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l 150, IGO, 203, ^05 a

sensation dans l'espace, il nous semble qu'elle provient d'une cause étrangère à notre esprit, parce que, étant localisée dans l'espace, elle a Tair de se détacher de nous et de s'opposer à notre esprit : en réalité, le monde de la perception, auquel s'applique l'entendement, est déjà construit par nous-même, suivant des lois intelligibles ;ce n'est plus, comme la sensation pure, une réalité brute, un « phénomène du premier degré ^ » ; c'est un « phénomène du phénomène ^ ». Dès lors, l'objet est toujours, dans sa forme, le produit du sujet, et de la connaissance des fonctions du sujet on peut déduire la classification des forces naturelles.

La classification des forces établie par Kant d'après le plan des catégories, ne semble pas ajouter beaucoup à ce que nous a appris la physique rationnelle. En revanche, la classification des éléments matériels du monde abonde en idées originales.

S'il y a un espace, il doit y avoir une matière remplissant cet espace. Il n'y a pas de perception d'un espace vide; la possibilité de l'expérience, qui est la première loi à priori de la nature, est ainsi une preuve indirecte, mais certaine, de l'existence de la matière. Cette matière, comme l'espace qu'elle remplit, est unique et homogène, c'est Véther^. En elle-même, elle est impondérable, le poids n'étant qu'une relation dérivée qui existe, au sein

3. Kant l'appelle « Aether » ou encore fréquemment Elementarstoff, W(lrmestoff (279 a et suiv.)

de la matière universelle, entre corps particuliers. Elle est incoercible, en ce sens qu'on ne peut, pas plus que l'espace, l'enfermer dans aucune limite ni l'exclure d'aucune; l'éther pénètre tout, les liquides comme les solides, et ne peut prendre aucune forme définie.

Les relations qui se produisent au sein de l'éther se ramènent au jeu des forces d'attraction et de répulsion. L'attraction empêche les parties voisines, qui se repoussent avec une très grande vitesse, de se disperser à l'infini; de ce double mouvement d'expansion et de contraction résulte une ondulation perpétuelle et infiniment rapide^. Cette ondulation, en se transmettant aux corps, y produit la chaleur qui n'est point, comme Kant l'avait cru d'abord, une matière spéciale, mais « un mouvement oscillatoire intérieur ))2.

Par opposition à l'éther impondérable et incoercible, nous concevons des matières pondérables et susceptibles de recevoir des formes variées. Ces corps, dénués encore de toute qualité physique ou chimique autre que la mobilité, sont ce que Kant appelle des bases ou éléments [Stoffé). Ce sont les corps simples des chimistes, dont Kant croit trouver un exemple concret dans quelques gaz que la science de son temps n'avait point réussi à liquéfier. Kant ne croit point, d'ailleurs, que la chimie parvienne jamais à découvrir un rapport mathématique entre les actions chimiques et l'une des propriétés

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