‹ KantChapitre 108 sur 139 · Idée d'une hist. tiniv.,t. IV, p · texte numérisé non relu

Idée d'une hist. tiniv.,t. IV, p

3. Qu'est-ce que les « lumières » ? 178i, t. I, p. 111. (Trad. Barni, p. 281) et suiv.

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gloire de respecter, c'est la liberté dans son usâge public, c'est-à-dire celle dont un homme, professeur, théologien ou simple particulier, fait usage « à titre de savant devant le public entier des lecteurs », en un mot la liberté même de penser en matière de philosophie, de législation et de religion. Peu d'hommes, sans doute, apprécient ce bienfait. « Il est si commode de rester mineur! N'ai-je pas un livre qui a de l'esprit pour moi, un directeur qui a une conscience pour moi, un médecin qui juge pour moi de mon régime?... Je n'ai pas besoin de penser pourvu que je puisse payer ^ ». Mais la vocation [Beruf) de l'homme qui l'invite à penser librement, germe péniblement éclos de sa « dure enveloppe », se développe peu à peu. Le signal est donné d'un progrès qu'on peut prévoir sans bornes, et c'est pour cette raison que le règne de Frédéric, s'il ne peut être appelé encore un siècle « éclairé » [aufgeklàrt), mérite le nom de siècle des « lumières » [Aiifklànmg) ^.

Tels sont les faits qui, en 1784, semblaient justifier la foi morale du philosophe et de l'historien en un avenir meilleur. Quatorze ans plus tard, dans le Conflit des Facultés, Kant écrivait : « La révolution d'un peuple richement doué, que nous voyons s'accomplir aujourd'hui sous nos yeux, pourra réussir ou échouer; elle peut avoir accumulé les misères et les horreurs à tel point qu'un

2. P. 117 (286). L'expression consacrée « siècle des lumières » ne rend qu'imparraitement l'idée active d.'Aicfklarung : action d'allumer et de répandre la lumière.

homme raisonnable, même assuré de conduire à bien une seconde entreprise semblable, ne pourrait se résoudre à tenter l'expérience à pareil prix : et cependant celte révolution éveille dans le cœur de tous les spectateurs, de ceux qui se trouvent à l'écart de la scène, des vœux sympathiques voisins de l'enthousiasme ^ ».

Or cet enthousiasme désintéressé des témoins de la Révolution, qu'il n'a pas toujours été sans danger de manifester, n'est pas moins significatif aux yeux de Kant, que le fait même de la Révolution française ; car il a pour cause une double idée : celle-ci, d'abord, qu'un peuple ne doit pas être empêché par des puissances étrangères de se donner la constitution civile qui lui plaît; cette autre, ensuite, que la constitution républicaine est, par sa nature même, la mieux prédisposée à s'interdire toute guerre offensive, et, par suite, la plus conforme aux fins morales de l'humanité, la plus apte à favoriser, d'une façon négative tout au moins, le progrès humain. On peut aussi conclure de ce fait que (( le véritable enthousiasme va toujours à ce qui esiidéal et purement moral ». Ni des mercenaires, ni même « l'ancienne noblesse guerrière avec ses idées d'honneur », n'eussent pu vaincre l'exaltation d'un peuple qui croyait se battre pour son droit. Or « un tel phénomène dans l'histoire de l'humanité ?ie s'oublie phts^, parce qu'il révèle dans l'humaine nature un pouvoir de tendre vers le mieux, qu'aucune politique n'avait soupçonne jusqu'à

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présent. Ce pouvoir « unit dans l'espèce humaine la nature et la liberté » ; l'exemple de la Révolution française a donc montré un cas extraordinaire d'un sentiment irrésistible mis au service d'une idée. Qu'importent désormais les reculs partiels! L'essai est « trop étroitement uni à l'intérêt de l'humanité » pour n'être pas renouvelé. Une grande espérance est née; la vieillesse de Kant en est comme illuminée, et l'on peut voir comme son testament moral dans cette déclaration solennelle que nous lisons dans son dernier ouvage : « Eh bien! j'affirme, sans être un voyant, que je puis le prédire à l'humanité, d'après l'aspect et les signes précurseurs de notre époque : cette fin (la réalisation d'un État fondé sur des principes de droit) sera atteinte, et sera le prélude d'un progrès sans retour i. »

1. Conflit des Facilités, p. 290. Cf. ibid. 291. Cet ouvrage est tout au moins le dernier que Kant ait publié lui-mêrne. Les suivants furent publiés par des mains amies : ce sont des travaux antérieurs ou des notes destinées au cours. Le Conflit des Facultés se compose, d'après la préface de Kant, de trois dissertations composées à des dates et pour des fins différentes. Le lien assez artificiel qui unit ces dissertations fort différentes consiste en ce qu'elles déterminent le rapport de la faculté de philosophie, dite inférieure, avec les trois facultés supérieures : théologie, droit, médecine. La première, de beaucoup la plus importante {Conflit de la faculté philosophique avec la faculté théologique) se rattache étroitement à la philosophie religieuse de Kant.

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