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Les cailles (1) sont constamment plus petites que les perdrix ; elles n'ont point derrière les yeux cet espace nu et sans plumes qu'ont les perdrix, ni ce fer à cheval que les mâles de celles-ei ont sur la poitrine; jamais on n’a vu de véritables cailles à becet pieds rouges ; leurs œufs sont plus petits et d’une toute, autre couleur; leur voix est aussi différente, et quoique les unes et les autres fassent entendre leur cri d'amour à-peu-près dans le même temps, il n’en est pas de même du cri de colère, car la perdrix le fait entendre avant de sebattre,
(x) En lalin, coturnix; en espagnol, cuaderviz; en italien, quaglia; en allemand, wachtel; en .
anglais, quai/.
et la caille en se battant; la chair de celle-ci est d’une saveur et d’une texture toute différentes; et elle est beaucoup plus chargée de graisse; sa vie est plus courte; elle est moins rusée que la perdrix, et plus facile à attirer dans le piège, surtout lorsqu'elle est encore jeune et sans expérience. Elle a les mœurs moins douces et le naturel plus rétif; car il est extrêmement rare d’en voir de privées: à peine peut-on les accoutumer à venir à la voix, même lorsqu'elles ont été renfermées de jeunesse dans une cage. Elle a les inclinations moins sociales; car elle ne se réunit guère par compagnies, si ce n’est lorsque la couvée, encore jeune, demeure attachée à la mère, dont les secours lui sont nécessaires, ou lorsque, par la même cause, on en voit des troupes nombreuses traverser les mers et aborder dans le même pays : mais cette association forcée ne dure qu’autant que la cause qui l’a produite; car dès que les cailles sont arrivées dans le pays qui leur convient, et qu’elles peuvent vivre à leur gré, elles vivent solitairement.
Les cailleteaux sont en état de courir presque en sortant de la coque, ainsi que les perdreaux; mais ils sont plus robustes à quelques égards, puisque, dans l’état de liberté, ils quittent la mère beaucoup plus tôt, et que même dès le huitième jour, on peut entreprendre de les élever sans son secours.
Elles quittent leurs plumes deux fois par an, à la fin de l'hiver et à la fin de l'écé : chaque mue dure un mois; et lorsque leurs plumes sont revenues, elles s’en servent aussitôt pour changer de climat si elles sont libres; et si elles sont en cage, c’est le temps où se marquent ces inquiétudes périodiques qui répondent au temps du passage.
Il ne faut aux cailleteaux que quatre mois pour prendre leur accroissement et se trouver en état de suivre leurs pères et mères dans leurs voyages.
La femelle diffère du mâle en ce qu’elle est un peu plus grosse, qu’elle a la poitrine blanchâtre, parsemée de taches noires et presque rondes, tandis que le mâle l’a roussâtre, sans mélange d’autres couleurs. Il a aussi le bec noir, ainsi que la gorge et quelques poils autour de la base du bec supérieur.
Le mâle et la femelle ont chacun deux cris, l’un plus éclatant et plus fort, l'autre plus faible. Le mâle fait ouan, ouan, ouan, ouan; il ne donne sa voix sonore que lorsqu'il est éloigné des femelles, et il ne la fait jamais entendre en cage pour peu qu’il ait une compagne avec lui. La femelle a un cri que tout le monde connaît, qui ne lui sert que pour rappeler son mâle; et quoique ce cri soit faible, et que nous ne puissions l'entendre qu’à une petite distance, les mâles y accourent de près d’une demi-lieue.
La caille, ainsi que la perdrix et beaucoup d’autres animaux, ne produit
que lorsqu'elle est en liberté : on a beau fournir à celles qui sont prisonnières dans les cages tous les matériaux qu'elles emploient ordinairement dans la construction de leurs nids , elles ne nichent jamais et ne prennent aucun soin des œufs qui leur échappent et qu’elles semblent pondre malgré elles.
On juge bien qu'avec l'habitude de changer de climat, -et de s’aider du vent pour faire ses grandes traversées , la caille doit être un oiseau fort répandu : et en effet, on la trouve au-cap de Bonne-Espérance et dans toute l'Afrique habitable, en Espagne , en Italie, en France, en Suisse, dans les Pays-Bas et en Allemagne, en Angleterre, en Écosse, en Suède, et jusqu’en Islande; et du côté de l’est, en Pologne , en Russie, en Tartarie et jusqu’à la Chine. Il est même très probable qu’elle a pu passer en Amérique. En général, on en voit toujours plus sur les côtes de la mer et aux environs que dans l'intérieur des terres.
La caille se trouve donc partout, et partout on la regarde comme un fort bon gibier, dont la chair est de bon goût et saine.
On se sert aussi de la femelle, ou d’un appeau quiimite son cri, pour attirer les mâles dans le piège ; on dit même qu'il ne faut que leur présenter un miroir avec un filet au devant, où ils se prennent en accourant à leur image, qu'ils prennent pour un autre oiseau de leur espèce : à la Chine, on les prend au vol avec des troubles légères que les Chinois manient fort adroitement; et, en général, tous les pièges qui réussissent pour les autres oiseaux, sont bons pour les cailles, surtout pour les mâles, qui sont moins défians que leurs femelles , et que l’on mène partout où l’on veut en imitant la voix de celles-ci.