SCENE V
JUANA, MAKIE.
JUANA •f'nçcc inquiétude. Marie, que présage ceci?
MARIE, la regardant fixement. L’étranger vient d’un pays où mon frère a passé plusieurs années, où il a choisi son épouse.
Cette visite le surprendra moins , sans doute , qu'elle ne semble vous inquiéter.
juana. Je l’avouerai , mon cœur est oppressé.
marie. Juana seule peut savoir ce qu'elle craint , pourquoi elle doit craindre. Pour moi , je ne vois que trop. . .
juana. Quoi donc , ma sœur.'...
marie. Que l'Espagne , ce pays si vanté par vous , n’a pas * jusqu'à ce jour, porté bonheur à mon frère.
juana. Comment dois-jc expliquer votre pensée ?
marie. Ecoute, Juana. Pour que ton fbonheur soit complet , il faut que Karl soit à tes côtés ; il suffit au mien de le savoir heureux. Je crainsqu'ilnele soit pas.
juana. Et pourquoi cette crainte?... il m'aime, il est à moi, que lui manquerait-il?
marie. Karl , élevé dans ces climats, y vivait tranquille et libre. Sou ame pure et sans tache se peignait dans ses regards. II est rentré sous le toit de ses pères bien changé de ce qu’il était alors. Sa poitrine est oppressée d’un lourd fardeau : ses yeux craintifs et sombres se détournent des autres. Il semble qu'il suffirait d'un regard pour lui arracher un secret ; qu’il le sent ; qu’il le craint. Oh ! ce n'est point là le bonheur; il n’est point de bonheur sans repos.
JUANA. Il n'est que trop vrai ; mais peuxtu nous le donner, toi, ma sœur? si tu ne le peux , laisse-nous à notre destinée ; laisse-no us vivre et mourir ainsi.