KANT. IG
KANT
rien des dures conditions de l'enfantement humain et croit que Tavenir, pour être d'ailleurs élaboré par le passé, peut cependant devenir meilleur et plus doux. Il est remarquable d'ailleurs que les trois ouvrages où cette espérance est le plus nettement formulée^ appartiennent à une même et courte période de quatre années (1793-97) et l'on peut croire que la Révolution française, dont nous avons dit plus haut quelle influence elle exerça sur l'esprit de ce septuagénaire, ne fut pas étrangère à cette poussée d'optimisme, puisqu'aussi bien la disparition du pouvoir absolu et l'organisation intérieure des peuples en républiques parait à Kant le prélude nécessaire de l'institution d'une république universelle.
Le Projet de paix perpétuelle^ comme celui de l'abbé de Saint-Pierre, formule en articles précis les conditions auxquelles sera possible la suppression de la guerre.
Six articles préliminaires énoncent, en quelque sorte, les conditions négatives de la paix. Ce sont les suivants :
1** Nul traité de paix ne peut être considéré comme tel, si Uon y réserve secrètement quelque sujet de recommencer la guerre. Une pareille restriction mentale ferait du traité un simple armistice; la paix véritable doit abolir toute chance de guerre.
2" Aucun État indépendant [petit ou grand peu importe) ne peut être acquis par un antre par voie dhéri-
\. Sur ce proverbe, etc., 1793, l. V, p. 363 (339) et suiv. ; Projet de paixperpct., 1795, l. V, p. 411 (289) et suiv., Doctrine du Droit, 1797, Conclusion, p. 192-194 23i-236j.
METAPHYSIQUE DES MOEURS
tage^ d'échange, d'achat ou de donation. Un État est, en effet, analogue à une personne dont nul ne peut disposer qu'elle-même.
3" Les armées permanentes doivent entièrement disparaître avec le temps^ car elles sont des menaces constantes pour la paix publique et o'est d'ailleurs traiter un homme en machine que de le payer pour qu'il consacre sa vie à tuer et à courir le risque d'être tué.
4** On ne doit point contracter de dettes nationales en vue des intérêts extérieurs de l'État; ces emprunts, outre qu'ils rendent la guerre trop facile, conduisent tôt ou tard à la banqueroute.
S*" Aucun Etat ne doit s'immiscer de force dans la constitution et le gouvernement d'un autre État. Cet article dérive directement du caractère personnel des nations.
6° Nul Etat ne doit se permettre, dans une guerre avec un autre, des hostilités qui rendraient impossible, au retour de la paix, la confiance réciproque, telles quel' assassinat, r empoisonnement, la violation d'une capitulation, l'excitation à la trahison ; car il ne faut pas oublier que la guerre même a pour objet l'établissement d'une paix sur des bases plus solides ^
Ces articles préliminaires sont purement prohibitifs; les trois articles définitifs, au contraire, énoncent les conditions positives de la paix.
l"* La constitution civile de chaque État doit êu^e républicaine, c'est-à-dire que le pouvoir législatif, qui