‹ Kant [microform]Chapitre 79 sur 148 · Cf. supra, p · texte numérisé non relu

Cf. supra, p

1. T. IV, p. 210 {Critique de la raison prat., trad. Picwet, p. 170).

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et de l'espace : la notion d'une action causale de Dieu sur nos actes ou nos pensées devient absurde, contradictoire. Et quand nous parlons de création des choses en soi par Dieu, nous ne devons point entendre sous ces termes un rapport de cause à effet dans le sens d'une succession dans le temps. Sans doute le mode d'action de Dieu sur les choses en soi nous échappe; mais il nous suffit qu'il n'ait aucune ressemblance avec la causalité naturelle pour que nous puissions concevoir, dans le moi nouménal, un pouvoir de détermination différent du mode de liaison réalisé dans lanature, etindépendant de l'action divine ^ Une liberté intelligible est donc possible. Mais comment peut-elle coexister dans un même sujet avec la nécessité? Comment l'action morale peut-elle être nécessaire en tant que phénomène, et libre en tant que détermination transcendante? Il faut bien avouer que la solution fournie par Kant est l)eaucoup moins une conciliation de la liberté et du déterminisme qu'un aveu de l'impuissance où se trouve l'esprit humain de sacrifier l'un des deux termes à l'autre. L'unique moyen, aux yeux de Kant, de sauver la liberté est de la garantir de toute contamination avec Tordre naturel, d'affirmer la distinction radicale et irréductible des deux points de vue auxquels le sujet se considère lui-même : d'une part, il se connaît par l'expérience du sens interne comme un phénomène soumis à la détermination rigoureuse du temps; d'autre part, il se pense comme chose en soi, comme être intelligible, étranger à la condition du temps, franc de toute

liaison causale, en un mot libre. Le sujet pensant est à la fois caractère empirique et caractère intelligible ; le caractère empirique est le résultat nécessaire de tout notre passé ; il comprend nos affections, nos dispositions mentales, telles que toute notre vie antérieure les a préformées et, à ce titre, « il n'est plus en notre pouvoir ». Le caractère intelligible, au contraire, est celui que s'attribue le sujet quand il se considère comme affranchi des conditions du temps, comme chose en soi, « déterminable uniquement par les lois qu'il se donne à luimême par la raison. » A ce point de vue, il n'y a plus ni avant ni après, plus de cause antécédente subie par la raison. Dès lors aucun phénomène du sens interne, ni même la série totale des faits physiques, ne peuvent être considérés comme cause d'une détermination du moi intelligible, mais au contraire comme une conséquence [Folge) de cette existence intelligible. En d'autres termes, tout phénomène psychique, et par suite tout acte moral, est déterminé par l'ensemble du caractère empirique, mais le caractère empirique lui-même, pris dans sa totalité, dépend du caractère intelligible; il est, suivant la forte expression de Kant lui-même, « le phénomène du caractère que le sujet se donne à lui-même et d'après lequel il s'attribue, comme à une cause indépendante de toute sensibilité, la causalité des phénomènes mêmes de ce caractère empirique* ».

1. p. 214 (176-177). Cf. Proléy. : « L'idée de la liberté n'a lieu que dans le rapport de l'inteUectuel comme cause, au phénomène comme effet » (p. 269 [184] note).

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On éprouve un vérilable dépit à noter que Fauteur de la Critique, par endroits si prodigue d'éclaircissements, a ramassé dans le raccourci d'une page l'essentiel de cette théorie de la liberté. Et cette page est loin d'être claire. Comment est-il possible d'attribuer au moi nouménal « une causalité indépendante de toute sensibilité »? Les termes mômes de cette formule semblent contradictoires, s'il est vrai que l'idée de cause est inintelligible hors d'une succession de phénomènes sensibles. Kant eût répondu sans doute que le concept de causalité n'a dans l'espèce qu'une valeur symbolique : tout se passe, dans le domaine moral, comme si le caractère empirique était l'eftét sensible, la transposition du caractère intelligible en termes spatiaux et temporels. N'est-ce pas ainsi déjà que, dans la Dialectique transcendantale , il interprétait l'idée de Providence? Mais cette autonomie, en quelque sorte métaphorique, de la volonté suffît-elle aux exigences de la conscience morale, qui sont, aux yeux mêmes de Kant, le vrai critérium de la métaphysique de la liberté?

Kant s'est préoccupé de cette difficulté. 11 s'efforce de définir le sens que prennent les « sentences de ce merveilleux pouvoir que nous appelons conscience », dans ce système où se mêlent si étrangement le déterminisme naturel et la liberté transcendante. Un homme a beau ruser avec soi-même pour se représenter une action coupable comme une erreur imolontaire ou le fait d'un entraînement irrésistible : le repentir veille en lui et rend à la raison ce témoignage que, de l'action

accomplie, il faut toujours remonter, à travers la chaîne des antécédents immédiats, jusqu'à la « spontanéité absolue de la liberté » à laquelle est suspendue toute la nature sensible de l'homme. Et tout comme Ton peut soutenir contre l'argument déterministe de la prescience divine que la prévision de nos actes par Dieu n'empêche point que nous en soyons les auteurs responsables, de même Kant soutient qu'on pourrait, en pénétrant les dispositions morales d'un homme, calculer sa conduite future « avec autant de certitude qu'une éclipse de lune ou de soleil » sans être en droit de nier la liberté de cet homme. Ce ne sont donc point nos actes particuliers (|ui sont libres, mais l'orientation générale qu'a prise notre moi intelligible. Une option originelle a lieu dans l'absolu, de laquelle dépend toute la conduite de notre vie morale. Ne remarque-t-on pas chez certains enfants une méchanceté précoce que l'âge ne fait que mûrir? Et cependant la conscience populaire les tient pour responsables, les juge et les condamne, comme s'ils avaient, dans une région transcendante a accepté librement des principes mauvais et immuables ». Nous ne tarderons pas à retrouver cette conception de la faute originelle dans la philosophie religieuse de Kant^.

B. Passage de Tidée de liberté aux éléments de la moralité. —- Nous sommes dès lors en état de répondre A la question posée au début de Y Etablissement de la inélaphysique des mœurs : Comment la loi morale, sous sa

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forme d'impératif catégorique , est-elle possible? Elle est possible « parce que l'idée de la liberté fait de moi un membre d'un monde intelligible ». Si j'appartenais uniquement à ce monde, tous mes actes seraient sans exception conformes à ma volonté autonome; mais, membre d'un monde sensible, je suis sollicité d'un autre côté par des mobiles étrangers; j'affirme donc seulement que je dois conformer ma conduite à ma volonté libre. Et ce devoir constitue une affirmation synthétique à priori, puisqu'il établit une liaison entre mes actes indépendamment de tout considérant empirique; de sorte que « ridée de ma volonté intelligible, pure, pratique en elle-même, s'ajoute à ma volonté (empirique) affectée, par des désirs sensibles... à peu près comme aux intuitions du monde sensible s'ajoutent les concepts de l'entendement ' ».

Ainsi se trouve établie la condition suprême de tout acte moral. « Le concept de liberté est la clef de voûte de tout l'édifice d'un système de la raison pure -. » Mais la tâche de la critique est loin d'être achevée. 11 lui faut fonder à priori, dans ses éléments essentiels, la moralité qu'elle n'a, dans ÏÉtaôlissemeni de la métaphysique des mœurs, analysée que d'une façon tout empirique. Et. tandis que la critique de la connaissance remontait du donné aux plus hautes conditions rationnelles du savoir, la critique de l'action doit redescendre de la condition aux données, de la raison à la matière sensible de la mo-

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