‹ KantChapitre 43 sur 139 · T. III, p. 162 (274) : scientix propxdeuticœ · texte numérisé non relu

T. III, p. 162 (274) : scientix propxdeuticœ

3. Criliq., 2' préf., t. II,p.29;B, 21 (39). Cf., p 22; B, 15 (30) et 53; B, 43 (68).

de démontrer scientifiquement l'existence de causes et de substances intelligibles, et son échec menaçait de ruiner l'autorité de la science positive. Telle est, d'après Kant, l'erreur fondamentale qui provient de la confusion de méthodes et de domaines distincts : du phénomène seul il y a science positive, mais du supra-sensible il y a croyance , fondée d'ailleurs sur « l'usage pratique absolument nécessaire de la raison pure «.^ Étendre la science hors de son domaine propre, c'est mettre en danger la croyance dans celui qui lui revient; et tel est précisément le sens du mot célèbre : « Je dus donc supprimer le savoir, pour faire place à la croyance » [Ich musste also das Wissen aufhehen, um zwn GlaubenPlatzzu bekonwierif^ sur lequel c'est se méprendre étrangement que d'y voir l'expression d'un doute sur la valeur objective de la science. L'intention maîtresse de Kant est, bien au contraire, d'isoler si radicalement science et croyance métaphysique, que ni celle-ci n'ait rien à redouter des conclusions de la première, ni celle-là rien à craindre de l'incertitude expérimentale et rationnelle de la seconde^.

3. Éliminons de suite une objection que la suite de cette exposition fera tomber d'elle-même. S'il n'y a de science que du phénomène, conimenl une métaphysique pourra-t-elle « se présenter comme science »?La réponse est simple : une métaphysique est scientifique en tant que la critique en détermine les limites, le contour (f/mrm), la méthode et le mode de certitude. Mais de l'objet propre de la métaphysique, la chose en soi, il ne saurait y avoir de science véritable, mais seulement certitude pratique.

S 2. — Méthode.

Justifier la science compromise par l'empirisme et sauver la métaphysique contre les métaphysiciens euxmêmes, telle est, en définitive, la double lâche de la philosophie critique. Pour la réaliser, il faudra d'abord rompre avec les errements du passé, renoncer à l'hypothèse commune du dogmatisme et de l'empirisme; car métaphysiciens et sensualistes, s'ils ont assigné à des pouvoirs différents de l'esprit le privilège de saisir le réel, s'accordent du moins pour admettre que les choses nous sont données comme des objets connaissables et que la connaissance procède de l'action des choses sur l'esprit. Renversons l'hypothèse, nous propose Kant, et supposons que la connaissance s'explique par l'action de l'esprit sur les objets. D'autre part, les métaphysiciens s'étaient préoccupés d'asseoir la science sur un fondement métaphysique; et l'empirisme, pour avoir ébranlé ce fondement, semblait conduire au scepticisme. Préoccupation stérile, danger apparent, répond la critique. La science est donnée au philosophe, comme l'univers est donné au physicien. De même donc que Newton se demande au nom de quelle hypothèse générale les mouvements cosmiques sont possibles, de même Kant se demandera, non plus si la science est certaine, mais en vertu de quelle loi, non des choses, mais de l'esprit, la science, admise comme fait, est possible. Puis il so demandera à quelles conditions sera désormais possible une métaphysique, c'est-à-dire une « solution des problèmes iné-

vitables de la raison pure, Dieu, liberté, immortalité^ ».

Cette enquête sera-t-eile une anahjse psychologique à posteriori de la faculté de connaître, une sorte de « Physiologie » de l'esprit analogue à celle de Locke -, ou une (( Géographie delà raison humaine », conforme à celle dont Hume a tracé le modèle 3? En aucune façon. L'œuvre de Locke est purement descriptive, nullement critique ; elle constate des faits, mais ne saurait fonder un droit, une possibiUté.

Ce ne sera pas davantage une analyse logique, au sens ordinaire du termC; une décomposition des concepts indispensables au savoir, ni une étude des procédés d'investigation familiers au savant; une telle recherche ne nous apprendrait rien sur la possibilité de la science et de la métaphysique.

Mais examinons de plus près la connaissance, considérée comme fait. Ce fait, objet d'expérience, suppose deux conditions : une matière et une forme. La matière, c'est ce qui est donné à l'expérience [das Gegebene), ce sont les « objets qui frappent nos sens »^ . Que sont ces objets en eux-mêmes? existent-ils en dehors de nous? Le point de vue de Kant lui interdit de se poser ce problème essentiellement ontologique, et l'existence d'un objet agissant sur le sujet demeurera le postulat fondamental que la critique admet et ne démontre pas. La forme, au contraire, peut être déterminée; mais elle ne peut l'être qu'à priori, puisque l'expérience n'est possible que par

1. p. 40; B, 31 (51).— 2. Préface de la 1" éd., p. 4; B, t. IV, p. 8 (6). — 3. P. 570; B, 496 (II, 327). — 4. P. 3i; B, 27 (45).

l'addition d'une forme à une matière et ne saurait saisir une forme sans une matière. Déterminer à priori la forme de la connaissance, tel est l'objet propre de la Critique et sa méthode ne peut être qu'une anahjse abstraite ou métaphysique.

La première conséquence de cette analyse est la distinction célèbre de la sensibilité et de l'entendement, déjà esquissée par la thèse de 1770. «Il n'est pas douteux que toute notre connaissance ne commence avec l'expérience ^ », ainsi débute l'introduction de la Critique de la raison pure. Quelque chose est donné, présenté à la connaissance, avant d'être pensé. La sensibilité {Sinnlichkeit) est précisément ce « pouvoir de recevoir des représentations [Vorstellimgen) par la manière dont les objets nous affectent ^ ». Mais toute notre connaissance « ne dérive pas de l'expérience ». Celle-ci ne saurait assurer au savoir la nécessité et l'universalité qui sont les caractères essentiels des jugements scientifiques. Tout jugement nécessaire et universel suppose donc « une faculté de connaître à priori » 3. L'entendement ( Verstajid) est cette faculté.

Distinction des jugements analytiques et des jugetnents synthétiques. Toutefois, ce pouvoir de juger à priori ne présenterait rien de singulier s'il se bornait à énoncer des jugements analytiques, c'est-à-dire de ceux dans lesquels le sujet contient d'avance le prédicat. Par exem-

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