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II. PROBLÈME DE LA LIBERTÉ

A. L'idée de liberté'. — Le problème de la liberté n'est pas seulement d'origine morale. Il se pose nécessairement à la raison spéculative. Tandis que l'entendement se contente d unir les effets aux antécédents sans concevoir un terme à la série des causes, la raison s'élève à ridée d'une série causale pleinement achevée et dont le premier terme se suffirait à lui-même. Ce conflit entre la raison et l'entendement constitue la troisième anrhîomie^ : antinomie purement apparente, comme la quatrième, et que la critique résout sans effort en montrant que thèse et antithèse, conçues à deux points de vue différents, ne s'opposent point absolument. L'antithèse, affirmée par le déterminisme, est vraie de Tordre de l'expérience ; dans la trame serrée des séries causales naturelles, aucun acte libre ne peut s'insinuer. La thèse reste possible dans un monde nouménal ; la morale ne peut-elle prouver qu'elle y est nécessaire?

En tout cas, une prétention doit être dès l'abord écartée, qui compromettrait irrémédiablement toute justification de la moralité : la métaphysique doit renoncer à invoquer l'expérience au secours de la liberté ; et l'expérience interne n'est pas moins impuissante ici que l'expérience externe; la psychologie empirique se heurte au même écueil que l'observation des sens. Le sens intime, en effet, n'a-t-il pas pour forme propre le temps, et tous les

moments du temps ne sont-ils pas déterminés par les moments antérieurs, tout comme une figure géométrique est solidaire de l'espace tout entier où elle est découpée? Vaines, par conséquent, les éloquentes invocations au témoignage de la conscience dont se contente l'empirisme « dans toute la nudité de son caractère superficiel [Seichtigkeit) ». La liberté n'est point une « propriété psychologique » que l'analyse découvre et décrit ; c'est le « caractère intelligible » d'une chose en soi, que la raison pense, mais qui se dérobe à fintuition ^ Toutefois en reléguant la liberté du monde sensible dans celui des noumènes, il semble que nous n'échappions à une difficulté que pour tomber dans un pire embarras. Les choses en soi ne sont-elles pas déterminées elles-mêmes par la causalité divine? Et l'homme, malgré ses attaches avec un monde transcendant, est-il autre chose « qu'une marionnette ou un automate de Vaucanson, façonné et mis en mouvement par le maître suprême de toute œuvre d'art »? Mais la Critique a par avance paré à l'objection. Certes le spinozisme est conséquent avec lui-même, quand il réduit toute action à n'être qu'une manifestation mécanique de la causahté divine; du moment où le temps et l'espace sont des « déterminations essentielles de l'être primitif lui-même, » les choses ne sont plus que des modes, des accidents de l'universelle substance. Épurez, au contraire, l'idée de Dieu de tout élément sensible; rejetez-la hors du temps

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