KARL . JUANA
JUANA. Tu parais fatigué.
karl. Oui... grâce à Dieu ; c'est le corps qui trouble la paix de lame, qui l'agite de craintes et d’espérances. Je chasse pour épuiser mes forces ; je n’ai de repos qu’à ce prix.
JUANA , la main sur son cœur. Autrefois .
tu en avais toujours là.
karl. Autrefois... Oui... autrefois. ( A lui-même , après un silence .) Qui pourrait le découvrir ?
JUANA. Découvrir... Quoi donc?
KARL. Oh ! rien... L’art’de rappeler le tems passé... de faire qu’aulrefois fût aujourd hui... et qu’aujourd’hui fût le néant.
juana. Mon Dieu ! Karl . tu es bien cruel. Jamais que des paroles tristes et sombres ; jamais que de l’amertume et des regrets. Qu’as-lu fait de ces mots d’amour qui m’enivraient autrefois, et qui faisaient que je ne comprenais pas qu'on pût te voir sans t’aimer ? Ces mots , je les trouvais alors à chaque instant sur tes lèvres ; et quand ta bouche se taisait, tes yeux parlaient pour elle ; mais depuis que le prêtre a béni notre union , paroles et regards tout a changé. Mon amour te pèse , mes caresses te fatiguent; tu me cherches et lu ne peux rester à mes côtés. Nous vivons séparés ; et lorsqu’il t’arrive de te rapprocher de moi , tu me quittes tout-à-coup , comme s’il y avait un remords entre nous deux :
on dirait qu’il est un secret que tu as besoin d’avouer , que tu retiens à peine et qui va t’échapper à chaque instant. Karl , que se passe-t-il en ton aine? y a-t-il une autre femme dont la tendresse te soit devenue plus chère que ne l’était la mienne?.... Il faudrait me le dire, vois-tu? ou plutôt il faudrait me tuer... Mon Dieu! mon Dieu!
je suis bien malheureuse , moi.
karl. Toi, jalouse!... et de qui?... Ne t’ai-je pas donné tout ce que j’avais d’ainour?... Mais tu doutes... c’est juste...
pouvons-nous croire à notre fidélité... (à demi- voix) quand nous regardons en arrière?
juana. Karl!... quel souvenir viens-tu de rappeler? L’épouse d’Alphonse l’avait trompé.
KARL, d'une voix sombre. Aujourd’hui...
oui... ce jour est maudit!
JUANA. Aujourd’hui! que veux-tu dire?
karl. As-tu pu oublier?... C’est aujourd'hui qu’il s’est tué.
juana. Dieu tout-puissant!
LE MSGaSIK TIIF. ATd AL.
KARL. As-tu oublié encore comme nous nous écrivions des paroles d'amour après sa mort , et pendant l’année de ton deuil ?
comme nos plaintes hypocrites déguisaient mal la joie de nos cœurs?
juana Arrête! tu me fais mourir!
KARL. S’il venait nous le rappeler, lui !
JUANA. Oh ! mon Dieu !