Cf. Doctr. de la Vertu, p. 226 (45) et 171 (101) et suiv
là comme originairement législatrice : Sic volo, sic jubeo 1 ». Et par factum, il faut donc entendre bien moins une donnée qu'un ac^e^ une spontanéité analogue à celle de l'entendement théorétique, avec cette différence que la spontanéité de l'entendement n'a de sens et ne devient consciente que dans son application à une intuition sensible, tandis que la spontanéité de la raison pratique pose la maxime de la loi antérieurement à toute réalisation expérimentale.
La raison profonde de cette opposition entre Rousseau et Kant doit être cherchée dans leur conception différente de la liberté. Rousseau aperçoit la liberté dans le caractère empirique, Kant dans le caractère intelligible de l'homme; elle est, pour le premier, un pouvoir naturel; pour le second, elle est contradictoire avec l'idée même de nature et n'est possible que dans un ordre supérieur à la nature. L'être moral, chez Rousseau, fait partie d'un univers sensible harmonieusement ordonné ; il appartient, chez Kant, à la cité idéale des volontés bonnes.
C'est donc, à ce qu'il semble, bien moins le pendant, que l'antithèse voulue de la tirade du Vicaire Savoyard qu'il convient de voir dans l'apostrophe célèbre de la Critique de la raison pure : « Devoir! nom sublime et grand ! tu ne renfermes rien d'aimable ni d'insinuant, mais tu réclames la soumission ; cependant, pour ébranler la volonté, tu ne menaces de rien de ce qui
éveille dans l'âme [Gemûth] une aversion naturelle ou l'épouvante ; mais tu poses simplement une loi qui trouve d'elle-même accès dans l'âme, et qui cependant gagne elle-même, malgré nous, la vénération, sinon l'obéissance, devant laquelle se taisent tous les penchants, quoiqu'ils agissent contre elle en secret ! Devoir! Quelle origine est digne de toi, et où trouve-t-on la racine de ta noble descendance qui repousse fièrement toute parenté avec les penchants, et de laquelle dérive la condition essentielle de la seule valeur que les hommes puissent se donner ? Ce ne peut être rien de moins que ce qui élève l'homme au-dessus de lui-même, en tant que partie du monde sensible , ce qui le lie à un ordre de choses que l'entendement seul peut concevoir... Ce ne peut être que la personnalité, c'est-à-dire la liberté et l'indépendance à l'égard du mécanisme de la nature ' . »