‹ KantChapitre 85 sur 139 · V. Supra, p · texte numérisé non relu

V. Supra, p

cière des deux moralistes. Pour Rousseau, la loi morale est une donnée immédiate de la conscience empirique, une loi toute faite que la réflexion découvre en nous, comme elle y trouve, d'après les nativistes, la notion d'absolu ou le principe de causalité. D'après Kant, au contraire, « nous avons conscience de lois pratiques pures, comme nous avons conscience de principes théoriques purs, en remarquant la nécessité avec laquelle la raison nous les impose et en faisant abstraction de toute condition empirique ^ ». De même donc que la conscience empirique, dans l'ordre du savoir, ne saisit point immédiatement les principes de l'entendement, mais remonte de l'expérience aux principes, c'est-à-dire de la matière à la forme, de même, dans l'ordre moral, la conscience empirique saisit bien des jugements et des sentiments moraux dans l'expérience de la vie pratique, mais elle ne découvre la loi que par une analyse transcendantale des conditions à priori qui rendent ces jugements et ces sentiments possibles. La loi morale, sans doute, est donnée dans la conscience de tout être raisonnable ~ ; elle est un fait ; mais non pas un fait ordinaire, au sens expérimental du mot auquel correspondrait l'allemand Thatsache : elle est un fait de la raison [Factum der Vernunft) 3, « fait unique, d'ailleurs, de la raison pure qui s'annonce par

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