Préface de la 1" éd., p. 5; B, t. IV
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raison à dépasser le monde des phénomènes et l'impuissance de toute métaphysique? Faut-il voir dans Kant un Hume moins logique ou moins courageux, reconstruisant en l'air, par scrupule d'honnête homme ou de professeur, une morale arbitraire dont il aurait sciemment détruit tous les fondements métaphysiques? Le cadre de cette étude ne nous permet pas d'entrer dans le détail des innombrables controverses que cette question n'a cessé de susciter en Allemagne i. Le plus sûr est, croyons-nous, de s'en tenir aux déclarations de Kant lui-même, qui n'ont pas varié depuis la dissertation de 1770 2, jusqu'aux Prolégomènes et jusqu'à la seconde édition de la Raison pure. « La critique est la préparation « indispensable aux progrès d'une métaphysique so- « lide comme science. » ^ Et Kant annonce au même endroit qu'une fois l'œuvre de la critique achevée, il tentera lui-même de reconstruire l'édifice métaphysique suivant « la méthode sévère de l'illustre Wolff », c'est-à-dire en procédant par « principes incontestables » et « concepts clairement déterminés ».
Seulement, le dogmatisme métaphysique, faute de soumettre ses instruments au contrôle de la critique, avait prétendu atteindre l'être en soi par une simple extension au supra-sensible des procédés qui réussissent dans la connaissance des phénomènes ; il se faisait fort
1. On en trouvera un résumé très précis dans Paulsen, Kant, p. 115 et suiv.