SCÈNE m
INESILLA, NUNEZ.
nunez. Ouf!... vous m’avez éveillé en sursaut!... Eh bien ! où est-il cet étranger?
INESILLA, avec humeur. 11 est loin maintenant.
NUNEZ. Ah !... que son patron le conduise alors. Par la chaleur qu’il fait , ça m’arrange.
INESILLA, montrant la pièce d'or. Tenez, vrUà ce qu’il nous a laissé. Vous auriez pu en avoir autant pour votre peine. Ecoute/, Nunez : je suis lasse de vous voir manqua* toutes les occasions de nous être utile.
Nous sommes pauvres, et vous ne faites rien pour nous tirer de la misère. Vous m’avez toujoursdit que vous m’aimiez trop pour me quitter, mais je ne peux pas vous nourrir éternellement à rien faire. Il est teins que ça finisse. Aujourd’hui meme
.« Vi
nous verrons monseigneur : je vous re commanderai à lui, et demain , s’il le faut , vous partirez.
nunez. Me chasser!., ali ! nn moment!., vous arrange* comme ça ma destinée à vous toute seule ; mais je suis d’âge à m’en mêler , ce me semble, et d’abord je ne partirai pas.
inesilla. Vous partirei, si je le veux.
Ntl nez. Du tout. Qu'est-cc que c’est donc que ces idées-là ? Comment ! je suis ici bien tranquille... je ne dis rien... je ne fais rien... je vous laisse gronder dix heures sur douze , et quand je me suis fait par la force de l'habitude un petit paradis de ce purgatoire, vous m’en mettez dehors en me disant: Marche, on te poussera... Je ne veux pas marcher, moi ; je ne veux pas qu’on me pousse. Je resterai sous le toit paternel , près du foyer paternel , dans le fauteuil paternel.
inesilla. Nunez, .vous me ferez perdre patience, (Avec douceur. oyons, Nunez, sois raisonnable ; lu as trente ans , mon garçon ; il est teins de prendre un état.
minez. Voilà dix ans que vous me dites ça. Pardieu! j’y pense tous les jours.. . mais il faut que j’en trouve un qui m'aille.
INESILLA, avec humeur. Tu en as trouvé vingt. Pourquoi n’as-tu pas été soldat comme tonfrère Juanito, lepèrede Paeliita?
à la première affaire il fut fait sergent.
mjnez. Et tué à la seconde. C’est cet étatlà que vous me proposez? il ne me va pas.
inesilla. Tu aurais pu être marin, comme Antonio, ton autre frère.
nunez. Oui... et je me serais fait noyer comme lui ; il est gentil encore cet étatlà. Ca n’a pas de bon sens de proposer des professions pareilles.
inesilla. Mais que veux-tu faire alors?
NUNEZ. Ce que je fais... attendre. Je ne sais pas pourquoi voies vous tourmentez comme ça , moi . Tout homme a dans sa vie une occasion de faire sa fortune , le tout est de ne pas donner à célé, de la saisir. Soyez donc tranquill* , elle se présentera pour moi comme pour les autres. Je suis sûr que je trouverai quelque lion emploi commode, qui se fera tout
seul il suffit pour cela d'une occasion,
d’un hasard... il ne faut pas se presser... et en attendant cette fortune, qui ne peut pas manquer d’arriver , je m'occupe auprès de vous ; car, en vérité, si on vous écoutait, on pourrait croire...
inesilla. Tu t’occupes? et à quoi ?
nunez. A vous regarder filer... et ce n’est pas toujours très-gai ; à fendre votre bois, et c’est très-fatigant. Me vous in-
quiétez donc pas ; un peu de patience. Le mieux est l'ennemi du bien, a dit un sage, je ne sais plus lequel.. . nous sommes bien, ne bougeous pis et attendons.
inesilla. Ne bougeons pas oui
c’est ton refrain... aujourd'hui, par exemple, tous les paysans des environs battent le bois pour aider la chasse. 11 leur eu reviendra quelque chose ; toi, tu n’y penses seulement pas.
nunez. J'y vais justement... ah ! qu’estcc que vous avez à dire ?... vous voyez bien que je fais tout ce que vous voulez. (Revenant. )Mah si je partais, vous n’auriez plus personne à gronder ; pensez donc à ça ; vous vivriez vingt ans de moins , bonne mère : et puis je ne vous embrasserais pas tous les jours... Eli! mon Dieu! vous avez beau vous fâcher, je vousconnais, allez. Je sais bien ce qu’il vous faut... et à moi aussi.
(Il *orl.)