Kantf p
1775-1795 ^. Mais ces notes, jointes à quelques passages des trois Critiques et à quelques opuscules postérieurs à la Raison pure - , nous permettront-elles de nous faire une idée précise de la métaphysique kantienne? L'abondance des matériaux nous aide moins ici que leur diversité ne nous déconcerte. On a peine à reconnaître dans telle leçon de métaphysique l'auteur de la Critique. Sans doute l'inintelligence des auditeurs et l'imperfection de leurs notes expliquent dans une certaine mesure la discordance du cours et du livre ; on peut admettre aussi que l'assujettissement au texte de Baumgarten, d'après lequel Kant professait la métaphysique, ait introduit quelque confusion dans l'esprit des auditeurs et gêné le maître lui-même dans le développement de sa propre pensée; il est possible enfin, comme le croit Arnoldt, que notre philosophe se soit fait scrupule de rompre radicalement avec la métaphysique traditionnelle devant de jeunes intelligences prédisposées, peut-être, à n'en saisir que l'aspect négatif :
1. Vorlesungen iiber die Metaphysih (1821); Vorlesungen liber die philosophische Religionslehre (1817), publiées par Pôlitz, aux dates cidessus mentionnées. Les premières ont été commentées abondamment par E. Arnoldt dans ses Kriiische Excurse im Gcbiete der Kant- For schung ^ Kœnigsberg, 1894, et par M. Helnze, Vorlesungen Kants uber Metaph. aus 3 Semestern, extrait du tome XIV des Abhandl. der liônigL sCichs. Gesellsch. der Wissensch., où l'on trouve en outre l'analyse et des extraits importants de manuscrits inédits, Leipzig, 1894.
2. Notamment : Qti est-ce que s orienter dans la pensce [\l%&)\Sur léchée de toute tentative philosophique en théodicce (1791) ; Les progrès réels de la métaphysique enAlleniagne depuis Leibniz et Wolff {\ldl publié en 1804); Logique (publiée en 1800).
KANT
MÉTAPHYSIQUE J)E LA NATURE
toujours est-il que les leçons qui nous sont parvenues présentent un singulier mélange de hardiesse critique et d assurance dogmatique. Il convient donc de n'user de ces textes qu'avec une extrême réserve et nous nous contenterons de résumer les conceptions métaphysiques de Kant qui se dégagent comme bien définitives dans sa pensée. Il va sans dire que nous insisterons davantage sur la physique rationnelle, que deux documents authentiques nous permettent d'exposer.
B. Valeur générale et méthode de la métaphysique. — La Critique de la liaison pure a par avance délimité le domaine de la métaphysique. A cet effet, elle s'est livrée à trois opérations successives : la première est la théorie de la science, qui démontre la nature phénoménale du monde physique, et, du même coup, ruine à jamais, au profit de l'idéalisme transcendantal , les prétentions du matériahsme qui prétend ériger les corps en choses en soi; la seconde est l'anéantissement de la métaphysique dogmatique, qui prétend vainement étendre à des objels suprasensibles l'exercice de l'entendement; la troisième enfin, tout en déniant à la raison spéculative le pouvoir d'atteindre l'absolu, reconnaît en elle une tendance irrésistible à concevoir à priori l'unité systématique et totale du réel, à construire un monde intelligible par-delà le monde sensible. Mais il reste bien entendu que cette construction n'a qu'une valeur idéale. T>îpu et l'ème ne pourront à aucun prix être considérés comme des objets que l'entendement puisse apercevoir au
même titre que des objets naturels. Ces réserves formulées, rien n'empêche la raison de concevoir un monde intelligible. Elle n'est pas, comme Tentendement, limitée dans son usage parla sensibilité : elle limite la sensibilité, mais elle ne Test pas par elle. Construire par la raison un monde idéal, qui soit comme le prolongement à l'infini du monde phénoménal, mais interdire à l'entendement de se prononcer pour ou contre la valeur objective de ces constructions, tel est l'objet et telle est la méthode de la métaphysique kantienne ^
C. Ontologie rationnelle. — L'ontologie, d'après YArchitectonique, « considère seulement l'entendement et la raison même dans un système de tous les concepts et de tous les principes qui se rapportent à des objets en général, sans admettre des objets qui seraient donnés ^ ». Kant l'appelle dans son cours une « Logique transcendantale » 2. Aussi n'y trouverons nous guère plus qu'un résumé de la Critique de la raison pure, y compris Testhétique. N'oublions pas, d'ailleurs, que les cadres traditionnels du vieil enseignement académique ne permettaient pas à Fauteur de la Critique de consacrer un ou plusieurs semestres à l'exposition de ses recherches personnelles. L'ontologie est donc pour lui
1. V. notamment : Crit. de la Raison pure et Prolégomènes, passim; Les progrès réels de la métaphysique, etc., t. III, p. 413-430.