KEAN, LE PRINCE DE GALLES, LE COMTE DE ROEFELD SALOMON
LE PRINCE, entrant et regardant de tons côtés.
Vous ue vous doutez pas d'une chose, monsieur le comte : c'est qu'en entrant dans la loge de Romeo, nous avons fait fuir Juliette.
LE COMTE
Vraiment?
KEAN
Oh ! quelle idée folle, monseigneur! Voyez, cherchez.
LE PillNCE.
Oh ! une loge d'acteur, c'est machiné comme un château d'Anne Radclilfe... Il y a des trappes invisibles qui donnent dans des souterrains, des panneaux qui s'ouvrent sur des corridors inconnus, des...
KEAN, an Comte.
Combien je suis reconnaissant à Votre Excellence d'avoir daigné venir dans h loge d'un pauvre acteur 1
LE PRINCE
Oh! ne vous en prenez pas à votre mérite, monsieur le fat! mais à la curiosité... Le comte, tout diplomate qu'il est, n'avait jamais mis le pied dans les coulisses d'un théâtre, et il a voulu voir...
KEAN
Un acteur qui s'habille, j'en préviens Votre Altesse. Nous avons, monsieur le comte, une étiquette bien plus sévère à
o])seryer, nous autres cqurtisan? du iiu|)lic, que vqus, me§scigneurs les courtisajis du roi. U (wt qup np,u§ soyoas pvèts à l'heure, sous peine d'être sifflé? ; et, tenez, voilà la seconde fois que l'on sonne; ainsi vous permettez?...
LE COMTE
Eh ! mon Dieu, faites comme si nous n'étions pas là,.c à pioin's que notis ne vpus gpnipns.
KEAN
Point du tout...
SiLQUON, entrant Ble voilà, maître.
EEÀIK.
Mais, auparavant, monseigneur, reprenez, je vous prie, ce billet.
LE PRINCE
Point ! c'est Ip prix de ma loge, qu'il me plaît de payer à vous, monsieur l'Écossais, au lieu de le payer à la location
EEAN.
A ce titre, je l'accepte... Allons, Salomon, mpu ajî^i, \,u S9is ce qu'il faut faire de cet argent.
(Il passe derrière une draperie.) LE COMTE, au Prince.
Et VOUS croyez qu il était avpc une femme.'
LE PRINCE
J'en suis sûr.
Lç CQ^T^> Miss Anna, peut-être.
LE PRINCE
Oh! c'est fort difficile à savoir...
LE COMTE, apercevant l'éventail oublié par sa femme. Eh pieu, je le saurai, moi, je vous en réponds...
(Il met i'éveiimi dai^ $a pqcàe.)
LE PRISCB.
Et comment cela?
LE COMTE
C'est un secret diplomatique,
KEAN, derrière la tapisserie.
Eh bien. Votre Altesse, quelles nouvelles?
LE PRINCE
Aiicune l^ien in^pprlante... Ah! un insolent qui, je crois,
KEAN 171
a Insulté lord Mewill, hier au soir, à la taverne du Trou du Charbon.
LE CO»TB
Et pourquoi cela ?
KEAN
Parce que lord Jlewill avait refusé de se battre avec lui, sous le prétexte qu'il était liii comédîeh?... Oui, j'ai entendu parler de cela, ce me semble.
LB PRINCE
Que dités-voiis dé l'exciise, monsieur le comte ?
Je ne sais pas quelles sont, sous ce rapport, les hçibitiides anglaises, monseigneur; mais je sais que, nous autres Allemands, quand nous nous croyons insultés, nous nous battons avec tout le monde, excepté avec les voleurs, dont les galères se chargent de nous faire justice.
KEAN, revenant en scène avec son maillot él ses souliers à la poulaiiDe.
Bien, monsieur le comte! vous avez un noble cœur, et les Allemands sont un noble peuplé... Je vous proineis d'aller me faire tuer à Vienne.
LÉ COMTÉ
Et vous y serez le bien reçu; en attendantj^ je .reipercie le prince de m'avoir introduit dansi le sanctuaire des arts.
KEAN
Et moi, ftiorisiéur le comte, je vous présente mes excuses de ce que le grand prêtre vous y a reçu dès le premier jour comme un initié.
LE COMTE
tlîssons-iiôus M. Éean achever sa toilette, monseigneur?
KEAN, bas, au Prince.
Je désirerais vivement parler à Votre Altesse.
LE PRINCE
Allez toujours, comte, je vous rejoins.
LE COMTE
Vôffe Aïfessè sait le numéro de la loge?
LE PRINCE
Oui, à 'Avant-scène! (Bas.) Vous me direz, n'est-ce pas?
LE C<).nTE.
Soyez tranquille, (il salue.) Monsieur Kean...
KEÂN, s'incliuant.
Monseigneur...
(Le Comte lort.)