‹ KarmaChapitre 6 sur 15 · Corps causal · texte numérisé non relu

Corps causal

Psychique ou Astral.

Psychique Psychique inférieur supérr

Râma-Manas,

Kûma.

Véhicule :

Corps subtil.

.Ër

Linga-Sharîra.

ce zr

CTQ o

Si

Sthùla-Sharîra.

ce . .

prié aux conditions changeantes de la région compliquée désignée sous le nom de plan psychique. Sur le plan dévachanique il y a

deux régions bien définies, la région de la forme, la région sans-forme. Dans la première, la plus basse, la conscience se sert d'un corps artificiel, le Mâyâvi-Hûpa ; le terme corps mental paraît cependant lui convenir, comme indiquant que la matière dont il est composé appartient au plan Manas. Dans la région sans-forme, c’est le corps causal dont il faut se servir. Quant au plan Bouddhique, il est inutile d’en parler.

Or la matière n'est pas la même pour tous ces plans; en général, celle d'un plan quelconque est plus dense que celle du plan qui lui est supérieur. Gela est conforme à l'analogie qui règne dans la Nature; car l’évolution, pendant sa marche descendante, va du raréfié audense, du subtil augrossier. De plus, ces plans sont habités par de nombreuses hiérarchies d’êtres qui s'étagent, depuis les Intelligences élevées de la région spirituelle, jusqu’aux élémentals sub-conscients les plus infimes du monde physique. Sur chaque plan, l'esprit et la matière se trouvent unis dans chaque atome, chacune de ces particules ayant la matière pour corps et l’Esprit pour vie; toute agrégation indépendante, toute forme

LES PLANS DE LA NATURE

séparée, quelle que soit son espèce ou son type, est animée par ces êtres vivants et change d'échelon suivant les changements de la forme elle-même. Il n’est pas de forme qui ne soit animée ; mais l'entité qui l’anime peut être une des Intelligences les plus élevées, un élémental des plus infimes, ou l’un des êtres compris dans les multitudes innombrables qui s'étendent entre ces deux extrêmes.

Nous allons nous occuper surtout des entités du plan psychique, parce que ce sont elles qui donnent à l’homme son corps du désir (Kâma-Rûpa) — son corps de sensation comme on l’appelle souvent — qui sont formées dans sa matrice astrale et qui vivifient ses sens astraux. Pour employer un terme technique, ces entités sont les élémentals de la forme (Rûpa Devatâs) du monde animal ; ils sont les agents des modifications qui transmutent les vibrations en sensations.

La caractéristique la plus saillante des élémentals kamiques, c'est la sensation, c'està-dire la faculté non seulement de répondre aux vibrations, mais aussi de les ressentir. Le plan psychique fourmille de ces entités, conscientes à des degrés divers, qui reçoivent

toutes sortes d’impulsions et les transforment en sensations. En conséquence, tout être qui possède un corps constitué par l'agrégation de ces élémentals est capable de sensation, et c’est par l’intermédiaire d’un pareil corps que l'homme sent. L’homme n'est conscient ni dans les particules de son corps, ni même dans ses cellules; elles ont une conscience propre qui leur permet d'exécuter les actes divers de cette partie de sa vie qui est végétative ; mais l’homme, dont elles constituent le corps, ne partage pas leur conscience, et ne peut ni les aider ni les gêner consciemment quand elles choisissent, assimilent, sécrètent, construisent; il est incapable, à un moment quelconque, de mettre sa conscience en rapport avec la conscience d'une cellule de son cœur, par exemple, au point de dire exactement ce qu’elle fait. Sa conscience fonctionne normalement sur le plan psychique, et même dans les régions psychiques supérieures où agit le mental; ce mental est mêlé à Kâma, „ car le mental pur ne fonctionne pas sur ce plan astral.

Le plan astral regorge d’élémentals semblables à ceux qui entrent dans le corps du

LES PLANS DE LA NATURE

désir de rhomme et qui forment aussi le corps du désir plus simple de l’animal inférieur. Par cette partie de sa constitution, Thomme entre en rapport direct avec les élémentals, et forme par leur intermédiaire des liens avec tous les objets qui l'entourent, qu'ils soient pour lui attractifs ou répulsifs.

Par sa volonté, ses émolions, ses désirs, il influence ces êtres innombrables dont la sensibilité répond aux tressaillements qu il irradie en tous sens. Son propre corps du désir agit à la façon d'un appareil, et, de même qu'il change en sensations les vibrations venant du dehors, il transforme aussi en vibrations les sensations qui naissent en lui.

Nous sommes maintenant à même de mieux comprendre les paroles du Maître. L’esprit, en agissant dans sa région propre, dans la matière subtile du plan psychique supérieur, engendre des images, des formes-pensées.

L’imagination a été, avec beaucoup de raison, appelée la faculté créatrice de l’esprit ; et ceci est plus vrai, littéralement, que ne le supposent ceux qui emploient cette expression. Cette faculté de donner naissance à des images est le pouvoir caractéristique de l’esprit ; un vocable n’est qu’une tentative maladroite pour représenter partiellement une image mentale. Une idée, une image mentale est toujours compliquée ; pour la traduire avec soin, toute une phrase peut être nécessaire ; on saisit une de ses particularités saillantes et l’on se

sert du mot exprimant cette particularité pour représenter fort imparfaitement le tout. Quand nous disons « triangle », ce mot évoque dans l’esprit de celui qui l’entend, une image qui, pour être rendue complètement par des mots, demanderait une longue description. C’est à l’aide de symboles que nous pensons le mieux; puis, laborieusement et imparfaitement, nous résumons ces symboles par des mots. Dans les régions où l’esprit parle à l’esprit, l'expression est parfaite et bien au-dessus de tout ce que peuvent rendre des mots; même dans la transmission de pensée d’ordre peu élevé, ce ne sont pas des mots qui sont transmis, mais des idées. L’orateur rend de son mieux à l’aide de mots telle partie de ses images mentales ; ces mots font naître dans l’esprit de ses auditeurs des images correspondant à celles qu’il a lui-même dans l’esprit. L’esprit opère avec des tableaux et des images et non avec des mots ; la moitié des controverses et des malentendus provient de ce qu’on applique les mêmes mots à des images différentes ou de ce qu’on représente par des mots différents les mêmes images. *

La forme-pensée est donc une image men-

taie créée — ou moulée — par l’esprit, à l’aide de la matière subtile du plan psychique supérieur où, comme nous l’avons vu, il opère. Cette forme, composée des atomes de la matière de cette région, qui sont animés d'un mouvement vibratoire rapide, suscite tout autour d’elle des vibrations ; celles-ci feront naître des sensations de son et de couleur dans toutes les entités susceptibles de les traduire comme telles ; et comme la forme-pensée s'échappe et sort, ou — suivant l’expression qu’on pourra préférer pour exprimer ce mouvement — plonge plus profondément dans la matière plus dense des régions psychiques inférieures, ces vibrations se répandent dans toutes les directions, sous forme de couleur chantante, et attirent les élémentals de cette couleur sur la forme-pensée dont elles proviennent.

Tous les élémentals, comme toutes les autres parties de l’univers, appartiennent à l’un ou à l’autre des septs rayons primaires, des sept premiers Fils de la Lumière. La lumière blanche procède du troisième Logos, — Esprit divin manifesté, — sous forme de septs rayons, les « Sept Esprits qui sont de-

vant le Trône » ; chacun de ces rayons comporte sept sous-rayons, et ainsi de suite, en subdivisions consécutives. Il y a donc, au milieu des différenciations sans fin qui composent un univers, des élémentals correspondant à ces diverses subdivisions, et I on entre en communication avec eux, au moyen d'un langage des couleurs basé sur la nuance à laquelle ils appartiennent. Voilà pourquoi la connaissance réelle des sons, des couleurs et des nombres, — le nombre étant la base et du son et de la couleur, — a toujours été tenue si secrète, caria volonté s’en sert pour parler aux élémentals, et la connaissance donne le pouvoir de leur commander.

Le maître K. H. désigne bien nettement le langage des couleurs quand il dit :

Comment pourriez-vous vous faire comprendre de ces forces semi-intelligentes , quil s agit, en fait , de commander , qui ne peuvent pas communiquer avec nous au moyen de paroles prononcées , mais par des sons et des couleurs dont les vibrations correspondent aux leurs ? Le son , la lumière , la couleur sont , en effet , les facteurs principaux de la forma-

tion de ces catégories d' intelligences , de ces êtres , f/e l'existence positive desquels vous n'avez nulle idée , et en qui il ne vous est guère possible de croire , puisque les athées aussi bien que les chrétiens , /es matérialistes aussi bien que les spiritualistes , apportent leurs arguments respectifs à l'encontre , e/ que la science s oppose plus encore que tous ceux-là à une superstition « awssï dégradante » (1).

Ceux qui étudient les temps passés peuvent se souvenir des allusions voilées faites de temps à autre à un langage des couleurs, et se rappeler que, dans l’Égypte ancienne, on écrivait en couleurs les manuscrits sacrés et Ton punissait de mort les erreurs de copie. Mais je ne dois pas m’engager dans ce chemin écarté si attrayant. Retenons seulement ce fait : c'est par les couleurs qu’on communique avec les élémentals et les mots colorés sont pour eux aussi intelligibles que les mots parlés le sont pour les hommes.

La nuance de la couleur sonore dépend du motif qui inspire l’auteur de la forme-pensée.

(1) Le Monde occulte, p. 187.

Si ce motif est pur, charitable, bienfaisant, la couleur produite attirera vers la forme-pensée unélémental qui revêtira le caractère du motif instigateur et agira dans le sens désigné. Cet élémental pénètre dans la forme-pensée et y joue le rôle d'âme; il en résulte la formation dans le monde astral d’une entité indépendante d’un caractère bienfaisant. Le motif est-il au contraire impur, vindicatif, malfaisant: la couleur produite attirera unélémental qui, d'une manière analogue, revêtira la caractéristique imposée à la forme et agira suivant la ligne ainsi tracée. Dans ce cas aussi I’élémental entre dans la forme-pensée, y joue le rôle d'âme et constitue dans le monde astral une entité indépendante, d’un caractère malfaisant. Par exemple, une pensée de colère émettra un éclat rouge, la forme- pensée vibrant de telle sorte qu'il se produit du rouge; cet éclat rouge appelle des élémentals qui s'élancent vers celui qui les attire et l’un d’eux pénètre la formepensée à laquelle il donne une activité indépendante d’un genre destructeur, désorganisa* teur.

Sans s’en douter, les hommes parlent continuellement ce langage des couleurs et appel-

lent ainsi autour d’eux ces essaims d’élémentalsqui s’établissenl dans les diverses formespensées disponibles. C’est de cette façon que l’homme peuple son courant dans l'espace avec un monde à lui , tout rempli des créatures de son imagination , de ses désirs , de ses impulsions et de ses passions. De tous côtés, des anges et des démons créés par nous-mêmes se pressent en foule autour de nous, agents de bien ou de mal pour le prochain aussi bien que pour nous-mêmes, véritable armée karmique.

Les clairvoyants peuvent apercevoir dans Paura qui enveloppe chaque personne des couleurs dont Péclat change constamment; chaque pensée, chaque sentiment se traduit ainsi dans le monde astral, et devientqoerceptible pour la vue astrale. Ceux qui sont un peu plus développés que les clairvoyants ordinaires peuvent voir également les formespensées et les effets produits par des éclats colorés parmi les hordes d'élémentals.

Ces formes-pensées, animées par les élémentals, ont une existence dont la durée dépend premièrement de l’intensité initiale, de l’énergie donnée par leur créateur humain et, secondement, de la nourriture qui leur est ensuite procurée par la répétition de la même pensée due à l’auteur ou à d’autres. Leur existence peut être continuellement renforcée par celte répétition. Toute pensée que l’on couve, qui est l’objet d’une méditation fréquente, acquiert une grande stabilité de forme sur le plan psychique. De même les formes-pensées de semblable nature s’attirent, se renforcent mutuellement, constituent une forme pourvue abondamment d’énergie et d'intensité et pouvant agir dans le monde astral.

Les formes-pensées sont rattachées à leur

auteur par un lien que, à défaut d'une meilleure expression, nous appellerons magnétique; elles réagissent sur lui en produisant une impression qui incite à les reproduire; et lorsque, comme dans le cas cité plus haut, elles viennent à être renforcées par leur répétition, il peut en résulter une habitude de penser bien déterminée, il se formera un moule où la pensée se déversera facilement, bienfaisante si elle est d’une nature élevée (un noble idéal, par exemple), mais la plupart du temps fâcheuse, faite pour entraver le développement mental.

Arrêtons-nous un moment sur la formation de cette habitude; elle montre en petit, d’une façon très instructive, le fonctionnement de Karma. Supposons que nous puissions prendre un mental tout fait, n’ayant point derrière lui d’activité passée(cas impossible, bien entendu, mais dont l’hypothèse sera utile à l’étude de ce point spécial ï. Imaginons que ce mental travaille spontanément, en parfaite liberté, et produise une forme-pensée; il se mettra à la répéter souvent, jusqu’à ce que une habitude de penser ait pris naissance, une habitude bien définie où la pensée se glisse incon-

sciemment, par laquelle ses énergies seront canalisées sans un effort conscient et déterminé de la volonté. Admettons maintenant que ce mental vienne à désapprouver cette habitude de pensée, la considérant comme une entrave à son progrès. Originairement due à l'action spontanée de l’esprit, et faite pour faciliter le débit de l'énergie mentale en lui procurant un canal tout fait, cette habitude a - fini par devenir un obstacle; et si l’esprit veut s*en débarrasser, il ne le peut que par la répétition de l’acte spontané tendant à affaiblir et à détruire définitivement cette entrave vivante.

Nous avons là un petit cercle karmique idéal parcouru rapidement : l’esprit libre s’est créé une habitude qui a limité ses possibilités, mais il n’en a pas moins gardé sa liberté, tout en restant dans ces limites mêmes et peut, de l’intérieur, les attaquer et travailler jusqu’à ce qu'il les ait détruites. Naturellement nous ne nous sentons jamais libres à l’origine, car nous venons au monde chargés par les chaînes forgées par notre propre passé ; mais le processus concernant chacun de ces liens suit la filière indiquée : l'esprit forge la chaîne,

la porte et, tout en la portant, peut s’en défaire.

Les formes-pensées peuvent également être dirigées parleur auteur vers telle ou telle personne qui, suivant la nature de Pélémental qui les anime, peut en éprouver du bien ou du mal. Ce n’est pas uniquement une fantaisie poétique de croire que les bons souhaits, les prières ou les pensées affectueuses ont de l’influence sur ceux vers qui ils sont envoyés, car ils forment autour de l'être affectionné une garde protectrice qui détourne plus d’une influence fâcheuse, plus d’un danger.

Ce n’est pas tout pour l’homme que d'engendrer et de projeter ses formes-pensées ; comme un aimant, il attire encore du plan astral qui l’entoure les formes-pensées des autres qui sont de l’espèce à laquelle appartiennent les élémentals qui animent les siennes propres. Il peut se procurer ainsi du dehors des renforts considérables d’énergie, et il ne tient qu'à lui que ces forces, qu’il fait passer du monde extérieur en son être, soient bienfaisantes ou malfaisantes. Ses pensées sont-elles pures et nobles? il attire à lui une foule d’entités bienfaisantes, au point de se

demander parfois, avec étonnement, d'où lui vient la faculté d’accomplir de grandes actions qui semble, et à juste titre, dépasser de beaucoup ses propres pouvoirs. Par contre, celui qui nourrit des pensées mauvaises et viles, appelle à lui des légions d'entités malfaisantes, et ce surcroît de force pour le mal le porte à des crimes qui le surprennent luimême, quand il regarde en arrière. « Quelque diable m’aura tenté », s’écriera-t-il ; et ce sont, en effet, ces forces diaboliques, attirées par sa propre perversité, qui sont venues augmenter celle-ci de l’extérieur.

Les éléinentals qui animent les formespensées bonnes ou mauvaises se lient à ceux du corps du désir de l’homme et à ceux de ses propres formes-pensées, et ils opèrent en lui tout en venant du dehors. Mais il faut pour cela qu’ils rencontrent des entités de leur espèce avec lesquelles ils puissent avoir des affinités, sans quoi ils ne peuvent exercer aucune influence. Bien plus, quand ils sont d’espèce opposée, ils se repoussent; c’est ainsi que l’homme bon chassera par son atmosphère même, par son aura, ce qui est impur et mauvais. 11 est entouré comme

d’un mur protecteur qui le met à l’abri du mal.

Il y a encore une autre forme d’activité élémentale, qui produit des résultats immenses et qu'il ne faut pas omettre dans cette étude préliminaire des forces qui vont donner naissance au Karma. Comme les forces étudiées plus haut, elle résulte de ce que ces formespensées peuplent le courant qui réagit sur toute organisation sensitive ou nerveuse qui vient à son contact, proportionnellement à F intensité dynamique de celle-ci. Jusqu’à un certain point presque tout le monde en est affecté, bien que l’effet soit plus considérable pour les organisations plus sensitives. Les élémentals ont une tendance à se porter vers d’autres êtres de nature similaire ; ils se groupent en classes, étant par essence portés à vivre en bandes. Aussi la forme-pensée projetée par un homme, non seulement reste en rapport magnétique avec lui, mais va vers toutes celles de même type, se réunit à elles sur le plan astral, en formant, suivant le cas, une force bienfaisante ou malfaisante, qui prend corps en une sorte d’entité collective. (Test aux agrégations de formes-pensées similaires que sont dues les

caractéristiques parfois frappantes de l’opinion dans les familles, dans les localités et dans les nations, parce qu elles composent une sorte d’atmosphère astrale, à travers laquelle on voit toutes choses, et qui colore ce que Ton regarde ; elles réagissent sur le corps du désir des personnes comprises dans les groupements en question, et suscitent en elles des vibrations synchrones. Ces entourages karmiques touchant la famille, la localité, ou la nation, modifient grandement l’activité de l’individu et limitent considérablement sa faculté de manifester les capacités qu’il a en puissance. Présentez-lui une idée: il ne la verra qu'à travers cette atmosphère qui l'entoure et qui, forcément, la colore et la défigurera fort peutêtre. Ici apparaissent des obligations karmiquesdont l’effet se répercute au loin et qui feront l’objet d’explications ultérieures.

Ces agrégalions d’élémentals ne bornent pas leur influence à celle qu’ils exercent sur les hommes au moyen de leur corps du désir. Si cette entité collective, comme je l’ai dénommée, se compose de formes-pensées dangereuses, les élémentals qui les animent agissent comme forces de destruction et causent

souvent de grands ravages sur le plan physique. Tourbillon d'énergies désagrégeantes, ils sont les sources abondantes d’accidents, de convulsions de la nature, de tempêtes, d’ouragans, de cyclones, de tremblements de terre et de déluges. Nous parlerons aussi plus loin de ces résultats karmiques.

Si nous avons bien saisi les rapports qui existent entre rhomme, le règne élémental et les énergies constructrices du mental, — énergies vraiment créatrices, en ce qu’elles appellent à l’existence les formes vivantes que nous avons décrites, — il nous est possible de comprendre, au moins en partie, quelque chose de la génération du Karma et de son fonctionnement, pendant une période d'existence. Je dis « période d’existence » de préférence à « existence » simplement, parce que celleci est trop courte si on la considère au sens ordinaire d’une seule incarnation, tandis qu'elle est trop vaste si on la prend pour 1 existence totale, comprenant de nombreuses étapes faites avec un corps physique et d’autres, nombreuses aussi, faites sans lui. Par

période d’existence, j’entends un court cycle d’existence humaine, avec ses expériences physiques, astrales et dévachaniques, y compris son retour au seuil du monde physique, — les quatre étapes distinctes par lesquelles l'àme passe pour compléter son cycle. Ces étapes sont faites et refaites plusieurs fois pendant le voyage de l’éternel pèlerin, au cours de notre humanité présente, et malgré la grande diversité des expériences qui, au cours de chaque période semblable, varient en quantité aussi bien qu’en qualité, ladite période comprendra, pour la moyenne des hommes, ces quatre étapes et pas davantage.

Il est important de bien comprendre que l’on séjourne hors du corps physique beaucoup plus longtemps, que dans ce même corps ; on comprendrait très insuffisamment l’action de la loi karmique si l’on n'étudiait pas le mode d activité de l’Ame dans sa condition extra-physique. Rappelons les paroles d’un Maître, qui indiquent que la vie hors du corps est la seule vraie.

Les Védantins, tout en reconnaissant deux sortes d'existence consciente. , la terrestre et

la spirituelle , signalent cette dernière comme la seule dont la réalité actuelle soit incontestable. Quant à la vie terrestre, par sa mobilité et sa brièveté , elle nest rien autre quune illusion de nos sens. Notre vie dans les sphères spirituelles doit être considérée comme une réalité , parce que c est là que vit notre Moi éternel , immuable , immortel , le Sutràt -

ma . Voilà pourquoi nous disons quêta

vie posthume est la seule réalité , et que la vie terrestre , g compris la personnalité, est imaginaire (i .

Pendant la vie terrestre, l’activité de l Ame se manifeste plus directement dans la création des formes-pensées déjà décrites ; mais afin de suivre avec quelque exactitude Faction de Karma, il nous faut maintenant analyser le terme « forme-pensée », et ajouter certaines considérations forcément laissées de côté dans la vue d’ensemble exposée aù début. Agissant en tant que esprit, l’Ame crée une image mentale, la « forme-pensée » primitive (2). Conservons ce terme d’image mentale pour

(1) Lucifer , octobre 1892. Art. « La Vie et la Mort ».

(2) Cf. plus haut, p. H et suivantes.

représenter exclusivement la création immédialedel’esprit et, dorénavant, restreignons-en le sens au stage initial de ce que Ton entend, en général, par forme-pensée. Cette image mentale reste liée à son créateur, comme partie constituante de sa conscience; c’est une forme vivante et vibrante de matière subtile, le verbe exprimé en pensée mais non en corps par la parole, conçu mais non encore fait chair. Que le lecteur concentre son esprit un moment sur cette image mentale, pour en obtenir une notion distincte, isolée de tout le reste, séparée des résultats qu'elle va produire sur les plans autres que le sien propre. Elle fait, nous venons de le voir, partie intégrante de la conscience de son créateur, partie de sa propriété inaliénable; elle ne peut être séparée de lui ; il la porte avec lui pendant sa vie terrestre ; il franchit avec elle les portes de la mort; il l’emporte dans les régions d’outretombe ; et si, pendant son voyage ascensionnel dans ces régions, il passe dans un air trop raréfié pour elle, il laisse derrière lui la partie la plus dense de sa matière et entraîne la matrice mentale, la forme essentielle ; à son retour dans la région plus grossière, la matière

de ce plan est de nouveau moulée dans la matrice mentale et la forme appropriée, plus dense, est créée. Cette image mentale peut rester en sommeil pendant longtemps, mais elle peut aussi être réveillée et revivifiée ; toute impulsion nouvelle de la part de son créateur, de ses propres créatures à elle (comme nous le verrons plus loin) ou des entités d'un même genre que ses créatures — vient accroître l’énergie de sa vie et modifier sa forme.

On verra qu’elle évolue d’après des lois définies, et que c’est l’assemblage de ces images mentales qui constitue le caractère de l’individu. L’extérieur est le miroir de l’intérieur, et, de même que les cellules s’assemblent dans les tissus du corps et subissent souvent de sérieuses modifications pendant ce travail, de même les images mentales se groupent et composent les caractéristiques de l’esprit, subissant souvent de grandes modifications. L’étude du fonctionnement de Karma jettera beaucoup de lumière sur ces changements. Les facultés créatrices de l’Ame peuvent utiliser bien des matériaux pour la formation des images mentales. Si l’Ame est mue par le

désir (Kâma), elle construit l’image d’après les suggestions de la passion ou de l’appétit ; si c’est un idéal plein de noblesse qui la stimule, elle agira en conséquence pour la création de l’image; celle-ci pourra être conformée d’après des conceptions purement intellectuelles, si telle est la tendance dominante. Mais, noble ou vile, intellectuelle ou passionnelle, utile ou nuisible, divine ou bestiale, elle n’en demeure pas moins en l’homme une image mentale, produit de l’Ame créatrice et dont dépend le Karma individuel. Sans cette image mentale, il ne peut y avoir de Karma individuel pour relier une période d'existence à une autre ; la présence de la qualité manasique est nécessaire pour fournir l’élément permanent dans lequel se fixe le Karma individuel. Aussi, dans les règnes minéral, végétal et animal, l’absence de Manas a pour corollaire la non-génération d’un Karma individuel pouvant s’étendre par la mort d’une existence à l’autre.

Considérons maintenant le rapport qui existe entre la forme-pensée primitive et la forme-pensée seconde, ou entre la formepensée pure et simple et celle qui est animée,

entre l’image mentale et l'image astro-mentale, ou forme-pensée du plan astral inférieur. Comment est-elle produite ? Qu’est-elle ? Nous servant du symbole employé plus haut, nous dirons qu’elle est produite par le Verbe pensé devenu Verbe parlé ; l’Ame émet la pensée, tel un souffle et le son devient forme dans la matière astrale ; de même que les idées de l’Esprit Universel deviennent 1 univers manifesté dès qu’elles sont émises, de même les images mentales deviennent, quand elles sont émises dans l’esprit humain, l’univers manifesté de leur créateur. Il peuple son courant dans l'espace avec un monde à lui. Les vibrations de l’image mentale en éveillent d’analogues dans la matière astrale plus dense et celles-ci produisent la forme-pensée secondaire que j'ai appelée image astro-mentale ; l’image mentale proprement dite reste, comme il a été déjà dit, dans la conscience de son créateur, mais ses vibrations en sortent et reproduisent sa forme dans la matière plus dense du plan astral inférieur. C’est là la forme qui fournit une enveloppe à une partie de l'énergie élémentale, la particularisant pendant le temps que la forme dure, puisque l’élément mâna-

sique de cette forme donne une teinte d’individualité à ce qui l’anime. (Que les correspondances dans la Nature sont donc merveilleuses et lumineuses !) C’est là l’entité active dont parle le Maître dans sa description et c'est cette image astro-mentale qui franchit les bornes du plan astral, conservant avec son auteur le lien magnétique dont il a été question (1), réagissant sur l’image mentale dont elle provient, et agissant également sur les autres. La durée d’une image astro-mentale est pins ou moins longue suivant les circonstances, mais sa disparition n'affecte pas la persistance de l’image mentale ; toute nouvelle impulsion donnée à cette dernière, lui fait produire à nouveau sa contre-partie astrale de la même façon que toute répétition d’un mot produit une forme nouvelle.

Les vibrations de l’image mentale ne descendent pas seulement au plan astral inférieur, mais elles montent aussi au plan spirituel qui est au-dessus (2) ; et de même quelles

(1) Cf. plus haut, p. 21 et le tableau, p. 9.

(2) Ces mots : monter et descendre, peuvent induire en erreur, car, en réalité, les plans se pénètrent les uns les autres.

donnent lieu à une forme plus dense sur le plan inférieur, elles génèrent une forme beaucoup plus subtile, — puis-je même dire une forme ? car ce n’en est pas une pour nous — sur le plan supérieur, dans PAkâsha, cette matière du monde émanée du Logos luimême. L’Akâsha est le magasin de toutes les formes, le trésor où l’Esprit Universel infiniment riche verse les abondantes réserves des idées qui doivent prendre corps dans un univers (Cosmos) donné; c’est là aussi que pénètrent les vibrations qui, dans le Cosmos, sont dues à toute pensée de toutes les intelligences, tous les désirs de toutes les entités kâmiques et toutes les actions accomplies par toutes les formes, sur tous les plans. Toutes laissent leur empreinte, produisant les images de tout ce qui arrive, images sans forme pour nous, mais bien précises pour les intelligences spirituellesélevées;et ces images akàshiques, comme nous les désignerons dorénavant, subsistent ainsi à jamais et sont les véritables annales karmiques, le livre des Lipikas (1) que peuvent lire tous ceux qui ont « l’œil

(1) Doctrine secrète , I., édition franç., p. 118.

ouvert de Dangma (1) ». C’est la réflexion de ces images akâshiques que l’attention exercée peut projeter sur Pécran de la matière astrale

— à la façon d’un tableau projeté sur un écran par une plaque dans une lanterne magique,

— de sorte qu’une scène du passé peut être reproduite dans sa réalité vivante et la justesse de ses détails, si lointaine que soit son existence ; car elle existe dans les annales akâshiques, imprimées une fois pour toutes. De toute page de ces annales un voyant exercé peut tirer un tableau vivant et mobile, le dramatiser sur le plan astral et y vivre lui-même.

En suivant cette description imparfaite, le lecteur pourra se faire une certaine idée du Karma en tant que cause. Dans PAkâsha se peindra l’image mentale créée par l’Ame et inséparable d’elle, et aussi l’image astromentale qui en émane, créature active et animée parcourant le plan astral et produisant des effets innombrables, tous exactement représentés dans leurs rapports avec elle ; ces effets permettent de remonter à l’image et par

(1) Doctrine secrète , stance I du livre de Dzyan et voir

celle-ci jusqu’à son auteur, au moyen de fils que l’image astro-mentale aurait tissés pour ainsi dire de sa propre substance, à la façon d’une araignée, et reconnaissables chacun à sa nuance particulière. Quel que soit le nombre des fils qui ont pu avoir été ainsi tissés en vue d'un certain effet à obtenir, chacun d’eux est reconnaissable et peut être suivi jusqu’à son auteur premier qui est l’Ame créatrice de l'image mentale. C’est ainsi que nous pouvons, à l’usage de nos intelligences épaisses et terre à terre, montrer, en un langage pauvre et insuffisant, comment les grands Seigneurs du Karma, administrateurs de la loi karmique, embrassent d’un seul coup d’œil la responsabilité de chaque individu, l’entière responsabilité de l’Ame eu égard à l’image mentale qu’elle crée, et sa responsabilité partielle quant aux effets lointains de cette image, — responsabilité plus ou moins grande, chaque résultat étant fait aussi d’au. tres fils karmiques qui ont contribué à sa formation. Par là, également, nous pouvons comprendre le rôle prédominant que les mobiles jouent dans le fonctionnement de Karma et pourquoi les actes sont relativement limi-

tés dans leur énergie créatrice ; pourquoi Karina agit sur tous les plans en conformité avec les éléments constitutifs de chacun d’eux, tout en reliant ces plans Pun à l’autre par un fil continu.

Les conceptions lumineuses de la Religion Sagesse versent à (lots leur lumière sur le monde, dispersant ces ténèbres, et révélant Paction de Injustice absolue sous l’apparence des absurdités, des inégalités et des accidents de la vie; il ne faut donc pas s'étonner de voir nos cœurs se fondre en une reconnaissance inexprimable envers ces Grands Etres — bénis soient-ils ! — qui tiennent haut la torche de la vérité au milieu de l’obscurité profonde, et nous libèrent de la tension qui allait nous briser, de l'agonie désolante quece serait d'assister à des maux en apparence sans remède, de ne pas espérer en la justice, de ne plus compter sur Pamour :

Vous ir êtes pas captifs ! Douce est l’Ame des choses; Le cœur de l’Être c’est le céleste repos;

Vouloir c’est triompher du mal : le Bien passé Qui fut depuis Meilleur doit devenir le Mieux.

Telle est la Loi qui fait s’accomplir la justice

Que personne, à la fin, ne détourne ou n’arrête;

Elle a pour cœur l’Amour, et son but, le voici : Paix, douce exécution du Sort. — Obéissez!

Peut-être semblerons nous plus clair en faisant un tableau montrant les triples résultats de raction de l’Ame, qui, considérés en principe plutôt qu’en détail, concourent à édifier le Karma en tant que cause. Voici ce que nous aurons pendant une période d’existence :

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