C'est-à-dire qu'il devient professeur en litre
durant lesquelles Kant ne publia que deux articles insignifiants, suffirent à peine à l'élaboration de ce livre; car la Raison pure porte, en plus d'un endroit, la trace de la hâte et de la fatigue. Mais l'idée maîtresse est désormais fixée. Par deux fois, dans les Prolégomènes (1783) et dans une seconde édition de la Raison pure (1787), Kant cherchera à la préciser. Mais il en maintiendra la méthode et les conclusions. Dès lors, le reste du système se déroule avec une abondance qui surprend après une aussi laborieuse incubation. C'est de 1781 à 1798, de cinquante-sept à soixante-quatorze ans, que Kant publie tous ses grands ouvrages : Critique de la raison pratique (1788), Critique de la faculté déjuger (1790), La Religion {i193), Métaphysique des mœurs [il^l], ainsi qu'un très grand nombre d'opuscules ou d'articles de revues ^ Tous ces travaux, comme la Raison pure, sont le fruit d'une méditation laborieuse et d'une exécution précipitée. Presque nulle part la forme n'est adéquate à l'idée. Non pas que la langue de Kant soit imprécise. Les termes spéciaux, une fois définis, y sont d'ordinaire employés dans leur acception rigoureuse ; pour le reste, le vocabulaire est purement classique; c'est celui de Lessing et de Schiller. Mais la période est si enchevêtrée, si surchargée de remarques ou de restrictions, elles-mêmes accompagnées de preuves et de parenthèses, qu'il est à peu près impossible, même à un Allemand, de saisir à première lecture tout le sens