‹ Keepsake d'histoire naturelleChapitre 112 sur 171 · PERROQUET VERT · texte numérisé non relu

PERROQUET VERT

(Blair)

Ce perroquet (1) n’est analogue à aucune espèce des perroquets du Nouveau- Monde, il est dela grosseur d’une poule moyenne; il à tout le corps d’un vert vif et brillant; les grandes pennes de l'aile et les épaules bleues; les flancs et le dessous du haut de l'aile d'un rouge éclatant, les pennes des ailes et de la queue sont doublées de brun. Il a quinze pouces de longueur. On le trouve aux Moluques et à la Nouvelle-Guinée, d’où il nous à été envoyé.

C’est à l’occasion de cet oiseau, qu'il est utile de remarquer que les animaux que l’homnie a le plus admirés, sont ceux qui lui ont paru participer à sa nature; il s’est émerveillé toutes les fois qu’il en a vu quelques-uns faire ou contrefaire des actions humaines: le singe, par la ressemblance des formes extérieures, et le perroquet, par limitation de la parole, lui ont paru des êtres privilégiés, intermédiaires entre l’homme et la brute. Les sauvages, très insensibles au grand spectacle de la nature, très indifférens pour toutes ses merveilles, n’ont été saisis d’étonnement qu'à la vue des perroquets et des singes ; ce sont les seuls animaux qui aient fixé leur attention. Ils arrêtent leurs canots pendant des heures entières pour considérer les cabrioles des sapajous, et les perroquets sont les seuls oiseaux qu'ils se fassent un plaisir de nourrir, d'élever, et qu’ils aient pris la peine de chercher à perfectionner.

L’aptitude à rendre les accens de la voix articulée, exige dans l'organe une structure particulière et plus parfaite. La sûreté de sa mémoire, quoique étrangère à l'intelligence, suppose néanmoins un degré d’attention et une force de réminiscence mécanique dont nul oiseau n’est autant doué : aussi, les naturalistes ont tous remarqué la forme particulière du bec, de la langue et de la tête

(x) En latin, psütacus; en allemand, sitich, sickust, papengey (le nom de sittich marque proprement les perruches, celui de pappengey les grands perroquets); en anglais; popinjay où popinsey (les perroquets), maccaws (les aras), perrockeets {les perruches); en espagnol, popagio; eu ilalierr, papagallo (les perroquets), perocchelto (les perruches).

du perroquet. Son bec, arrondi en dehors, creusé et concave en dedans, offre en quelque manière la capacité d’une bouche dans laquelle la langue se meut librement ; le son venant frapper.contre le bord circulaire de la mandibule inférieure, s’y modifie comme il ferait contre une file de dents, tandis que, de la concavité du bec supérieur, il se réfléchit comme d’un palais : ainsi Je son ne s'échappe ni ne fuit pas en sifflement, mais se remplit et s’arrondit en voix. Au reste, c’est la langue qui plie en tons articulés les sons vagues qui ne seraient que des chants ou des cris. Cette langue est ronde et épaisse, plus grosse même dans le perroquet à proportion que dans l’homme ; elle serait plus libre pour le mouvement, si elle n’était d’une substance plus dure que la chair, et recouverte d'une membrane forte et comme cornée.

Ayant plus éminemment qu'aucun animal la facilité d’imiter la parole, le perroquet doit avoir le sens de l’ouïe et les organes dela voix plus analogues à ceux de l’homme ; etce rapport de conformité, qui chez lui est au plus haut degré, se irouve, à quelques nuances près, dans plusieurs autres oiseaux dont la langue est épaisse, arrondie, et de la même forme à-peu-près que la sienne, les sansonnets, les merles, les geais, les choucas, etc., peuvent imiter la parole. Ceux qui ont la langue fourchue, et ce sont presque tous nos petits oiseaux, sifflent plus aisément qu'ils ne jasent. Enfin ceux dans lesquels cette organisation propre à siffler se trouve réunie avec la sensibilité de l'oreille et la réminiscence des sensations reçues par cet organe, apprennent aisément à répéter des airs, c’està-dire, à siffler en musique: le serin, la linotte, le tarin, le bouvreail, semblent être naturellement musiciens. Î

Le perroquet, soit par imperfection d'organes ou défaut de mémoire, ne fait entendre que des cris ou des phrases très courtes, el ne peut ni chanter ni répéter des airs modulés ; néanmoins il imite tous les bruits qu’il entend, le miaulement du chat, l’aboiement du chien et les cris des oiseaux, aussi facilement qu’il contrefait la parole.

Il faut distinguer deux sortes d'imitation : l’une réfléchie ou sentie, et l’autre machinale et sans intention : la première acquise, et la seconde, pour ainsi dire, innée. L'une ne consiste que dans la similitude des mouvemens et des opérations de chaque individu, qui tous semblent être entraînés à faire les mêmes choses ; l'espèce entière n’a pas plus d'intelligence qu’un seul individu, et c’est en cela que consiste la différence de l'esprit à l'instinct. L'autre imitation, qu'on doit regarder comme artificielle, ne peut ni se répartir ni se communiquer à l'espèce; elle n'appartient qu’à l'individu qui la reçoit, qui la possède sans pouvoir la donner: le perroquet le mieux instruit ne transmettra pas le

talent dela parole à ses petits. Toute imitation communiquée aux animaux par l'art et par les soins de l’homme, reste dans l'individu qui en a reçu l'empreinte; si cette éducation est facile, et que l’homme puisse la donner aisément à tous les individus, l'espèce, comme celle du chien, devient réellement supérieure aux autres espèces d'animaux, tant qu’elle conserve ses relations avec l'homme; mais le chien abandonné à sa seule nature retombe au niveau du renard ou du loup, et ne peut de lui-même s'élever au-dessus.

Les Grecs ne connurent d’abord qu’une espèce de perroquet, ou plutôt de perruche : c’est celle que nous nommons aujourd’hui grande perruche à collier, qui se trouve dans le continent de l’Inde.

On ne connaissait de perroquets à Rome que ceux qui venaient des Indes, jusqu’au temps de Néron, où des émissaires de ce prince en trouvèrent dans une île du Nil, entre Syène et Méroé.

Les Portugais qui, les premiers, ont doublé le cap de Bonne-Espérance et reconnu les côtes de l'Afrique, trouvèrent les terres de Guinée et toutes les îles de l’océan Indien peuplées, comme le continent, de diverses espèces de perroquets , toutes inconnues à l'Europe, et en si grand nombre, qu’à Calicut, au Bengale et sur les côtes d'Afrique, les Indiens et les Nègres étaient obligés de se tenir dans leurs champs de maïs et de riz, vers le temps de la maturité, pour en éloigner ces oiseaux, qui viennent les dévaster.

Cette grande multitude de perroquets, dans toutes les régions qu’ils habitent, semble prouver qu'ils réitèrent leurs pontes, puisque chacune est assez peu nombreuse. Ce furent les seuls animaux que Colomb trouva dans la première île où il aborda, et ces oiseaux servirent d'objets d'échange dans le premier commerce qu'eurent les Européens avec les Américains. Enfin, on apporta des perroquets d'Amérique et d'Afrique en si grand nombre, que le perroquet des anciens fut oublié.

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