‹ KantChapitre 75 sur 139 · p. 538-53; B, 5 il · texte numérisé non relu

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18i KANT.

1° Nous avons vu en phoronomie que le mouvement d'un corps dans l'espace relatif est équivalent au mouvement de l'espace relatif lui-même en sens rectiligne contraire et avec la même vitesse, le corps demeurant en repos. L'esprit n'a aucune donnée pour décider lequel des mouvements, de l'espace ou du corps, est réel ou apparent ; il se borne à déclarer que le mouvement rectiligne d'une matière dans l'espace relatif est possible. Le mouvement rectiligne est donc purement relatif à l'espace empirique. Un mouvement rectiligne absolu, c'est-à-dire conçu dans un espace absolu, ne saurait être un objet d'expérience possible : il est impossible.

2° En vertu de la loi de l'inertie, un mouvement est incapable de modifier de lui-même sa direction; il se propage indéfiniment en ligne droite. Il en résulte que le mouvement curviligne, qui n'est autre qu'un mouvement rectiligne modifié à tout instant, suppose l'action d'une cause extérieure, d'une force. Or, toujours en vertu de la loi de l'inertie, tout point animé d'un mouvement circulaire tend à quitter la traj ectoire pour suivre la tangente . Il en résulte que le mouvement circulaire révèle l'existence d'une force située dans le mobile et il n'est plus possible, comme dans le cas de la ligne droite, de se demander, du corps ou de l'espace qui l'entoure, lequel est animé d'un mouvement réel ou apparent. Le mouvement circulaire est donc un prédicat réel et le mouvement du milieu où il se propage, celui du ciel autour de la terre, par exemple, ne peut être qu'une pure illusion.

3° Si enfin on considère un mobile, par rapport non plus à l'espace, mais à un autre mobile, nous savons, d'après le troisième théorème de la mécanique, que le mouvement est nécessairement réel de part et d'autre. D'où ce troisième théorème de la phénoménologie : Tout mouvement d'un corps, par lequel il exerce une action sur un autre corps, est nécessairement accompagné d'un mouvement égal et de sens contraire de ce dernier i.

Tels sont les principes que la métaphysique de la nature matérielle établit à priori. Faut-il rappeler une fois de plus que ces principes, simple extension de l'esthétique et de l'analytique transcendantales, ne s'appliquent point à des choses en soi ni à un espace absolu; ils ne déterminent que les conditions à priori de toute expérience possible; ils supposent uniformément la réalité empirique de l'espace et son idéalité transcendantale, ainsi que l'objectivité empirique des catégories et leur subjectivité transcendantale. La métaphysique de la nature est une théorie rationnelle de l'expérience.

e. Passage à la physique. — Une pareille théorie rejoint-elle directement l'expérience sensible ? Le passage est-il direct de l'univers tout abstrait de nombres, de mouvements et de forces que nous venons de construire, au monde concret de l'expérience, infiniment varié dans ses formes? Kant ne le croyait pas; et c'est pour jeter un dernier pont entre l'esprit et les choses, la forme et la matière qu'il entreprit d'écrire ce Passage des pre-

miers principes métaphysiques de la nature à la physique dont il nous reste des fragments copieux, mais fort peu cohérents. Nous n'essaierons de dégager de ces notes que le plan général et les idées essentielles ^

La métaphysique vient de nous apprendre que toutes les lois du mouvement sont aussi celles de la force. A quelles conditions seront-elles vraies aussi des phénomènes perçus par les sens? C'est à la condition qu'on puisse découvrir entre l'apparence sensible et la force une relation d'identité, en d'autres termes, que le sujet pensant, qui pose à priori les lois des forces, et le monde extérieur ne soient pas choses radicalement distinctes. Or le sujet pensant et le monde extérieur ont au moins une source commune, la pensée par laquelle ils sont connus l'un et l'autre, et la distinction d'un extérieur et d'un intérieur n'est elle-même établie que par la pensée. Est extérieur tout ce qui est perçu simultanément dans l'espace; est intérieur ce qui est perçu successivement dans le temps. Ainsi, quand la force se développe dans l'étendue, sous forme de mouvement, pour tomber sous le sens externe, elle ne tombe pas dans un domaine qui lui est étranger. Elle n'est qu'un « phénomène du moi s'affectant lui-même », au moyen des anticipations de la perception 2. Sans doute, quand nous percevons une

1. D'après le texte publié par A. Kralse; nous suivrons de près l'analyse de M. Andler [Introd. à la traduct. àei Premiers Princ. métaph. de la nature, p. i.vi-lxxxvi).

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