Cf. la lettre àM. ik-rz, 24 nov. 1776; B, t. X, p
tion » avant la lettre de la Métaphysique de la nature qu'il se proposait d'écrire un jour^. Kant se préoccupa toute sa vie d'achever cette œuvre qu'il sentait incomplète ; et pour comprendre à quel point cette lacune tourmentait l'esprit du philosophe, il suffit de rappeler le litre du manuscrit de plus de 150 feuillets, qu'on trouva inachevé sur sa table le jour de sa mort : Passage des premiers jirincipes métaphysiques de la science de la nature à la phijsique.
De cet opuscule et de ces fragments nous tirerons sans trop d'eJDForts une esquisse de la physique rationnelle telle que Kant l'entrevoyait. Pour le reste, l'embarras est grand. Non pas que Kant ait jamais renoncé à méditer sur les autres parties de la métaphysique, ni surtout qu'il en ait cru à aucun moment l'exécution impossible : « La philosophie transcendantale, écrit-ilen 1791 . . . , qui est la critique de la raison pure, a pour fin l'établissement d'une métaphysique, dont la fm à son tour, fin suprême de la raison pure, est d'élever cette faculté de la limite du sensible au domaine du supra-sensible 2. » Et, dans la Logique^ éditée en 1800, il répète : « La métaphysique est la vraie philosophie, la philosophie mênie^. » Personne d'ailleurs, remarque avec juste raison M. Paulsen^, ne prit plus au sérieux son métier de professeurde métaphysique. Kantnecessad'approfondirlespro-
2. Sur les Progrès de la métaph., etc., t. III, p. 429. 8. T. I, p. 356 (Irad. TissoT, p. 40).
blêmes que ses fonctions l'obligeaient à traiter publiquement, et nous avons conservé, par bonheur, quelques cahiers d'élèves, qui remontent certainement à la période 1775-1795 1. Mais ces notes, jointes à quelques passages des trois Critiques et à quelques opuscules postérieurs à la Raison pure^, nous permettront-elles de nous faire ime idée précise de la métaphysique kantienne? L'abondance des matériaux nous aide moins ici que leur diversité ne nous déconcerte. On a peine à reconnaître dans telle leçon de métaphysique l'auteur de la Critique. Sans doute l'inintelligence des auditeurs et l'imperfection de leurs notes expliquent dans une certaine mesure la discordance du cours et du livre ; on peut admettre aussi que l'assujettissement au texte de Baumgarten, d'après lequel Kant professait la métaphysique, ait introduit quelque confusion dans l'esprit des auditeurs et gêné le maître lui-même dans le développement de sa propre pensée; il est possible enfin, comme le croit Arnoldt, que notre philosophe se soit
1. Vorlesungen iiber die Metaphysik (1821); Vorlesungen iiber die philosophische Religionslehre (1817), publiées par Politz, aux dates cidessus mentionnées. Les premières ont été commentées abondamment par E. Arnoldt dans ses Krilische Excurse im Gebiete der Kaut-Forschung, Kœnigsberg, 1894, et par M. Heinze, Vorlesungen liants iiber Metaph. ans 3 Semestern, extrait du tome XIV des Abhandl. der kônigl. sûchs, Gesellsch. der Wissensch., où l'on trouve en outre l'analyse et des extraits importants de manuscrits inédits, Leipzig, 1894.
2. Notamment: Qu'est-ce que s orienter dans la pensée [1786); Sur l'échec de toute tentative philosophique en théodicée (1791) ; Les progrès réels de la métaphysique en Allemagne depuis Leibniz et Wolff (1791 publié en 1804); Logique (publiée en 1800).
fait scrupule de rompre radicalement avec la métaphysique traditionnelle devant de jeunes intelligences prédisposées, peut-être, à n'en saisir que l'aspect négatif : toujours est-il que les leçons qui nous sont parvenues présentent un singulier mélange de hardiesse critique et d'assurance dogmatique, il convient donc de n'user de ces textes qu'avec une extrême réserve et nous nous contenterons de résumer les conceptions métaphysiques de Kant qui se dégagent comme bien définitives dans sa pensée. Il va sans dire que nous insisterons davantage sur la physique rationnelle, que deux documents authentiques nous permettent d'exposer.
B. Valeur générale et méthode de la métaphysique. — La Critique de la raison pure a par avance délimité le domaine de la métaphysique. A cet effet, elle s'est livrée à trois opérations successives : la première est la théorie de la science, qui démontre la nature phénoménale du monde physique, et, du même coup, ruine à jamais, au profit de l'idéalisme transcendantal, la thèse du matérialisme qui prétend ériger les corps en choses en soi; la seconde est l'anéantissement de la métaphysique dogmatique, qui prétend vainement étendre à des objets suprasensibles l'exercice de l'entendement; la troisième enfin, tout en déniant à la raison spéculative le pouvoir d'atteindre l'absolu, reconnaît en elle une tendance irrésistible à concevoir à priori l'unité systématique et totale du réel, à construire un monde intelligible par-delà le monde sensible. Mais il reste bien
entendu que cette construction n'a qu'une valeur idéale. Dieu et l'âme ne pourront à aucun prix être considérés comme des objets que l'entendement puisse apercevoir au même titre que des objets naturels. Ces réserves formulées, rien n'empêche la raison de concevoir un monde intelligible. Elle n'est pas, comme l'entendement, limitée dans son usage parla sensibilité : elle limite la sensibilité, mais elle ne l'est pas par elle. Construire par la raison un monde idéal, qui soit comme le prolongement à l'infini du monde phénoménal, mais interdire à l'entendement de se prononcer pour ou contre la valeur objective de ces constructions, tel est l'objet et telle est la méthode de la métaphysique kantienne ^.
C. Ontologie rationnelle. — L'ontologie, d'après YArchitectonique, « considère seulement l'entendement et la raison même dans un système de tous les concepts et de tous les principes qui se rapportent à des objets en général, sans admettre des objets qui seraient donnés 2 )). Kant l'appelle dans son cours une « Logique transcendantale » 3. Aussi n'y trouverons nous guère plus qu'un résumé de la Critique de la raison -pure, y compris l'esthétique. N'oublions pas, d'ailleurs, que les cadres traditionnels du vieil enseignement académique ne permettaient pas à l'auteur de la Critique de consacrer un ou plusieurs semestres à l'exposition de ses
1. V. notamment : Crit. de la raison pure et Prolégomènes, passim; Les progrès réels de la métaphysique, etc., t. III, p. 413-430.