PINGOUIN
Le genre des pingouins à le bec cylindrique et pointu; dans quelques espèces, la pointe de la partie inférieure est tronquée. Les narines sont toujours des ouvertures linéaires; ils ont tous les pieds exactement de la même forme (trois doigts en avant, sans vestige de doigt postérieur) ; les moignons des ailes étendus en nageoires par une membrane, sont couverts de plumules placées si près les unes des autres, qu’elles ressemblent à des écailles.
Le pingouin a les ailes d’un demi-pied de long tout au plus, si peu fournies de plumes, qu’il ne peut voler; ses pieds sont d'ailleurs si loin de l’avantcorps , et si portés en arrière, qu’on ne conçoit pas comment il peut se tenir debout et marcher; l'attitude droite est pénible pour lui; il a la marche lourde et lente, et sa position ordinaire est de nager et de flotter sur l’eau, ou d’être couché en repos sur les rochers ou sur les glaces.
Ainsi, quoique l’aile du pingouin ait quelque longueur , et qu’elle soit garnie de plusieurs petites pennes , néanmoins on assure qu’il ne peut point voler. Il
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a la tête, le cou et tout le dessus du corps noirs: mais la partie inférieure, plongée dans l’eau quand il nage, est entièrement blanche; un petit trait de blanc existe entre le bec et l'œil, et un autre semblable trait traverse obliquement l'aile.
Le bec du pingouin est noir, il est tranchant par les bords , très aplati par les côtés, qui sont cannelés de trois sillons, dont celui du milieu est blanc tout à côlé de son ouverture et sous le velouté qui revêt la base du bec, les narines sontouvertes en fentes longues.
Le pingouin se trouve dans les parties septentrionales de l'Amérique et de l’Europe. IL vient nicher aux îles Féroé, où il grossit la foule des oiseaux de mer qui peuplent ces grands rochers que les Anglais ont appelés les Aiguilles (theNeedles). On assure que cet oiseau ne pond qu’un œuf très gros parrapport à sa Laille.
On ignore encore dans quel asile les pingouins, et particulièrement celui-ci, passent l'hiver. On pense qu’ils passent l'hiver dans des cavernes de rochers, dont l'ouverture est submergée , mais dont l’intérieur s'élève assez au-dessus des flots pour leur fournir une retraite où ils restent dans un état de torpeur , et nourris de l’imbibition intérieure de la graisse dont ils sont abondamment chargés.
L'oiseau qui n’a jas d’aile est sans doute le moins oiseau qu’il soit possible : l'imagination ne sépare pas volontiers l’idée du vol du nom d'oiseau: néanmoins le vol n’est qu'un attribut et non pas une propriété essentielle , puisqu'il existe des quadrupèdes avec des ailes, et des oiseaux qui n’en ont point. Il semble donc, qu’en ôtant les ailes à l’oiseau on en fait une espèce de monstre; mais ce qui nous paraît être un jeu dans les plans ou une interruption dans la marche de la nature, est pour elle l'ordre le plus parfait, ét sert à remplir ses vues dans toute leur étendue , car la nature ne joue pas, mais elle suit des lois constantes. Comme elle prive le quadrupède de pieds, elle prive l’oiseau d'ailes, et ce qu'il ya de remarquable, elle paraît avoir commencé dans les oiseaux de terre , comme elle finit dans les oiseaux d’eau. L’autruche est, pour ainsi dire, sans ailes ; le casoar en est absolument privé, il est couvert de poils et non de plumes; et ces deux grands oiseaux semblent, à plusieurs égards , s’approcher des animaux terrestres ; tandis que les pingouins, et les manchots paraissent faire la nuance entre les oiseaux et les poissons. L’impossi bilité d’avancer loin sur terre , la fatigue même de s’y tenir autrement que couchés, le besoin d’être presque toujours en mer , tout semble rappeler au genre de vie
. des animaux aquatiques ces oiseaux informes , étrangers aux régions de Pair
qu'ils ne peuvent fréquenter , presque également bannis de celles de la terre ; et qui paraissent uniquement appartenir à l'élément des eaux.
Ainsi, entre chacune de ces grandes familles, entre les quadrupèdes, les oiseaux , les poissons, la nature a ménagé des points d'union, des lignes de prolongement, par lesquelles tout s'approche, tout se lie, tout se tient; elle envoie la chauve-souris voleter parmi les oiseaux , tandis qu’elle emprisonne le tatou sous le test d’un crustacé; elle a construit le moule du cétacé sur le modèle du quadrupède, dont elle à tronqué la forme dans lemorse, le phoque. Enfin, elle a produit des oiseaux qui, moins oiseaux par le vol que le poisson volant, sont aussi poissons que lui par l’instinct et par la manière de vivre: telles sont les deux familles des pingouins et des manchots, qu'on doit néanmoins séparer June de l’autre, comme elles le sont en effet dans la nature, non-seulement par la conformation, mais par la différence des climats.