVolff. L'entendement et la raison n'ont pas de matière qui leur soit propre; il n'y a pas d'intuition supra-sensible; par suite ces deux facultés, dans leur usage pur, ne peuvent engendrer que des abstractions et des généralités vides ; il n'y a donc pas des choses en soi connaissance au sens rigoureux du terme, et, sur ce point, la conclusion de la Critique de la raison pure est strictement négative. Mais la Critique ne se contente pas de dénoncer l'illusion métaphysique, elle l'explique et la justifie dans une certaine mesure, au nom des lois mêmes de l'esprit : l'entendement tend à déborder la sensibilité et conçoit des noumènes; la raison tend à déborder l'entendement et forme des idées. Il existe ainsi un usage possible de l'entendement et de la raison au delà de l'expérience, et si les objets transcendantaux conçus grâce à cette extension n'ont aucun titre à être admis comme des réalités objectives, ils peuvent être posés du moins à titres de problèmes. Si l'esprit, d'ailleurs, ne peut saisir des

réalités en dehors du phénomène, il n'est pas davantage en mesure de prouver qu'il n'en existe pas. Une liberté nouménale, l'existence de Dieu, l'immortalité de l'âme demeurent donc, vis-à-vis de la science phénoménale, à l'état de possibles ; et si un fait nouveau, étranger à l'intuition sensible, s'impose avec certitude et postule la réalité de ces objets transcendantaux, la Critique de la Raison pure se trouvera n'avoir démoli la métaphysique dogmatique que pour déblayer le terrain sur lequel une métaphysique de la croyance trouvera une assise solide. Kant estime donc avoir résolu la tâche qu'il se proposait dès le début ; la Critique de la raison spéculative « décide de la possibilité ou de l'impossibilité d'une métaphysique en général ^ » ; il pourra écrire dans la conclusion des Prolégomènes : « La Critique, et la Critique seule, contient le plan entier, vérifié, éprouvé et même tous les moyens d'exécution qui permettront à une métaphysique de se constituer comme science ^ »; car une métaphysique fondée sur la Critique aura la connaissance scientifique de sa légitimité et des limites du domaine qui lui est assigné.

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