DES OISEAUX PALMIPÈDES
On donne le nom de Palmipèdes aux oiseaux dont les doigts sont réunis par des palmures et dont les jambes ne présentent pas la conformation propre aux échassiers. Tout palmipède a, en effet, l'intervalle qui sépare les doigts garni d'une large membrane qui les enveloppe jusqüe près de l’ongle. Leurs pieds sont faits pour la natation, c’est-à-dire implantés à l'arrière du corps et portés sur des tarses forts et comprimés. Un plumage serré, lustré, imbibé d’un suc huileux, garni, près de la peau, d’un duvet épais, les garantit contre l’eau sur laquelle ils vivent. Ce sont les seuls oiseaux chez lesquels le cou dépasse, et quelquefois de beaucoup, la longueur des pieds, et cela était nécessaire, parce qu'en nageant à la surface de l’eau, ils ont souvent à chercher dans sa profondeur les animaux dont ils se nourrissent.
Le séjour qu'ils habitent les a soustraits, pour la plupart, à l'empire de l’homme, et même, à beaucoup d’égards, aux investigations des naturalistes. Les oiseaux de cet ordre jouissent, en général, d’un système d'organisation robuste et approprié au vol de longue haleine; leur sternum est très long, il garantit bien la plus grande partie de leurs viscères, et n’a, de chaque côté, qu'une échancrure ou un trou ovale garni de membranes; grâce à cette dispo-
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sition, cet os fournit aux muscles abaissans des ailes des points d’attaches très étendues.
Les paimipèdes sont les seuls oiseaux qui réunissent à la jouissance de’air et de la terre la possession de la mer; de nombreuses espèces, toutes très multipliées, en peuplent les rivages et les plaines; ils voguent sur les flots avec autant d'aisance et plus de sécurité qu'ils ne volent dans leur élément naturel; partout ils y trouvent une subsistance abondante, une proie qui ne peut les fuir; et tandis que, pour la saisir, les uns fendent les ondes et s'y plongent, d’autresne font que les effieurer en rasant leur surface. Fous s’établissent sur cet élément mobile, comme dans un domicile fixe ; ils s’y rassemblent en grande société, et vivent tranquillement au milieu des orages ; ils semblent même se jouer avec les vagues, lutter contre les vents, et s’exposer aux tempêtes, sans les redouter. j
Ils ne quittent qu'avec peine ce domicile de choix, et dès que leurs peuitssont éclos, ils les conduisent à ce séjour chéri comme plus convenable à leur nature que celui de la terre. En effet, ils peuvent y rester autant qu’il leur plaît, puisque leur corps, mollement porté, se repose même en nageant, et reprend bientôt les forces épuisées par le vol. La longue obscurité des nuits, ou la continuité des tourmentes , sont les seules contrariétés qu'ils éprouvent, et qui les obligent à quitter la mer par intervalles. Leur corps est arqué et bombé comme la carène d'un vaisseau, et c’est peut-être sur cette figure, que l’homme a tracé celle de ses premiers navires : leur cou, relevé sur une poitrine saillante, en représente assez bien la proue; leur queue courte et toute rassemblée en un seul faisceau, sert de gouvernail ; leurs pieds larges et palmés font l’office de véritables rames; le duvet épais et lustré d'huile qui revêt tout le corps, est un goudron naturel qui le rend impénétrable à l'humidité, en même temps qu'il le fait flotter plus légèrement à la surface des eaux.
La vie de loiseau aquatique est plus paisible et moins pénible que celle de la plupart des autres oiseaux ; il empioie beaucoup moins de forces pour nager, que les autres n’en dépensent pour voler. L'élément qu'il habite lui offre à chaque instant sa subsistance : il la rencontre plus qu'il ne la cherche, et souvent le mouvement de l’onde l'amène à sa portée. Néanmoins la plupart de ces oiseaux ont, avec une grande véhémence d’appétit , les moyens d'y satisfaire; et plusieurs espèces , comme celle du harle, du cravan, du tadorne, etc., ont les bords intérieurs du bec armés de dentelures assez tranchantes pour que la proie saisie ne puisse s'échapper.
La plupart des oiseaux aquatiques paraissent être demi nocturnes: les hérons
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rôdent la nuit; la bécasse ne commence à voler que le soir: le butor crie encore après la chute du jour; on entend les grues se réclamer du haut des airs, dans le silence et l’obscurité des nuits, et les mouettes se promener dans le même temps : les volées d’oies et de canards sauvages qui tombent sur nos rivières , y séjournent plus la nuit que le jour.
Ces habitudes tiennent à plusieurs circonstances relatives à-leur subsistance et à leur sécurité : les vers sortent de terre à la fraîcheur ; les poissons sont en mouvement pendant la nuit, dont l'obscurité dérobe ces oiseaux à l'œil de l'homme et de leurs ennemis. Néanmoins l'oiseau pêcheur ne paraît pas se défier assez de ceux même qu'il attaque : ce n’est pas toujours impunément qu'il fait sa proie des poissons ; quelquefois le poisson le saisit et l’avale. Buffon a trouvé un martin-pêcheur dans le ventre d’une anguille ; le brochet gobe assez souvent les oiseaux qui plongent ou frisent en volant la surface de l’eau, et même ceux qui viennent seulement au bord pour boire etse baigner. Dans les mers froides, les baleines et les cachalots ouvrent le gouffre de leur énorme bouche, non-seulement pour engloutir les colonnes de harengs et d’autres poissons , mais aussi les oiseaux qui sont à leur poursuite, tels que les albatros, les pingouins, les macreuses , etc., dont on trouve les squelettes ou les cadavres encore récens dans le large estomac de ces grands Cétacées.
Les mers les plus abondantes en poissons attirent et fixent, pour ainsi dire, sur leurs bords, des peuplades innombrables de ces oiseaux pêcheurs. |
Dans le nord, les oiseaux terrestres sont peu nombreux comparativement aux oiseaux aquatiques. Pour les premiers, il faut des végétaux, des graines , des fruits, les derniers ne demandent à la terre qu’un lieu de refuge, une retraite dans les tempêtes, une station pour les nuits, un berceau pour leur progéniture; encore la glace, qui, dans ces climats froids, le dispute à la terre, leur offret-elle presque également Lout ce qui est nécessaire pour des besoins si simples. MM. Cook et Forster ont vu, dans leurs navigations aux mers australes, plusieurs de ces oiseaux se poser, voyager et dormir sur des glaces flottantes comme sur la terre ferme ; quelques-uns même y nichent avec succès.
Ce dernier fait démontre que les oiseaux d’eau sont les derniers et les plus reculés des habitans du globe, dont ils connaissent mieux que nous les régions polaires : ils s’avancent jusque dans les terres où l'ours blanc ne paraît plus, et sur les mers que les phoques, les morses et les autres amphibies ont abandonnées ; ils y séjournent avec plaisir pendant toute la saison des très longs jours de ces climats, et ne les quittent qu'après l'équinoxe de l'automne, lors-
que la nuit, anticipant à grands pas sur la lumière du jour, l'anéantit bientôt et répand un voilé continu de ténèbres.
L'ordre des palmipèdes se divise en quatre familles, d’après les caractères suivans :
1° Les PLoNGEURS ayant les ailes très courtes.
90 Les LoNGIPENNES ayant les ailes très étendues ; le pouce libre ou nul, et le bec sans dentelures.
30 Les rorTiPaLMEs ayant les ailes grandes et le pouce réuni aux autres doigts, dans une palmure commune.
L Les LaMELLIROSTRES ayant les ailes de longueur médiocre et le bec garni sur les bords de lames et de petites dents.