Projet de paix perpétuelle, 3 vol. Utrecht
de tous les États chrétiens d'Europe en une Alliance pacifique perpétuelle, destinée à garantir à chaque État contractant l'intégrité territoriale et à sauvegarder l'Europe contre toute menace nouvelle de l'Islamisme. Les penseurs du dernier siècle s'étaient montrés peu indulgents pour ce projet, oii un philosophe moderne n'a pas craint de reconnaître une véritable « révélation ^ ». Leibniz, Voltaire et Rousseau lui-même n'avaient pas ménagé au projet de TAbbé de faciles railleries. Kant est le premier croyons-nous, qui ait, et ceci dès 1784, défendu la cause compromise de l'Abbé de Saint-Pierre. Il lui reproche encore d'avoir cru trop prochaine la réalisation de son plan^; mais il lui apporte la plus éclatante des revanches, il reprend ses idées et, onze ans avant la publication du Projet de paix perpétuelle , il déclare que l'institution d'une « alliance des peuples », d'un Fœdus Amphictyonum, est seule capable de mettre un terme aux maux de la guerre 3.
Toutefois, cette affirmation est en quelques sorte isolée dans les ouvrages de la période critique, tandis que nous y trouvons d'assez fréquentes déclarations sur le rôle civilisateur joué par la guerre dans l'histoire. C'est ainsi que dans les Conjectures sur le commencement de V histoire de l'humanité (1786), s'il proclame que « les plus grands maux qui affligent les peuples ci-
1. Stein, Las Idéal des ewigen Friedens v. die soz. Frage, Berlin, 189G, p. 18. Cf. p. 20-25.
2. Idée d'une hist. univ. au point de vue cosmopol., t. IV, p. 303.