‹ KantChapitre 68 sur 139 · Heinze, Op. cit., p · texte numérisé non relu

Heinze, Op. cit., p

recherches personnelles. L'ontologie est donc pour lui une introduction destinée à mettre brièvement les étudiants au point d'un enseignement métaphysique fondé sur la Critique. Nous y trouvons, entre autres, un très grand nombre de définitions : le possible et l'impossible, le réel et le négatif, la grandeur extensive et intensive, la substance et l'accident, la force, etc. Par endroits même, le développement du cours est beaucoup plus abondant que le livre qui sert de texte. C'est ainsi qu'à propos des quatre groupes de catégories, le professeur critique la plupart des principes de l'ancienne métaphysique. Il conteste, notamment, le principe célèbre : Quodlibet ens est transcendentaliter uniim, verum et honum. Au point de vue métaphysique, toute chose est imparfaite et nous apparaît comme une négation, une limitation de Xens realissimum, seul metapinjsicc optimum. Le mal métaphysique est donc pure négation.

La réalité du monde extérieur ne peut être prouvée par l'ontologie; mais l'idéalisme est aisément réfuté comme contradictoire. Cette doctrine prétend, en effet, réduire le monde extérieur à n'être qu'un produit du sens intime. Or le sens intime n'a qu'une dimension, la longueur, et ne peut, par suite, engendrer un monde imaginaire à trois dimensions. Penser un monde matériel, c'est, par défmition, le penser hors de soi. La distinction radicale des deux formes à priori de l'intuition suffit à condamner l'idéalisme. Quant à la composition des corps, la monade ne peut être qu'un concept nouménal. Il est contradictoire qu'un corps étendu soit, en tant que

phénomène, composé de points inétendus '. Au reste, Kant ne se prononce pas dans ses leçons sur la nature réelle de ce monde extérieur. Mais nous avons vu déjà dans la Critique de la raison pure que, si le noumème ne peut être de la part de l'entendement l'objet d'une affirmation objective, il est nécessairement /)e/i5e comme le substratum transcendant du phénomène. Seulement l'intuition de ce noumène, de cet X caché sous l'apparence, nous échappe. Kant se dérobe donc bien à l'idéalisme de Berkeley ; mais, à défaut de déclaration explicite, on peut conclure que la Critique le conduisait logiquement à une sorte de platonisme discursif.

D. Psychologie rationnelle. — Le matérialisme est réfuté d'avance. Les corps, n'étant que des phénomènes, ne sont réels que pour un sujet doué d'intuition sensible et de pensée : comment donc le sujet pourrait-il se penser lui-même comme une fonction d'un corps? C'est bien plutôt le moi pensant qui est la condition de la possibilité des corps.

Mais, à son tour, le spiritualisme est ruiné par la Critique. Le moi, dans la pensée, ne se connaît que comme sujet, et non comme objet; il n'a de lui-même qu'un concept, et pas d'intuition. Seule la raison pratique nous garantit l'existence d'une âme libre 2.

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