On en trouvera la liste comph'Ue à la fin du volume
d'une page de Kant. Force est, contre certaines phrases, de se livrer à une véritable stratégie; il faut assaillir l'ennemi de plusieurs côtés, démembrer ses forces et le forcer pied à pied à se rendre. En outre, ra])us des divisions, les perpétuels retours sur ce qu'on croyait éclairci, l'absence de tout exemple concret, imposent à l'esprit du lecteur une impression presque insurmontable de lassitude et de découragement. Il semble, dit avec raison M. Paulsen, qu'on avance à travers d'interminables dunes : à chaque pas, le voyageur trébuche et son œil cherche en vain le plus maigre bouquet d'arbre pour s'y reposer.
Si l'écrivain fut plus que médiocre, le professeur, au contraire, semble avoir exercé sur ses auditeurs une très vive séduction. Son enseignement, comme celui de Wolff, embrassait presque toute l'encyclopédie du savoir humain. La base en était la logique et la métaphysique qu'il enseignait chaque année en cours public, pendant un et parfois deux semestres. Mais il y joignait toujours quelque autre discipline : morale, droit naturel, théologie, pédagogie, anthropologie, géographie, physique, mathématiques, mécanique, ou minéralogie. Il donnait, en outre, des conférences privées [privatissima) et des séances de discussions [disputatoria) . Pendant l'hiver 1766-67, alors qu'il n'était encore que privatdocent, il eut jusqu'à 28 heures de leçons à l'université. Professeur, il réduisit ce nombre de moitié. Ces chiffres, d'ailleurs, ne doivent point faire illusion. Les cours des anciennes universités allemandes ne préten-
daient guère à l'originalité et ne coûtaient pas de grands frais d'éloquence. C'étaient, de par les règlements, des « lectures >> [Vorlesmigen), ou plutôt des commentaires sur un manuel classique [Textbuch). La Métaphysique de Baumgarten et la Théorie de la raison (logique) de Meier, servirent de texte à Kant durant toute sa carrière académique. L'exemplaire de Baumgarten dont il se servait, couvert de notes marginales et bourré de fiches, a été conservé. On peut douter qu'un enseignement aussi étroitement lié à la lettre d'un texte, se rajeunit beaucoup d'année en année. Cependant, Kant en usait avec une certaine liberté avec son auteur. Il n'y voyait, suivant sa propre déclaration, qu'une simple « occasion » de réflexion personnelle i, et ne craignait pas d'introduire dans son enseignement la discussion des découvertes et des œuvres les plus récentes. Herder, qui fut l'élève de Kant de 1762 à 1764, avait conservé de ces leçons un souvenir très vivant. Trente ans plus tard, il vantait encore le « joyeux enjouement » du jeune maître : « Son front découvert, taillé pour la pensée, était le siège d'une gaité et d'une joie inaltérables ; débordante d'idées, la parole coulait de ses lèvres ; plaisanterie, esprit, humour ne lui faisaient jamais défaut, et son enseignement était un commerce des plus intéressants... Il excitait et contraignait agréablement à penser par soi-même -. » Aussi Kant ne tarda-t-il pas à attirer sur