‹ Keepsake d'histoire naturelleChapitre 140 sur 171 · LABBE À LONGUE QUEUE · texte numérisé non relu

LABBE À LONGUE QUEUE

Le prolongement des deux plumes du milieu de la queue, en deux brins détachés et divergens, caractérise l’espèce de cet oiseau. Il a sur la tête une calotte noire; son cou est blanc, et tout le reste du plumage est gris ; quelquefois les deux longues plumes de la queue sont noires. Cet oiseau nous à été envoyé de Sibérie, et nous pensons que c’est cette même espèce que M. Gmelin a rencontrée dans les plaines de Mangasea, sur les bords du fleuve Jénisca. Elle se trouve aussi en Norwège, et même plus bas, dans la Finmarchie, dans l’Angermanie; les Anglais appellent cet oiseau, sans doute à cause de ses hostilités contre la mouette, {he man of war bird (le vaisseau de guerre, ou l'oiseau guerrier); mais Ce nom de vaisseau de guerre ou guerrier étant déjà donné, à la frégate, et beaucoup plus à propos, on ne doit point l'appliquer à celui-ci. La longueur des ailes et la faiblesse des pieds, font penser que cet oiseau doit se tenir plus souvent en mer et au vol, que sur terre et posé. Les pieds sont rudes comme une lime, et propres à se soutenir sur le corps glissant des grands poissons.

On rangerait le Labbe parmi les mouettes, en ne considérant que sa taille et ses traits : mais s’il est de la famille, c’est un parent dénaturé; car il est le persécuteur éternel et déclaré de plusieurs de ses proches, et particulièrement de la petite mouette cendrée tachetée, de l'espèce nommée kutgeghef par les pêcheurs du Nord. Il s'attache à elle, la poursuit sans relâche, et, dès qu'il l'a-

perçoit, quitte tout pour se mettre à sa suite. Selon eux, c’est pour en avaler les excrémens, et, dans cette idée, ils lui ont imposé le nom de strundjager auquel répond celui de stercoraire : mais nous lui donnerons ou plutôt nous lui conserverons le nom de Labbe, car il y a toute apparence que cet oiseau ne mange pas les excrémens, mais le poisson que la mouette poursuivie rejette de son bec ou vomit, d'autant plus qu'il pêche souvent lui-même, qu'il mange aussi de la graisse de baleine, et que dans la grande quantité de subsistances qu'offre la mer aux oiseaux qui l’habitent, il serait bien étrange que celui-ci se fût réduit à un mets que tous les autres rejettent. Ainsi le nom de stercoraire paraît donné mal-à-propos.

On sait, d’ailleurs, que les mouettes se font une guerre continuelle pour la curée : lorsqu'une sort de l’eau avec un poisson au bec, la première qui l’aperçoit, fond dessus pour le lui prendre; si celle-ci ne se hâte de l’avaler, elle est poursuivie, à son tour, par de plus fortes qu’elle ne peut éviter qu’en fuyant, ou en écartant son ennemi. Alors, soit que le poisson la gêne dans son vol, soit que la peur lui donne quelque émotion, soit enfin qu'elle sache que le poisson qu'elle porte est le seul objet de la poursuite, elle se hâte de le rejeter; l’autre, qui le voit tomber, le reçoit avec adresse et avant qu'il ne soit dans l’eau; il est rare qu'il lui échappe.

Le poisson paraît toujours blanc en l’air, parce qu'il réfléchit la lumière, et il semble, à cause de la raideur du vol, tomber derrière la mouette qui le vomit. Ces deux circonstances ont trompé les observateurs.

J'ai vérifié le même fait dans mon jardin; j'ai poursuivi, en criant, de grosses moueltes; en courant elles ont vomi le poisson qu’elles venaient d’avaler; je le leur ai rejeté; elles l’ont très bien reçu en l'air, avec autant d'adresse que des chiens.

AVOCETTE.

Les oiseaux à pieds palmés ont presque tous les jambes courtes; l’avocette (1)

(x) Ce nom vient de l'italien avocetta, L'avocelle porte encore, en Italie, les noms de becco-

les a très longues, et cette disproportion, qui suffirait presque seule pour distinguer cet oiseau des autres palmipèdes, est accompagnée d’un caractère encore plus frappant par sa singularité ; c’est le renversement du bec : sa courbure, tournée en haut présente un arc de cercle relevé. Ce bec est d’une substance tendre et presque membraneuse à sa pointe; il est mince, faible, grêle , comprimé horizontalement, incapable de servir de défense.

Il est difficile d'imaginer comment cet oiseau se nourrit à l’aide d’un instrument avec lequel il ne peut ni béqueter ni saisir, mais tout au plus sonder le limon le plus mou : aussi se borne-t-il à chercher dans l’écume des flots le frai des poissons, qui paraît être le principal fond de sa nourriture. Il se peut aussi qu’il mange des vers ; car l’on ne trouve ordinairement dans ses viscères qu'une matière glutineuse, grasse au toucher, d’une couleur tirant sur le jaune orangé, dans laquelle on reconnaît encore le frai du poisson et les débris d’insectes’aquatiques. Cette substance gélatineuse est toujours mêlée dans le ventricule de petites pierres blanches et cristallines, et quelquefois il y a dans les intestins une matière grise ou d’un vert terreux, qui paraît être ce sédiment limoneux que les eaux douces, entraînées par les pluies, déposent sur le fond de leur lit. L’avocette fréquente les embouchures des rivières et des fleuves, de préférence aux autres plages de la mer.

Cet oiseau, qui n’est qu'un peu plus gros que le vanneau, a les jambes de sept à huit pouces de hauteur, le cou long et la tête arrondie. Son plumage est d’un blanc de neige sur tout le devant du corps, et coupé de noir sur le dos ; la queue est blanche, le bec noir, et les pieds sont bleus.

On voit l’avocette courir, à la faveur de ses hautes jambes, sur des fonds couverts de cinq à six pouces d'eau ; mais, pour parcourir les eaux plus profondes, elle se met à la nage, et dans tous ses mouvemens elle paraît vive, alerte, inconstante. Elle séjourne peu dans les mêmes lieux; et dans ses passages sur nos côtes de Picardie, en avril et en novembre; elle part souvent dès le lendemain de son arrivée, en sorte que les chasseurs ont grand peine à en tuer ou saisir quelques-unes. Elles sont encore plus rares dans l’in-

térieur des terres que sur les côtes, leur cri peut s'exprimer par les syllabes crex, crex.

torto, beccorella; et sur le lac Majeur, spinzago d'acqua, pour la distinguer de l’autre spirzago, qui est le courlis.

En allemand, frembder wasser vogel, schabel, schnabel, et en Autriche, kramb-schabl ; en anglais, scooper.,

On trouve à la plupart des avocettes de la boue sur le croupion, et les plumes en paraissent usées par les frottemens; apparemment ces oiseaux essuient leur bec à leurs plumes, ou l’y logent pour dormir, sa forme ne paraissant pas moins embarrassante pour le placer dans le repos que pour s’en servir dans l’action, à moins que l'oiseau ne dorme, comme les pigeons, la tête sur la poitrine.

Il y a peu de différences extérieures dans cette espèce entre le mâle et la femelle. Les vieux ont beaucoup de noir; mais les vieilles femelles en ont presque autant : seulement il paraît que la taille de celles-ci est généralement un peu plus petite, et que la tête des premiers est plus ronde.

NODDL.

Le noddi (1) a été nommé moineau fou (passer stultus), dénomination néanmoins très impropre, puisque le noddi n’est rien moins qu'un moineau, et qu'il ressemble à une grande hirondelle de mer ou à une petite mouette , et que dans la réalité, il forme une espèce moyenne entre ces deux genres d’oiseaux ; Car il a les pieds de la mouette , et le bec conformé comme celui de l’hirondelle de mer. Tout son plumage est d’un brun noir, à l'exception d’une plaque blanche en forme de calotte au sommet de la tête. Sa taille est àpeu-près celle de la grande hirondelle de mer.

On à donné à cet oiseau le nom de xoddi, parce qu’il exprime l’étourderie ou l'assurance folle avec laquelle il vient se poser sur les mâts et sur les vergues des navires, et même sur la main que les matelots lui tendent.

L'espèce ne paraît pas s'être étendue fort au-delà des tropiques; mais elle est très nombreuse dans les lieux qu’elle fréquente. Catesby les a vus pêcher en grand nombre, volant ensemble et s’abaissant continuellement à la surface de la mer, pour enlever les petits poissons, dont les troupes en colonnes sont chassées et pressées par les grands vents. Cette pêche semble se faire, avec beaucoup de plaisir et de gaîté, si l’on en juge par la variété de leurs cris, par le grand bruit qu'ils font et qu’on entend de quelques milles.

(1) Noddy, en anglais, signifie soft, étourdi; et cette dénomination a rapport au naturel de l'oiseau.

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