‹ Kant [microform]Chapitre 75 sur 148 · OBJET ET DIVISION · texte numérisé non relu

OBJET ET DIVISION

Pour fonder la Métaphysique de la Nature, la critique de la raison spéculative a dû résoudre ce problème préalable : comment la science (de la nature) est-elle possible? Pour établir une métaphysique de la Liberté, une critique nouvelle aura dès l'abord à répondre à cette question : comment la moralité, c'est-à-dire un ordre de lois libres, distinctes des lois naturelles, est-elle possible à côté de l'ordre de la nature? Ce sera l'œuvre de la Critique de la raison pratique,

U ne faut pas s'attendre à trouver un parallélisme absolument rigoureux entre les œuvres de philosophie morale de Kant et celles que nous venons d'analyser. Une différence essentielle ressort du titre même de la Critique de la raison pratique . Ce n'est pas une critique de la raison pure pratique. En effet, si la raison a vraiment un usage pratique, c'est-à-dire si elle peut, à elle seule, déterminer la volonté indépen-

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cîamment de toute causalité naturelle, on peut être assuré, par là même, qu elle ne risque point de s'aventurer hors de son usage légitime. Au contraire de la raison spéculative, qui s'égarait, dans son usage pur, à la recherche d'objels inaccessibles, la raison pratique, si elle existe, détermine son propre objet, l'acte libre, et se trouve ainsi justifiée d'avance dans son usage pur, c'està-dire si elle crée un vouloir indépendamment de tout mobile empirique. Il suffît donc, sans plus, d'établir la réalité d'un usage pratique de la raison, en un mot, de la liberté morale L

En revanche, tandis que la science s'impose comme un fait et soumet à la critique des concepts parfaitement déterminés, il importe, avant de la critiquer, de dégager la formule de la loi morale des jugements de la moralité commune, pour distinguer avec précision la loi morale de la loi naturelle. Cette enquête sera l'objet de la courte et brillante dissertation de 1785 : Ètablhscmont do la métaphysique des mœurs, antérieure de trois années à la Critique de la raison pratique. Ce dernier ouvrage affecte de suivre le même plan que la Critique de la ra)son pure. Il est hors de doute, d'ailleurs, que hi première Critique a d'avance précisé l'objet et même fait pressentir la solution de la seconde. Aussi notre analyse sera-t-elle beaucoup plus rapide et négligera à dessein les divisions scolastiques qui établissent enfro îo. dmx Critiques une analogie plus artificielle qu'instructive. Nous nous con-

U T. IV, p. 97 et UO-IU (Irad. Picwet, p. i et 21-22).

tenterons de distinguer, dans la critique de la moralité, trois moments : l'analyse de la loi morale, — le problème de la liberté, — les postulats de la raison pratique.

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