‹ Kant [microform]Chapitre 93 sur 148 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

vilisés nous viennent de la guerre, et moins delà guerre présente ou passée que des préparatifs permanents et sans cesse accrus en vue de la guerre à venir », il convient que la crainte de la guerre, à un degré de civilisation aussi peu avancé que celui de son temps, est encore l'une des plus solides garanties de la liberté contre l'arbitraire, parce que les tyrans euxmêmes ne peuvent se passer de la richesse nationale qui ne se développe que par la paix et la liberté K Plus tard, en 1790, il reconnaît à la guerre, comme aux forces les plus redoutables de la nature, une sorte de beauté sublime, tandis qu'une longue paix risque de susciter « avec l'esprit des affaires un égoïsme vulgaire 2. »

Ces aveux ne sont pas d'un utopiste et d'un sentimental. Nulle part, dans l'œuvre de Kant, nous ne trouverons de déclamation sur le thème facile des maux de la guerre. Cette modération et cette intelligence des nécessités historiques, bien loin d'affaiblir l'importance des théories pacifiques de notre philosophe, les fortifient singulièrement; elles nous permettent de voir, dans le Projet de paix perpétuelle j mieux qu'une rêverie humanitaire et tout autre chose surtout qu'un amusement ironique, comme on le soutenait naguère en Allemagne^. Il y faut voir Fespérance d'un ferme esprit qui n'ignore

1. T. IV, p. 354-355 (Irad. Renouvier, très imparfaite, p. 31-32).

2. Crit. de lafac. déjuger, l. VII, p. 114 (Cf. ibid, p. 3114-315.)

3. K. V. Stengel, Der ewige Friede, Munich 1809, cf. Vaihlnger, dans Kantsludien, t. IV, p. 58-60.

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