‹ KantChapitre 107 sur 139 · I. p. 351 (30) ad. fin · texte numérisé non relu

I. p. 351 (30) ad. fin

■ 2. Idée d'une hist. univers., t. IV, p. 294. Cf. p. 298 : Ces instincts de discorde « révèlent bien l'ordonnance d'un sage créateur, et non la main d'un esprit malfaisant qui aurait brouillé ou jalousement gâté son œuvre magistrale «.

dans la société civile une forme supérieure de la sécurité : la liberté par la légalité, la justice par le droit. « La constitution d'une société civile administrant le droit universellement » est donc la fin suprême, que la nature même contraint {zwingt) l'espèce humaine de rechercher; fin difficile et lointaine, car il s'agit de concilier avec l'imprescriptible liberté l'autorité nécessaire à l'ordre *. Fin irréalisable même, tant que les nations vivront entre elles dans l'état d'indépendance réciproque, disons mieux d'anarchie, qui est l'état de nature. En même temps que la société civile, la nature, comme la la raison, nous propose donc comme fin la constitution d'une « ligue amphictyonique » de toutes les nations; et la paix perpétuelle, condition de la liberté des citoyens, est une seconde fin du développement humain, inséparable de la première. Mais on ne peut nier qu'en attendant cette ère de paix, le souci de la guerre toujours possible , la nécessité de se tenir sans cesse en éveil et de perfectionner ses armements, n'aient contribué à développer l'intelligence humaine -.

Ainsi l'histoire « dans son ensemble », peut être considérée « comme l'accomplissement d'un plan caché de la nature... en vue du développement intégral de toutes les facultés humaines ^ » . Est-ce à dire cependant que ce progrès soit l'œuvre de la nature? Peut-on, avec Herder, qui, en somme, se borna à appliquer à l'histoire l'idée leibnitienne de la monade, n'apercevoir dans la civilisation que le développement spontané des puissances na-

turelles de l'esprit, un cas plus compliqué de l'évolution universelle? L'homme ne serait-il qu'un abrégé de l'univers, un « microcosme » soumis aux mêmes lois que le « macrocosme » ? Kant réfute avec la plus grande énergie cette thèse brillamment soutenue dans les Idées de son ancien élève. Pour lui, l'homme moral est vraiment un (( empire dans un empire », et la nature ne peut jamais être que l'instrument, le moyen de la liberté. « Les actions humaines sont des phénomènes de la liberté » ', mais ne sont pas libres elles-mêmes en tant que faits historiques. La source du progrès, comme sa fin, ne peut donc résider que dans la nature vraiment morale de l'homme. Aussi bien la réalisation totale d'un ordre moral par le moyen de l'ordre naturel est-elle simplement un idéal que la raison prescrit de rechercher, dont elle affirme qu'il est possible de se rapprocher, mais dont aucune expérience ne pourra constater l'achèvement. C'est l'asymptote qui se rapproche indéfiniment de son terme sans jamais l'atteindre. Aussi la loi du progrès gouverne-t-elie moins les individus que l'espèce ; c'est l'histoire dans son universalité qu'on peut dire orientée vers l'affranchissement de la liberté, et c'est en tant qu'il participe à cet ensemble que l'individu peut se proposer la réalisation d'un ordre moral 2.

Est-ce à dire d'ailleurs que l'idée de progrès n'exprime qu'une belle espérance ? L'histoire réelle, envisagée avec

2. Compte-rendu de l'ouvrage de Herder, etc , t. IV, p. 313 et suiv., notam. p. 325-328, 336 ad fin.

recul suffisant, ne nous offre-t-elle aucun indice d'un progrès effectif? Les plus faibles traces d'un affranchissement réel de l'humanité nous seraient infiniment précieuses et nous convaincraient qu'il est en notre pouvoir de hâter, pour nos descendants, l'avènement d'une ère meilleure*. Orn'est-cepasunfait, écrit Kanten 1784, que l'équilibre des États est aujourd'hui réglé de telle façon qu'aucun ne peut négliger sa culture intérieure sans compromettre sa puissance et son influence au dehors? N'en est-ce pas un autre qu'on ne peut aujourd'hui violer la liberté civile sans nuire à l'industrie, au commerce, à toutes les forces de l'État? N'en est-ce pas un encore qu'en présence des conséquences toujours plus redoutables de la guerre, les États en viennent» sans contrainte légale à proposer des arbitrages^ » ? Enfin, ajoute Kant, dans un autre opuscule publié à la même date"^, nous vivons sous un prince éclairé « qui ne repousse pas le noble mot de tolérance ». Sans doute la raison ne peut être entièrement émancipée. « J'entends crier de toutes parts : ne raisonnez pas! L'officier dit : ne raisonnez pas, mais faites l'exercice ; le ministre des finances dit : ne raisonnez pas, mais payez ; le prêtre dit : ne raisonnez pas, mais croyez » ^, et ces restrictions de la liberté civile sont indispensables au bon ordre social. Mais ce qu'on ne peut restreindre, et ce que Frédéric II a eu la

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