SCÈNE PREMIÈRE
KARL , assis devant un bureau et achevant une lettre.
« Une chaise de poste est prête : tu y » monteras avec Atméida et ton fils.
w Juana , en te révélant aussi cct horri- « ble secret , je laisse à toi seule le fardeau » de mon crime. Pardon , mais il le fallait.
» Tu aurais voulu qu'on me pleurât, peut- » être ; mon aveu te condamne au silence.
« Laisse-les maudire ma mémoire , cela » vaut mieux. Mon nom ne déshonore que ■ loi : Fernando en porte un pur et sans ■> tache; accepte comme une consolation le » bonheur de ne pas lui faire partager ta » honte.
» Maintenant , adieu. Je t’impose un » courage et une résignation que je n’ai » pas. Je vais me délivrer de mes tour- » mens, je vais chercher dans la tombe un » repos... que l'on n’y trouve pas , peut-
» être.... Toi, tu vivras pour souffrir
» Juana!... oh! ma pauvre Juana.'!... • (U plie la lettre.) Allons!... il le faut. Avant l’heure fixée pour ce duel , j’aurai cessé d'exister. ( Il se lève. ) Mes pistolets sont dans le pavillon du parc; c’est bien. Là, je dirai adieu h la vie... quelques lignes à ma sœur et tout sera fini. ( Il se promène un instant absorbé dans ses pensées.) Comment n'ai-jc pas compris qu’il en devait être ainsi ? qu'on ne pouvait se taire et tromper toujours?... Tant qu'on renferme dans le secret de sa pensée un désir criminel , le crime n'existe pas : c’est là ce qui tente l'homme et qui le perd ; parce qu'il a la puissance de cacher des pensées coujiables , il s’encourage à les réaliser ; il croit qu’il pourra enfouir dans la nuit de son cœur les actions qu’il aura commises, comme les projets qu’il forma. Malheureux ! tu porteras ce fardeau dont tu as osé le charger; mais, A chaque pas, il deviendra plus lourd. Son poids t’accable , il t’écrase ; tes genoux plient , tu tombes dans le précipice , et tu entraînes avec toi tout ce qui te fut cher. ( Avec un pro/bnd heinissimenf.) Oh!