‹ Karl, ou le Châtiment, drame en quatre actesChapitre 21 sur 41 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

JUANA, KARL, ALMÉIDA, FERNAN- DO, qu’il tient par la main.

JUANA, avre terreur, l'apercevant. Ah!...

le marquis d'Ahnéida !

KARL. Qui?

juana. Le père d’Alphonse.

KARL. Ah!

ai.héida. Pardonnes à mon impatience, à celle de l’enfant, que je n’âi pu contenir quand il a su qui j’étais. Mon arrivée inattendue vous a efftayée. (Il embrasse Juana avec émotion.)- Ma fille!... (A Karl.) Monsieur le comte, nous nous sommes vus souvent en Espagne ; mais douze ans se sont écoulés depuis, et vous avez peut-être peine à me reconnaître .

KARL, qui ne l’a pas quitté du regard.

Non... non... il suffirait d’ailleurs de votre étonnante ressemblance avec Alphonse...

alméida. C’est tout ce qui me reste de mon fils. Vous, monsieur le comte, vous avez recueilli l’héritage des plus précieux de ses biens : vous êtes l’époux de sa veuve, le père de son fils ; leur amour vous appartient. Moi , je suis resté seul ; n’est-il pas juste que le pauvre vienne demander au riche quelque part de scs trésors?

KARL , lui tendant la main. Soyez le bien-venu.

JUANA. Nous étions loin de vous supposer dans ce pays.

ALMÉIDA. Voilà deux mois que j’ai quitté l'Espagne par nn ordre de mon souverain, qui me chargeait d’une mission secrète à la cour de Danemarck.Vous le savez, Juana, quand on m’éveilla pour m'annoncer la mort de mon malheureux fils, le coup fut si imprévu, la douleur si grande, que ma tète se perdit. On me ramena au château, sans que le deuil qui m’entourait me rappelât la perte que je venais de faire. Je [lassai ainsi douze années dans un état d'insensibilité et d’oubli qui me laissa vivre. Enfin, après ce teins, Dieu a permis que ma raison me revint pour sentir tout mon malheur, et pour le venger, peutêtre. ( A Juana. ) Avez-vous vu le corps de votre mari lorsqu'on le rapporta sur un brancard ?

JUANA. Non. .. jen’amats pu supporte». .

alméida. L’avez-vous vu dans son cercueil ?

juana. Non.

Fernando. Moi, je l’ai vu. La salle était tendue de noir. Mon père était étendu sur un lit, pâle, mais beau encore. Son corps était couvert d’un manteau de velours, sur lequel brillait l’ordre de l'étoile de Calatrava. (Des larmes viennent dans ses yeuse.) Des hommes du voisinage , d’autres venus de loin, pleuraient auprès de son corps et baisaient la frange d’or de son manteau...

car on l’aimait , mon père!...

ALMÉIDA. Oh ! pourquoi ai-je fait ouvrir le cercueil qui cachait à tous les yeux cet efTrayant spectacle. Quand j’osai lever le manteau qui enveloppait son corps, je vis l’affreuse vérité. Une main pressait sa blessure , son bras droit était étendu et rejeté en arrière , le poing fermé ; ses sourcils froncés j sa bouche muette semblait dire :

Vengcz-moi , je suis assassiné.

JUANA. Grand Dieu! si cela était vrai.

KARL, les genoux tremblant. Oui... ce serait effroyable.

alméida. On l’avait trouvé au milieu de la forêt dans cette même attitude ou je le vis dans son cercueil. Ceux qui me conduisirent dans le tombeau m’en ont donné l’assurance. Sa main, son bras étaient ainsi placés ; sa figure avait la même expression.

Une halle lui avait percé le coeur, et sa main semblait attachée sur sa blessure par une force surnaturelle : impossible d’ouvrir le poignet fermé ; impossible de ramener près du corps le bras rejeté en arrière. Depuis cet instant , tous mes doutes furent dissipés. Un vague instinct me fit accepter la mission dont on me chargeait, et je suis venu jusqu’au milieu de vous, cherchant le meurtrier d’Alphonse , sans savoir où je reconnaîtrai sa trace.

KARL, d’une voix éteinte. Dieu veuille que vous la trouviez bientôt... mais pardon...

la fatigue de la chasse... Permettez que je me retire.

(Il sc dirige ver, une porte latérale.) ALMÉIDA, h Fernando, en lui faisant signe de conduire Karl. Mon enfant !

(Fernando prend un flambeau. Juana , absorbée dans ses réflexions, ne remarque rien. Au .moment où Fernando s'approche de Karl , celui-ci tombe [tac terre sans connaissance.)

FERN ANDO, avec un cri. Ah !

ALMÉIDA. Grand Dieu !

JUANA, sortant de sa rêverie. Qu’ya-l-il?

feiin wito . Le comte!

JUANA, se précipitant vers son mari Karl !

FERNANDO. Au secours! au secours!

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