T. V, p. 202 (11) et suiv
KANT
appris déjà, cette fin ne peut être que la dignité de la personne humaine.
De là cette double fin morale de la volonté : la perfection de soi-même, — le bonheur d'autrui.
Perfection de soi-même, et non pas bonheur personnelcar le bonheur est une fin de la nature et non de la liberté et ce ne peut être une obligation de rechercher ce que tout le monde veut naturellement; il s'agit, au contraire, pour l'homme de se donner librement ce que la nature ne lui assure point d'elle-même : la culture des facultés, le savoir, l'adoucissement des mœurs, l'habitude de l'action morale.
Bonheur, et non pas perfection d'autrui; c'est la dignité de l'homme de ne devoir qu'à lui-même sa perfection ; au contraire, le bonheur ne dépend pas de la volonté, et nous devons, sinon imposer à autrui certaines formes de bonheur (car il est seul juge de ce qui est propre à le rendre heureux), du moins écarter de lui, en vue de son bien moral, la douleur, l'indigence, qni sont « mauvaises conseillères ^ »
Ces deux maximes : « recherche ta propre perfection » et « travaille au bonheur d'autrui », ne comportent point la rigueur et la précision des formules juridiques. Celles-ci, ne déterminant que la conformité extérieure des actes à la loi, établissaient une distinction tranchée entre le tien et le mien. Les devoirs de vertu, dans le détail, ne s'accommodent pas d'une pareille exactitude.